Je m’obstine, peut‑être, dans cette forme de raison qui aurait elle‑même besoin d’être arraisonnée. Tenir ce blog n’a rien d’évident, et il ne me rapporte strictement rien. Karim, lui, tranche d’un revers de phrase : je serais « bon pour l’hôpital psychiatrique ». Je ferais mieux d'utiliser mes compétences autrement ici, il y à un fric fou à se faire. C’est sa manière de régler la question. En attendant, il à acheté une remorque....A mon avis, ce n'est pas pour trimbaler sa brosse à dent.
Ma vie ici, a basculé du tout au tout. Et les tentatives de rapprochement de Dati et de Knafo par exemple me laissent, si j’ose dire, de plus en plus placide. Comme si l’agitation des autres glissait sur moi. Et puis toutes ces magouilles politiques, c’est vieux comme le dernier barracuda que j’ai pêché un jour au Sénégal.
Copé, toujours prompt à théoriser, parle d’une entente bâtarde, d’un schisme politique. Une façon détournée de porter à connaissance, grâce à son petit vocabulaire ampoulé, qu’il ne s’adresse pas aux gauchistes ignares, et probablement sales. On pourrait, à ce propos, convoquer toute une anthropologie de la crasse et des odeurs, si chère au feu Chirac.
Pendant ce temps, Allah, Dieu, Vishnou et les autres veilleraient, paraît‑il, sur son âme devenue pauvre. Reste que je continue d’écrire, malgré tout. Peut‑être par entêtement, peut‑être par hygiène mentale, ou simplement parce que ce blog est devenu une sorte de digue contre le vacarme ambiant. Une manière de tenir debout quand les autres s’agitent pour exister. Seul Allah le sait, mais on est pas vraiment copain tout les deux.
Autour de moi, chacun joue sa partition. Les uns prophétisent des ruptures historiques, les autres s’inventent des fidélités spirituelles pour masquer leurs renoncements. On dirait une pièce de théâtre où les acteurs improvisent sans jamais regarder le texte. Moi, je prends des notes. C’est ma façon de rester dans la salle sans monter sur scène.
Et puis il y a cette étrange paix qui s’installe en moi. Non pas une résignation, mais une forme de calme lucide. Comme si, à force d’observer les contorsions des uns et les certitudes des autres, je m’étais mis à flotter au‑dessus de tout ça. Pas par supériorité, pas par fatigue, peut‑être par clairvoyance.
Alors je continue. Je tiens mon blog comme on tient un fil dans le noir. Il ne mène peut‑être nulle part, mais il me permet de réfléchir un peu.