Bon ! J’ai encore livré mon petit couplet sur les baisses de rémunération d’un côté et les augmentations vertigineuses de l’autre, ce langage que les capitalistes comprennent mieux que tout autre. Quand les chiffres sont faux, truqués, c’est tout le système qui s’enlise, comme un 4x4 dans une dune trop molle. Mais ici, le désert veille. Entre le sable qui s’infiltre partout, le poisson séché au soleil, les dattes sucrées et le sourire des habitants, tout va bien. La pauvreté n’a pas la même couleur selon l’horizon.
Un individu au RSA enfermé dans une cave en France est peut-être plus pauvre qu’un chamelier qui gagne cinq euros par jour mais vit sous une tente, dans la lumière crue du désert. Métaphysique des tubes creux et des mirages. Archimède aurait sans doute dit que tout est relatif.
Pour ceux qui me suivent, Karim a monté son petit commerce. C’est atavique chez lui : acheter, revendre, négocier… une liqueur qui coule dans ses veines comme les caravanes qui traversent les pistes depuis des siècles. Il a déniché une remorque qui doit dater de Ramsès II, et transporte désormais du riz en grande quantité pour le revendre au détail. Tout le monde y trouve son compte, c’est du ni vu ni connu. Il finira sûrement par se lancer dans le poisson séché en gros, un produit qui résiste bien à la chaleur du désert.
Les contrôles de police sont rares : ils sont trop occupés à surveiller les groupes armés qui se fondent dans l’immensité des dunes. Ils volent sur d’anciens chasseurs brésiliens et mitraillent tout ce qui ressemble à une menace. Ils n’ont pas oublié d’être malins, ces gars-là. Ils n’utilisent pas les avions américains F-35 qui exigent une clé électronique tous les 48 heure que seuls les États-Unis détiennent. En clair, des appareils cloués au sol dès que Washington fronce un sourcil. Ici, dans le désert, on préfère ce qui démarre sans demander la permission. Pauvres mais pas stupides....
Au fond, le désert remet tout à sa place. Il avale les certitudes, polit les vanités, et ne garde que l’essentiel : la débrouille, la dignité, la chaleur humaine. Ici, les chiffres ne mentent pas parce qu’ils n’ont pas besoin d’impressionner qui que ce soit. On vit, on marchande, on s’arrange, on sourit. Le reste, c’est du bruit pour les villes et les Cagots.
Et pendant que les puissants s’écharpent sur le C.A.C 40 , le désert continue de respirer lentement, indifférent et immense. Ceux qui y vivent n’attendent rien de lui, mais il leur donne tout : un horizon, une manière d’être, une vérité simple. Peut-être que c’est ça, finalement, la seule richesse qui vaille.
Inch Allah comme disent les autochtones .
Ps : J'ai oublié de vous dire que Fabienne nous à rejoint. Elle à traversé la mer sur un grand oiseau de métal. Karim est content. Un peu de féminin ne peut que rendre les journées plus belles encore, et Fabienne est comme on dit du genre " cool".