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Intellectuel dubitatif. Guitariste a l'occasion. Né Algérien par hasard ce, comme les Français. Par hasard !

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Billet de blog 18 janvier 2026

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Inflation inférieure… et foutage de gueule

Sur un air de maréchal nous voilà, en attendant sans doute le retour de la peine de mort. Zemmour en parle déjà.

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On nous annonce que le taux du Livret A va passer à 1,5 %, parce que, paraît‑il , l’inflation serait inférieure aux prévisions. Autrement dit, on nous ressert la vieille rengaine :  tout va mieux, circulez . Et tant qu’à faire, on nous explique encore que la margarine coûte moins cher que le beurre, donc qu’il suffit d’en manger. La pédagogie par le mépris, version gouvernementale.

Pendant ce temps, dans le monde réel, Allianz , qui ressemble de plus en plus à un gang organisé qu’à un assureur , augmente ses tarifs auto de 21 % d’un coup, sans justification crédible. Et évidemment, tout le secteur suit. Comme par magie. Les actionnaires en profitent pour se gaver au passage.

Le tabac, lui, ne compte pas dans le panier de l’inflation. Donc si je comprends bien, il n’augmente pas… sauf quand il augmente. Peut‑être qu’on finira par appliquer la même logique aux bovins : les vaches compteront dans l’inflation, les bœufs non. On n’est plus à une absurdité près. On nous avait vendu la « mondialisation heureuse », celle qui devait profiter à tout le monde. Résultat : chômage de masse, désindustrialisation, services publics abandonnés, territoires laissés à l’abandon. Mais on continue de nous expliquer que tout va bien, que tout est sous contrôle, et que si ça ne va pas… c’est qu’on ne comprend pas.

Et pendant qu’on nous explique que tout va mieux, que l’inflation recule et que les prix se stabilisent, chacun découvre à la caisse que son ticket de courses ressemble désormais à un relevé bancaire. Mais rassurons‑nous : si on n’arrive plus à remplir le frigo, c’est sûrement qu’on ne sait pas « consommer malin ». On finira peut‑être par nous proposer des ateliers pédagogiques pour apprendre à respirer moins souvent, histoire d’économiser l’air.

Les entreprises, elles, ont trouvé la martingale : augmenter les prix, réduire les services, et expliquer que c’est la faute du contexte international, du climat, de la conjoncture, de la lune ou de Mercure rétrograde. Tout fonctionne, tant que ça ne profite pas au consommateur. Quant à l’État, il continue de nous expliquer que tout est sous contrôle, que les indicateurs sont bons, que la croissance revient. On a presque l’impression que le seul problème, c’est la population qui refuse obstinément de voir à quel point elle est heureuse.

La prochaine étape sera sans doute de nous annoncer que la baisse du pouvoir d’achat est une opportunité spirituelle : consommer moins pour se recentrer sur l’essentiel. Une pauvreté « durable », en quelque sorte. Le progrès, mais sans les avantages. À ce rythme‑là, on finira par nous expliquer que la hausse des prix est une chance historique : « une occasion unique de repenser notre rapport à la consommation ». Traduction : apprendre à se serrer la ceinture en souriant, parce que c’est moderne, responsable et citoyen. La pauvreté devient un projet de société, presque un lifestyle.

Et pendant que les ménages comptent les centimes, les grandes entreprises découvrent chaque trimestre des bénéfices « inattendus ». On se demande toujours d’où vient cette surprise : peut‑être que les hausses de tarifs tombent du ciel, comme la pluie. Ou peut‑être que le consommateur est devenu une ressource renouvelable, qu’on peut presser sans jamais craindre la rupture de stock.

Les responsables politiques, eux, continuent de commenter la situation avec la sérénité de ceux qui n’ont jamais eu à choisir entre remplir le réservoir ou le frigo. Ils parlent de « résilience », un mot magique qui signifie en gros : débrouillez‑vous, mais avec dignité.

On nous dira bientôt que si l’on souffre, c’est qu’on manque d’optimisme. Que la réalité n’est pas si dure, qu’il suffit de la regarder sous le bon angle. Peut‑être qu’un jour, on nous proposera même une application pour apprendre à trouver la vie moins chère.

On nous prendrait pour des caqueux ?

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