Mustapha Ait larbi (avatar)

Mustapha Ait larbi

Intellectuel dubitatif. Guitariste a l'occasion. Né Algérien par hasard ce, comme les Français. Par hasard !

Abonné·e de Mediapart

1134 Billets

0 Édition

Billet de blog 21 janvier 2026

Mustapha Ait larbi (avatar)

Mustapha Ait larbi

Intellectuel dubitatif. Guitariste a l'occasion. Né Algérien par hasard ce, comme les Français. Par hasard !

Abonné·e de Mediapart

Le RN innocent ?

Joli paysage politique où l’indignation sert de boussole et où la vérité se plie aux besoins du récit, un système bien rodé continue de prospérer. Un système où l’on se proclame victime pour mieux échapper à toute responsabilité, où l’on invoque “le peuple” comme un talisman magique. Et ces gens critiquent le communisme. Comique !

Mustapha Ait larbi (avatar)

Mustapha Ait larbi

Intellectuel dubitatif. Guitariste a l'occasion. Né Algérien par hasard ce, comme les Français. Par hasard !

Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Illustration 1

Du moins, c’est ce qu’affirment Marine le Pen, Julien Odoul, Nicolas Bay et toute la clique au professeur Nimbus. Tous jurent qu’ils n’ont rien fait, qu’ils ignoraient tout, et que l’affaire n’est qu’une machination orchestrée par des juges prétendument inféodés au gouvernement.

Ils se présentent comme intouchables, incarnation de l’intelligence, de la probité, et même de l’éthique élevée au carré. Selon eux, tout cela ne serait qu’une cabale montée de toutes pièces par des magistrats rouges  idéologisés, des étrangers, ou des ennemis du peuple. Et puis, peu importe ce que disent les médias, les juges ou même les institutions de la République : ce qui compte, affirment-ils, c’est “le peuple”. Ce même peuple qui soutient des responsables accusés d’avoir détourné des millions, mais réclame la peine de mort si un gitan vole une poule.

C’est un peu comme une usine qui peut polluer et mettre en danger une ville entière sans être inquiétée, tandis qu’un simple citoyen se voit traîné devant la justice pour avoir déversé quelques gouttes d’eau impropre au pied d’un arbre alors qu’il cherchait simplement soulager sa vessie. On en arrive presque à se demander si, dans cette histoire, la réalité a encore son mot à dire. Car pour eux, tout est simple : s’il y a des accusations, c’est que les institutions complotent ; s’il y a des preuves, c’est qu’elles ont été fabriquées ; s’il y a des témoins, c’est qu’ils sont manipulés. La vérité, la vraie, c’est celle qu’ils proclament, même si elle change d’une semaine à l’autre.

Le plus fascinant, c’est cette capacité à inverser les rôles. Ceux qui se présentent comme victimes d’un système seraient en réalité les seuls à vouloir le sauver. Ceux qui crient à la persécution seraient les seuls à défendre la justice. Et ceux qui dénoncent les “élites corrompues” seraient, par un hasard extraordinaire, toujours ceux qui se retrouvent au cœur d’affaires financières, mais sans jamais y être pour rien. Le discours est bien rodé : si l’on critique, c’est qu’on est vendu ; si l’on enquête, c’est qu’on est partial ; si l’on juge, c’est qu’on est politisé. Tout devient suspect, sauf eux. Eux seuls seraient les garants de la morale, de la droiture, et même de la vertu nationale.

Pendant ce temps, la même indignation sélective continue de prospérer. On ferme les yeux sur des détournements massifs, mais on s’étrangle d’indignation pour un fait divers insignifiant. On tolère les arrangements entre amis, mais on réclame l’exemplarité absolue pour le voisin qui dépasse de deux centimètres sur une place de parking. Les policiers doivent pouvoir tirer, tout est légitime défense lorsque l’on est le gardien de la loi, de la sureté publique. Deux poids, deux mesures, érigés en système de pensée.

À force de les écouter, on finit par croire que ces gens-là vivent dans un univers parallèle, un monde où ils seraient les héros d’une épopée tragique, persécutés par des forces obscures qui n’existent que dans leurs discours. Dans leur récit, ils sont les derniers justes, les seuls à défendre la vérité, la vertu, et même la civilisation rien que ça,  contre une armée de juges maléfiques, de fonctionnaires comploteurs et de journalistes qui, évidemment, se réveillent chaque matin avec l’unique objectif de leur nuire.

Leur innocence n’est pas seulement proclamée : elle est sacrée, intangible, presque divine. Ils ne se contentent pas d’être innocents, ils sont innocence incarnée. Et si un jour on découvrait une preuve accablante, ce serait forcément une preuve fabriquée, trafiquée, inventée par un ennemi invisible mais omniprésent. Une sorte de grand complot cosmique, mais en version administrative.

Le plus ironique, c’est cette capacité à se draper dans la vertu tout en pataugeant dans des affaires financières comme un sanglier dans une mare. Mais attention : eux, ce n’est pas de la boue, c’est de la terre sacrée. Quand ils s’en mettent jusqu’au cou, c’est pour la patrie. Quand d’autres ont le malheur de trébucher, c’est pour la potence.

Et puis il y a toujours ce fameux “peuple”, brandi comme un talisman magique. Un peuple qui, selon eux, pense exactement comme eux, parle comme eux, vote comme eux, et surtout pardonne comme eux… mais uniquement quand il s’agit de leurs propres écarts. Dans cette logique, tout est renversé : les puissants deviennent des martyrs, les institutions deviennent des bourreaux, et la réalité devient un détail gênant qu’on balaie d’un revers de main. Le récit importe plus que les faits, l’indignation plus que la cohérence, et la posture plus que la vérité. 

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

L’auteur n’a pas autorisé les commentaires sur ce billet