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Mustapha Ait larbi

Intellectuel dubitatif. Guitariste a l'occasion. Né Algérien par hasard ce, comme les Français. Par hasard !

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Billet de blog 23 janvier 2026

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Au milieu du désert.

Une petite porte comme un oasis, une sortie, un refuge de deux minutes où l’on respire autrement.  Elle offre pour un instant ce que beaucoup de gens cherchent sans toujours savoir le formuler : un moment suspendu, un pas de côté, une échappée hors du vacarme. Bienvenu dans cet ailleurs.

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Illustration 1

Encore une fois, je ne vais pas vous parler de Trump, de Morandini, de la montée du RN, ni de Macron avec son nouveau look à la Tom Cruise. Après les charognards, les rapaces,  j’ai déjà écris les pourris. Après les Esquimaux et le peuple Inuit dont je vous parlais hier, j’aimerais aujourd’hui tourner mon regard vers un autre monde : celui du désert, et de ceux qui le traversent comme on traverse une vie

.Le désert, c’est d’abord un silence. Pas un silence vide, non : un silence qui pèse, qui enveloppe, qui écoute. Un silence si vaste qu’il semble avoir une mémoire. Parfois, ce calme se déchire sous la colère d’un vent violent, un vent qui soulève le sable comme un rideau qu’on arrache. Le désert n’aime pas qu’on le croit immobile. On y voit encore des caravanes de chameaux, silhouettes patientes qui avancent comme si le temps n’avait aucune prise sur elles. Elles relient les mines de sel à ciel ouvert aux villes moyennes, dans un va-et-vient millénaire. 

Et puis il y a ces hommes, droits comme des lances, qui marchent sans carte et sans boussole. La nuit, ils s’arrêtent, lèvent les yeux vers les étoiles, et savent exactement où ils sont. Ils n’ont pas besoin d’instruments : ils sourient, et disent en riant que c’est facile, que « c’est tout droit ». Leur géographie est céleste.

Vivre dans le désert, c’est un peu comme vivre sur un voilier perdu en pleine mer. On y apprend l’humilité, la patience, la lenteur. On y apprend aussi à aimer un univers qui ne ressemble à rien de ce qu’on connaît. Ici, pas de grands prés ni de grands arbres comme dans ma Normandie natale. Ici, tout est plat, bosselé, nu, et pourtant vibrant. Le moindre caillou devient un repère, la moindre ombre une promesse.

Le désert ne se donne pas facilement. Il faut l’apprivoiser, ou plutôt accepter qu’il ne le sera jamais. Il vous dépouille de vos certitudes, de vos habitudes, de vos illusions de contrôle. Il vous laisse face à vous-même, sans décor, sans bruit, sans distraction. Et c’est peut-être pour cela qu’il fascine autant : parce qu’il nous ramène à l’essentiel, à ce que nous sommes quand il ne reste plus rien autour. Le désert n’est pas seulement un lieu : c’est un maître exigeant. Il vous apprend la lenteur, la sobriété, la gratitude. Ici, chaque geste compte. Chaque goutte d’eau devient un trésor, chaque ombre un refuge, chaque souffle un pacte silencieux avec l’infini. On ne triche pas avec le désert. On ne le traverse pas comme on traverse une route. On s’y abandonne un peu, on s’y dépouille beaucoup.

Les habitants du désert ont cette élégance tranquille de ceux qui n’ont rien à prouver. Ils marchent comme d’autres prient. Ils avancent avec une certitude qui ne vient ni des cartes ni des instruments, mais d’un dialogue ancien avec la terre et le ciel. Ils connaissent le langage du vent, la patience des dunes, la fidélité des étoiles. Ils savent que la nuit n’est jamais noire, qu’elle est bleue, violette, argentée, vivante. Ils savent que le silence n’est jamais vide, qu’il est plein de murmures, de traces, de présences invisibles.

Et puis il y a cette lumière. Une lumière qui ne caresse pas : elle sculpte. Elle découpe les silhouettes, elle cisèle les reliefs, elle transforme chaque grain de sable en étincelle. À midi, elle écrase tout. Au crépuscule, elle devient une bénédiction. Le soleil descend lentement, comme s’il hésitait à quitter ce royaume minéral. Alors le désert change de peau. Il rosit, il dore, il s’adoucit. On dirait qu’il respire enfin. Dans ces moments-là, on comprend pourquoi certains ne sont jamais repartis. Pourquoi d’autres reviennent toujours. Le désert a cette façon étrange de vous prendre par la main sans jamais vous toucher. Il vous montre ce que vous ne vouliez pas voir. Il vous rappelle ce que vous aviez oublié. Il vous rend plus petit, mais aussi plus vrai.

Et quand la nuit tombe, une nuit immense, une nuit qui n’a rien à envier aux océans, les étoiles se mettent à parler. Elles racontent des histoires anciennes, des routes invisibles, des promesses de lumière. Les hommes du désert les écoutent comme on écoute des ancêtres. Moi, je les regarde en silence, et je me dis que peut-être, au fond, nous sommes tous des voyageurs perdus qui cherchent un repère dans le ciel.

En repartant, j’ai croisé un chamelier qui transportait des dattes. Je lui ai dit : “Mektoub.”

Il a souri, comme si tout était dit.

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