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Mustapha Ait larbi

Intellectuel dubitatif. Guitariste a l'occasion. Né Algérien par hasard ce, comme les Français. Par hasard !

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Billet de blog 24 janvier 2026

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Même l'espoir disparait. La praxis ***du vide.

Croire que les mots décrivent encore le réel est un piège. Quand les mots ne changent pas, ils donnent l’illusion que tout est stable. On dit croissance, progrès, développement, comme si ces mots garantissaient automatiquement quelque chose de positif.Mais derrière eux, les pratiques peuvent être destructrices. Le mot rassure, mais la réalité s’écroule.

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Illustration 1

Quatre-vingts ans ont passé, et pourtant le monde, nos sociétés, semblent retomber dans leurs vieux travers. Nous pensions avoir vaincu pour toujours la bête immonde, mais la voilà qui revient au galop, plus bruyante et plus sûre d’elle que jamais. Les grands esprits du siècle l’avaient pourtant annoncé : rien n’est jamais acquis, et la vigilance doit rester permanente. Jean Rostand rappelait qu’il faut tout réapprendre à chaque génération.

Les gouvernements successifs, eux, ont façonné l’école comme on entretient un jardin public : on taille, on greffe, on transplante, sans jamais se demander ce que l’on fait réellement pousser. Les programmes se sont vidés de sens, les savoir-faire concrets ont disparu : plus de cuisine, plus de travail du bois, aucune initiation aux réalités de la vie quotidienne comme emprunter de l’argent ou comprendre un contrat d’assurance.

On a préparé 80 % des enfants à devenir ouvriers dans des usines qui ont fermé, ou à exercer des métiers déjà condamnés à disparaître : couturière, menuisier, chaudronnier. Les campagnes se sont vidées, les villes ont entassé les anciens habitants dans des cités-dortoirs. Il n’en fallait pas davantage pour que les vieux refrains ressurgissent : fainéant, étranger, mauvaise fille, sale drogué…`

Et maintenant que les vieux refrains ont recommencé à résonner, quelque chose s’est fissuré dans le cœur même de nos sociétés. Ce qui n’était autrefois qu’un murmure est devenu un grondement. Les regards se durcissent, les gestes se ferment, les mots blessent plus vite qu’ils ne réparent. On ne débat plus : on accuse. On ne cherche plus à comprendre : on désigne.

Les rues, autrefois bruyantes et vivantes, semblent s’être couvertes d’une fine poussière de résignation. Les visages se croisent sans se voir. Chacun avance comme s’il portait un poids invisible, celui de la peur, de la lassitude, ou simplement de l’indifférence. Les solidarités se sont effilochées, les certitudes se sont effondrées, et dans le vide laissé derrière elles, les monstres familiers se sont engouffrés.

Les enfants grandissent dans un monde où l’avenir n’a plus la couleur de la promesse, mais celle d’un ciel bas, chargé de menaces. Ils apprennent trop tôt que les adultes ne savent plus où ils vont, que les institutions tremblent, que les discours se contredisent. Ils sentent que quelque chose se dérègle, sans pouvoir encore le nommer.

Et pendant que les uns se replient, d’autres s’enhardissent. Les mots qui auraient dû rester enfouis refont surface, portés par des voix qui se croient désormais légitimes. On entend à nouveau les mêmes slogans, les mêmes insultes, les mêmes simplifications brutales qui, autrefois, avaient ouvert la voie aux pires catastrophes.

Il ne reste que l’espoir, disions-nous. Mais même l’espoir semble parfois vaciller, comme une flamme trop faible dans un courant d’air. On se surprend à se demander combien de temps elle tiendra encore, et si quelqu’un sera là pour la protéger quand elle commencera à vaciller pour de bon. Malgré son intelligence, l’homme est condamné à la pire ignorance, et c’est déjà ce qu’enseignaient les mythes grecs.

*** Aristote dans éthique à Nicomaque, ( construire le bonheur de ses mains)

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