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Mustapha Ait larbi

Intellectuel dubitatif. Guitariste a l'occasion. Né Algérien par hasard ce, comme les Français. Par hasard !

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Billet de blog 26 décembre 2025

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Les vieilles haines que l’on recycle

Il n’y à pas que la terre qui est polluée, les mentalités aussi. la haine est une névrose qui tue : on ne peut pas haïr les autres sans se haïr soi-même. Faire nation sur la haine, la violence, le mépris, c'est aller droit dans le mur.

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Illustration 1

Il y aura toujours des gens assez cons, toujours prompts à se déclarer la guerre pour prouver que les oeufs à la coque se mangent pour les uns par le petit bout, et pour les autres par le gros bout.( Les voyages de Gulliver par Jonathan Swift ).

Il y a dans le discours de l’extrême droite quelque chose de profondément ancien. Rien n’y est neuf : ni les peurs, ni les rancœurs, ni les silhouettes fantasmées de ceux qu’il faudrait accuser pour expliquer le malaise d’un pays. Ce sont des matériaux usés, mais toujours disponibles, comme des vieux outils rouillés que l’on ressort quand la maison menace de s’effondrer. On y retrouve la haine des autres, ceux qui viennent d’ailleurs, ceux qui n’ont pas les mêmes codes, ceux qui n’ont pas les mêmes visages.

On y retrouve la violence envers les pauvres, accusés de coûter trop cher. La fausse haine des riches, accusés de voler tout le reste. La haine des allocations, toujours imaginées comme un privilège réservé aux autres, la haine du communisme, des musulmans présentés comme tous terroristes, la haine des homosexuels, des femmes. Et, dans une moindre mesure, la haine du capitalisme, accusé de détruire les vies. Ce n’est pas un programme. C’est un inventaire de ressentiments ,un festival de débilités profondes.

Ce qui est nouveau, ce n’est pas la matière. C’est la manière dont elle a été réassemblée, polie, rendue présentable, puis diffusée jusqu’à saturation. La colère sociale, née de la pauvreté, de l’abandon, de la fatigue, du chômage de masse,  a été redirigée. Elle aurait pu devenir un mouvement pour plus de justice. Elle est devenue un mouvement contre des personnes. Ce glissement n’est pas spontané.Il a été travaillé, répété, amplifié par les médias notamment ceux des milliardaires. Cnews en est l'exemple le plus visible.

Et si ce discours a trouvé un tel écho, c’est aussi parce qu’on lui a offert une scène. Parce qu’on a laissé ses thèmes envahir les plateaux, les débats, les conversations publiques. Parce qu’on a confondu pluralisme et fascination. Je n’ai jamais eu besoin de la télévision pour connaître ces haines. Elles étaient déjà là, dans mon village il y à plus de 70 ans. On y détestait les Arabes qui avaient pourtant défendu la France.On y oubliait les Allemands qui l’avaient ravagée. Le terreau était fertile, il ne manquait plus que quelques slogans encouragés par toute une oligarchie politique.

La mémoire n’était pas un livre d’histoire. C’était un champ de forces, un mélange de peur, d’ignorance, de transmission familiale, de blessures mal digérées. Rien de tout cela n’est simple. Rien de tout cela n’est propre. Mais tout cela mérite d’être dit. Informer n’est pas un combat contre quelqu’un. C’est un combat pour la lucidité. Pour que les vieilles haines cessent d’être recyclées comme des solutions neuves. Pour que la colère retrouve sa cible : les injustices, pas les personnes.

Mektoub.

Ps : un pays qui fait payer l'impôt aux pauvres et qui en dispense les riches, est un pays condamné ( Piketty )

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