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Mustapha Ait larbi

Intellectuel dubitatif. Guitariste a l'occasion. Né Algérien par hasard ce, comme les Français. Par hasard !

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Billet de blog 28 janvier 2026

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Peut‑on changer une société  par la force du calme ?

Une méditation sur l’inertie du monde et la fragilité de nos volontés. Comment refonder l’état providence sans l’extrême droite.Le premier des paradoxes d’ailleurs , c’est que l’extrême droite prospère la ou l’immigration n’existe pas.

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Changer une société : l’expression semble simple, presque naïve. Pourtant, elle ouvre un gouffre. Car ce que nous appelons  société  n’est pas une construction abstraite, mais un entrelacs de croyances, d’habitudes, de peurs, de récits, de rapports de force. Un organisme vivant, massif, qui résiste à toute tentative de le remodeler. Arthur Koestler, dans Le Zéro et l’Infini, en tire une conclusion sévère. Pour lui, le capitalisme, ou tout autre système dominant, ne se maintient pas seulement par la force, mais par l’ignorance organisée, par l’opacité de ses mécanismes.

Une grande partie du peuple ne voit pas les dangers qui l’entourent, non par manque de lucidité, mais parce que ces dangers sont dissimulés derrière des évidences, des habitudes, des promesses. Aimé César déclarait déjà en 1950: -le racisme est toujours présent, si nous ne sommes pas vigilant, il reviendra ( j’ajoute en force ).Éduquer, éclairer, dévoiler : cela demanderait plus qu’une génération. Et surtout, cela se heurterait à des résistances féroces, car toucher à un système, c’est toucher à ceux qui en vivent, à ceux qui y croient, à ceux qui en tirent leur identité.

Pierre Rosanvallon, dans La Nouvelle Question sociale, renchérit. Il dresse le constat d’une démocratie fatiguée, d’un imaginaire politique épuisé. « Nous avons tout essayé, rien n’est encore possible » : cette phrase n’est pas un renoncement, mais un diagnostic. Elle dit que les outils dont nous disposons, partis, réformes, institutions, glissent sur la surface des choses sans jamais atteindre les structures profondes. Comme si la société était devenue trop lourde pour être déplacée par la seule volonté humaine.

Alors, peut‑on changer une société ? Peut‑être que la question est mal posée. Peut‑être que les sociétés ne changent pas par décision, mais par rupture. Par effondrement, par crise, par mutation lente et souterraine. Peut‑être que le changement n’est pas un acte, mais un phénomène.Et pourtant, malgré Koestler, malgré Pierre Rosanvallon, malgré les siècles de désillusions, quelque chose en nous refuse de renoncer. Une société, après tout, n’est rien d’autre qu’une somme de consciences. Et une conscience peut s’ouvrir, se déplacer, se transformer. Lentement, douloureusement, mais réellement.

Le changement social n’est peut‑être pas impossible. Il est simplement plus long que nos vies, plus vaste que nos projets, plus complexe que nos théories. Il demande une patience géologique, une lucidité sans illusions, et une obstination presque déraisonnable.C’est peut‑être cela, la hauteur : regarder la société comme une montagne, immense, immobile, mais dont l’érosion, imperceptible au jour le jour, finit toujours par redessiner les paysages.

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