Mais les vies les plus pleines sont celles qui refusent de courir.La lenteur n’est pas un luxe : c’est une insurrection.Dans le désert, tout va lentement.Même le vent prend son temps pour déplacer un grain de sable.Et c’est là que j’ai ressenti ce sentiment au plus profonde de moi même : la lenteur n’appauvrit rien. Elle approfondit tout. La lenteur est une richesse. La lenteur n’est pas un défaut de fabrication.
C’est une manière de reprendre possession de soi. On m’a longtemps appris que tout devait aller vite : les décisions, les gestes, les routes, les vies. On m’a dit que la vitesse était une preuve de maîtrise, un signe de modernité, presque une vertu morale. Et puis un jour, j’ai compris que la vitesse n’était qu’une façon élégante de ne pas penser. La lenteur, elle, oblige à regarder. Elle oblige à sentir. Elle oblige à être là.
Dans le désert, j’ai vu des hommes marcher comme on écoute la pluie frapper les carreaux. Rien ne presse, rien ne manque. Le temps n’est pas un ennemi à dompter mais un compagnon qu’on respecte. Chaque pas est une conversation avec le sol. Chaque silence est une manière de dire : je suis vivant, et je n’ai rien à prouver. La lenteur n’est pas une fuite. C’est une résistance.
Elle refuse l’obsession du rendement, la tyrannie du toujours plus, la comédie du toujours‑occupé. Elle dit : je choisis mon rythme, et c’est déjà une forme de liberté. Elle dit : je ne me laisse pas voler ma vie par l’urgence des autres.
La lenteur est une richesse parce qu’elle rend tout plus dense : les gestes, les rencontres, les paysages, les pensées. Elle transforme le quotidien en matière première. Elle donne du poids à ce qui, autrement, glisserait entre les doigts.
Et peut‑être que la vraie pauvreté, aujourd’hui, c’est de ne plus savoir ralentir. Le capitalisme et sa vitesse sont la victoire de l ‘absurde
Ps: sortir des zones et tout ce qui est en Z : la soupe aux choux. ( René Fallet)