Il y a encore une semaine, nous marchions sur une grève sans témoins, une plage vraiment abandonnée, mais nulle carcasse d’animaux marins, rien que quelques pirogues obstinées qui tentaient encore de ramener un peu de vie dans la mer vidée. Les Chinois et les Turcs, pêcheurs d’empires plus que de poissons, ne laissaient derrière eux qu’une mer pleine de désespoir. Quelques casiers posés en mer servaient de refuge aux bêtes, et tant pis si, demain, elles finissaient ébouillantées avec un filet de vinaigre et du thym citron. Les antiquités à Rome, écrivait un poète dans un autre temps, un temps où le barbare était huguenot, pire encore : étranger.
Ronsard, le piétre courtisan, y allait aussi de sa plume, sentant la patrie en danger. Et sa voix, venue du fond des siècles, résonne encore :
« Madame, je serais ou du plomb ou du bois
Si moi que la Nature a fait naître Français,
Aux races à venir je ne contais la peine
Et l’extrême malheur dont notre France est pleine.
Je veux de siècle en siècle au monde publier
D’une plume de fer sur un papier d’acier,
Que ses propres enfants l’ont prise et dévêtue,
Et jusques à la mort vilainement battue. »
Alors, sur la plage abandonnée, entre les casiers vides et les pirogues fatiguées, on se dit que rien n’a vraiment changé: les mers se vident ,les patries se défont, et les poètes seuls continuent de tenir la lampe au-dessus du désastre.
J'ai regardé le ciel. On dit qu’une vilaine étoile s’est éteinte.
Ps: maintenant, l'ennemi c'est le musulman....