Dieu vomit les tièdes.

Ou: «Au pays des aveugles les borgnes sont rois».

Ceci est la reprise d'un commentaire de la page de commentaire de l'article
«Les frais imaginaires du «chevalier blanc» de l’Assemblée nationale»


Je peux en donner une explication mais qui vaudra ce qu'elle vaut, donc ne vaudra que pour moi et les personnes qui réfléchissent d'une manière proche de la mienne. Je vais vous prendre un cas très récent, vieux de quelques minutes.

Je suis un “voyant”, j'ai “le don de double vue”, dit autrement je ne suis “mentalement” ni aveugle ni borgne. Pour ne pas reprendre toute la discussion qui me servira d'exemple, je vous donne le lien de la page, celle des commentaires à l'article «La marche à la mort de Jamal Khashoggi». Ça commence au commentaire qui comporte “héros plus limpides”. La discussion évolue comme beaucoup de celles liées à un article susceptible d'exacerber les positions radicales, les “pour” et les “contre”. Dans ces genres de discussions les personnes pondérées sont le plus souvent illisibles sinon pour les autres personnes pondérées, elles sont “voyantes” en un sens métaphorique, celui qui se relie aux “borgnes” et aux “aveugles” de la sentence, et elles “font la part des choses”, elles voient ce qu'il y a de “bien” et de “mal” là où ça se trouve, donc indifféremment du côté des “pour” et des “contre”, or ni les “pour” ni les “contre” ne veulent ou ne peuvent “voir le mal en soi” ni “voir le bien en l'autre”. Les aveugles sont ceux qui ne le peuvent, les borgnes ceux qui ne le veulent.

Au cours de cette discussion qui forme une suite à partir du commentaire “héros plus limpides”, un des intervenants, “Eusebiuz”, apparaît “un aveugle”, il a une perception de lui-même comme “non raciste” mais une description de la réalité et une interaction avec les autres intervenants qui fait transparaître un racisme inconscient, il y a “nous” et il y a “eux”. Je dis “raciste” en un sens très large, dans cette page-ci par exemple il y a du “racisme” mais “de classe” et “idéologique”,  une majorité des intervenants “aveugles“ et “borgnes” convergent vers une détestation des “élites” mais divergent quant à l'analyse idéologique, entre “anti-élites de gauche” et “anti-élites de droite”; si on lit les uns et les autres ils ont non seulement une détestation commune envers “les élites” mais des “solutions” assez similaires, en gros, “il faut casser le système et abattre les élites”, mais dans la forme leurs discours sont “colorés” différemment, on dira que les uns reprochent aux “élites” d'être “trop blanches”, les autres les voient “trop noires”, donc si dans leurs hypothèses “la solution” est de “colorer les élites en gris”, les uns postulent qu'on doit “leur faire boire du noir”, les autres, qu'on doit “leur faire boire du blanc”.

Donc, “Eusebiuz”. Dès ses premières interventions il a une position sans nuances, par rapport au contenu du billet et détermine deux camps bien tranchés, “les bons” et “les méchants”, une forme de “racisme” similaire à celui de cette page, “les puissants” sont “dans le mal”, les “impuissants” sont “dans le bien”, mais au cours de la discussion, en radicalisant son discours il dérive vers un racisme au sens strict parce qu'il accepte comme vraie trois “équations” très répandue en ce temps,

Arabe = musulman; musulman = islamiste; islamiste = terroriste.

De ce fait, il ne peut se défaire d'une description de Khashoggi comme Arabe donc “du côté des islamistes” donc douteux, “agent double, voire triple”, à partir d'une interprétation erronée des éléments factuels de l'article commenté.

“Eusebiuz”est un “raciste bénin” mais un “idéologue malin”, je veux dire, sa représentation de la réalité sociale comme composée de deux camps, “les puissants” et “les impuissants” est consciente, ce qui induit qu'en cas d'opposition violente entre deux groupes censés être de chaque camp, dans tous les cas il rejoindra le groupe des “impuissants” sans chercher la cause de leur opposition ou en y étant indifférent; son racisme au sens strict apparaît moins tant dans ses propos que dans son rapport avec les autres intervenants, il fait la leçon à l'intervenante “Clotilde Fougeray” en tant que “traître à sa race” et la leçon à l'intervenant “Mustapha Hemmam” en tant que “motivé par son ressenti ou son ressentiment”, donc “motivé par son appartenance raciale” qui est “autre” que celle qu'il se suppose, alors que dans mon intervention qui suscite cette hypothèse “ressentiment” j'ai un discours “en tant que Français”. Mais comme je le relève, mon patronyme l'empêche de sortir de sa grille de lecture qui sépare les “d'origine” et les “de souche”. Je sais très bien qu'il est lui-même persuadé de ne pas avoir cette lecture de la réalité, mais sa bienveillance envers une personne supposément “d'origine” et supposément guidée par “son ressentiment” montre clairement qu'il a effectivement cette interprétation de la réalité.

“Eusebiuz“ est un “borgne idéologique” et un “aveugle racial” en ce sens qu'il peut “voir le mal dans son camp“ et “voir le bien dans l'autre camp”, savoir que telle personne “de son camp” a une conduite contraire à ses principes et que telle “de l'autre camp” en a une conforme à ses principes (ceux d'“Eusebiuz”, s'entend) mais défendra celle “de son camp” délibérément parce que “de son camp”; en revanche, assez clairement il n'est pas consciemment “raciste” mais comme je le dis dans ma plus récente intervention sur cette page, sa représentation implicite de la réalité entre des “nous de souche” et des “eux d'origine” risque fort de l'amener, dans des circonstances extrêmes, à faire des choix guidés par ce “ressenti” à son propre détriment.

«Au pays des aveugles les borgnes sont rois» raconte la situation actuelle: “les borgnes” sont les personnes qui ont l'opportunité de diffuser une propagande renforçant les représentations de la réalité de type “aveugle” en donnant d'eux-mêmes une représentation éminemment “nous”, les “premiers d'entre nous”, ce qui fait que même quand, comme dans cette page-ci, on voue aux gémonies les “premiers d'entre nous”, on se privera des moyens réels de changer une situation que l'on estime désastreuse parce que, en gros, tant qu'ç faire de subir le pouvoir des salauds, mieux vaut des salauds “bien de chez nous” que des salauds “d'origine”.

Et voilà pourquoi «au pays des aveugles les borgnes sont rois».

Ce qui m'indiffère profondément, les jours où les choses iront vraiment mal, les borgnes apprendront que dans la fédération des rois borgnes les voyants sont empereurs. Les aveugles ne le sont que quand c'est plus confortable, quand ça les maintient dans une routine apaisante, mais si les choses vont vraiment mal, ou ils apprennent à faire confiance aux voyants, ou ils meurent devant la porte des voyants par refus de leur secours, dans les deux cas il y aura beaucoup moins d'aveugles, et les borgnes ne sont rois qu'au pays des aveugles.

Lecture un peu longue que j'espère éclairante.

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