Synopsis : J. veut téléphoner à E (sa gonzesse), mais l’Administration lui refuse le Pin Kôd nécessaire. Alors il (J) n’est pas content. (Mais c’est nul cette histoire, ça va jamais se vendre ! Faudrait au moins me rajouter une scène de cul et quelques cascades ! – Pour la scène de boule, au téléphone, ça va être tendu… A moins qu’il se foute le combiné dans le cul en susurrant des mots tendres, mais on risque de se retrouver avec l’Association pour la dignité des combinés téléphoniques sur le dos… Sinon, je connais des cascadeurs qu’ont fait le Dakar : on peut faire une course de 4x4 dans Arusha, avec quelques Nèg... personnes de couleur écrasées, dont deux étaient en train de baiser dans leur case ?)
Un coup d’ascenseur, quelques portes magnétiques, une passerelle et 500 mètres de couloirs, j’étais devant le bureau de JM. Je frappai, bien entendu personne ne répondit. Je tentai d’ouvrir la porte, elle n’était pas fermée, mais personne dans le bureau. Avec un peu de chance il reviendrait avant le déjeuner, il n’était après tout que 10h30.
J’entamai l’attente dans le couloir face à sa porte à côté d’une photocopieuse. Au bout d’une demi-heure, un petit type me proposa une chaise dans le bureau des secrétaires en face. Je commençais à fatiguer, j’acceptai. Une demi-heure plus tard à peine – j’étais veinard – JM arrivait.
Comme tous les chefs lorsqu’ils sentent que quelqu’un a besoin d’eux pour autre chose que signer un formulaire, JM était un peu inquiet. Mais la secrétaire, qui en avait marre de ma présence l’obligeant à faire semblant de bosser alors qu’elle aurait pu se faire les ongles, l’avait balancé. Trop tard pour continuer innocemment son chemin en s’assurant qu’aucun dégât des eaux n’altérait le plafond.
Il m’invita à m’asseoir. Je compris immédiatement que, comme je le craignais, JM n’était pas le gardien du Graal. Au mieux une des vestales. Lui non plus ne connaissait pas le nouvel oukase. Et que fit-il ? Il appela la communication. J’eus une pensée émue pour ce service, contraint depuis une semaine à expliquer 3 fois par jour que non, le Pin Kôd…
Et pourtant, là, une lumière se fit. La Communication, lassée peut-être, donna à JM une clé, qui me la transmit. JM me sourit, il me dit qu’il fallait que je trouve un long term1 qui se porte caution pour moi, et que j’envoie ça au Très Grand Chef, le Greffier - appelons-le « SS ». Puis il se leva à moitié avec le sourire signifiant « Content de vous avoir rendu service, à la revoyure. »
Je restai assis et lui demandai en prenant l’air con et obtus du short term de base quelques précisions : quelle forme devait avoir la caution, comment la transmettre, par courrier papier, mél… ? Il me révéla alors l’existence d’un formulaire dédié à ce type de requête, qu’il faudrait envoyer par mél. Ou est le bureau de SS, peut-il m’écrire son nom ? Il m’apprit alors que le monsieur en question était absent pour quelque temps et remplacé par SA. Dont il m’écrivit le nom, et m’indiqua l’emplacement du bureau.
Et il me dit un truc fou : s’il y a un problème, si ça ne marche pas, revenez me voir. Ce type était-il inconscient ? Un réflexe de politesse compulsif ? Le pensait-il vraiment ? Qu’envisageait-il, si je devais revenir le voir ? Entrer en clandestinité ? Prendre le Greffier (un demi-dieu) en otage ? Avait-il imaginé que je reviendrai effectivement ?
Je le quittai en le remerciant chaleureusement, ému quoique méfiant.
1Le contrat long est un contrat d’un an, qui permet aux portes du paradis de s’entrouvrir : hormis le téléphone, il y a le fond de pension de l’ONU, le financement des études des rejetons dans des écoles privées où les générations futures d’expatriés ne sont pas contraintes de fréquenter la plèbe autochtone et d’apprendre leur langue de sauvage, un viatique mensuel pour le conjoint oisif et les chiards hypothétiques, le fameux shipment qui permet de faire venir de France un container de ses petites affaires aux frais de l’ONU – armoire normande, salon Louis-XVI, chambre Conforama, chacun ses petites manies –, et quelques autres menus avantages permettant aux fonctionnaires internationaux de mettre du caviar dans le foie gras truffé.