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Billet de blog 25 nov. 2021

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Pour une visibilisation des violences faites aux femmes et minorités de genre noires

La journée internationale des violences faites aux femmes est un événement qui prend de plus en plus d'importance dans l'agenda politique féministe. Cependant fort est de constater qu'il continue à invisibiliser bon nombre de violences vécues spécifiquement par les personnes noires à l’intersection du cis-sexisme et du racisme.

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La journée internationale des violences faites aux femmes est un événement qui prend de plus en plus d'importance dans l'agenda politique féministe. Cependant fort est de constater qu'il continue à invisibiliser bon nombre de violences vécues spécifiquement par les personnes noires à l’intersection du cis-sexisme et du racisme.

Nos revendications décoloniales et de l’immigration ne sont pas nouvelles, elles sont ancrées dans les luttes anticapitalistes et antiracistes. Elles nous ont été transmises par des militantes noires : Solitude, Jeanne et Paulette Nardal, la Coordination des femmes noires, Assata Shakur ou Wangari Maathai.

Le manque de chiffres mettant en avant nos réalités rend difficile le plaidoyer pour dénoncer ces violences spécifiques ce qui renforce l’invisibilisation. Cette invisibilisation est d'autant plus grave qu'elle a des impacts directs sur notre santé mentale et physique et sur notre situation économique et sociale.

Cette invisibilisation est le fruit d’un système capitaliste, patriarcal et blanc qui fait de l’exploitation des unes la condition de l’émancipation des autres. Nos luttes ne sont pas corrélées aux luttes du féminisme universaliste parce que nos réalités sont différentes : Alors que les femmes blanches se battent pour étendre les délais d’accès à l’avortement nous devons à la fois lutter pour que les femmes noires sans titre de séjour aient accès à l’avortement et à un système de santé gratuit et “safe”.

Nous avons conscience que nos luttes resteront invisibles tant que nous ne représenterons pas un nouveau marché à conquérir ou un nouvel argument politique. Nous refusons cette assimilation parce qu'elle ne pourra se faire qu'à nos dépens, notre horizon ne peut donc être que révolutionnaire.

C'est pour cela que depuis sa création et particulièrement en ce 25 novembre, journée internationale pour l’élimination des violences à l’égard des femmes, Mwasi dénonce les violences faites aux femmes et aux minorités de genre noires :

Nous dénonçons la division internationale du travail et le rapport et l’accès au travail des femmes noires dans le contexte occidental, qui les sépare de leurs familles, de leurs enfants et qui les dépossède de leur corps.

A l’époque de l’esclavage, les femmes noires travaillaient dans les champs, aux cuisines, en tant que servantes ou nourrices à disposition de femmes colons et blanches.

En 1940, la France organise la venue massive de femmes noires des Antilles afin de servir des foyers de personnes blanches aisées. Seules et isolées, elle sont contraintes d’abandonner enfants et familles 

Cette immigration instituée par l’Etat a été un moyen pour ce dernier de pourvoir à un manque de main d'œuvre en France hexagonale. 

Elle ne touche pas que les métiers du care au sein des foyers bourgeois, les personnes noires se retrouvent également dans tous les métiers d’agents peu qualifiés et sous payés.

Depuis plusieurs années, une nouvelle vague d’immigrantes issues des pays d’Afrique subsaharienne constitue de nouveau  une main d’œuvre dans les métiers de care - nounou, aides-soignantes dans les EHPAD, les hôpitaux, femmes de ménages dans les établissements privés et publics-.

La crise du covid nous a également montré que les femmes noires sont sur représentées dans les métiers précaires et contraignants.

Comme l’explique Bell Hooks dans son livre De la marge au centre,  l’accès au travail n’a jamais été le même pour les femmes noires et les femmes blanches et l’émancipation des femmes blanches et bourgeoises à travers le travail  n’a pu être permise que par l’exploitation des femmes noires, qui ont été contraintes pour la plupart de rester cantonnées aux travaux domestiques et à des secteurs qui les invisibilisent. Une fois encore il s’agit d’une volonté de cacher et de contrôler leur corps.

Nous dénonçons le système pénal et son bras armé, la police, qui non seulement ne protègent pas les femmes noires précaires mais contribuent à les criminaliser et à les mettre davantage en danger.

Nous dénonçons les violences assénées par le gouvernement et sa police contre les femmes travailleuses du sexe qui criminalisent toujours plus leur travail, leur refusant ainsi l’indépendance financière, l’accès à des espaces de santé de confiance sans crainte de finir en prison où elles subissent des violences policières.

La majorité des femmes incarcérées en France le sont pour des délits liés à leur survie financière. Que ce soient les “mules”, ces femmes précaires originaires des Caraïbes qui transportent des stupéfiants, les travailleur·se·s du sexe, ou encore les femmes trans. 

Ces femmes qui ont souvent un parcours de vie lié aux mouvements migratoires Sud/Nord sont des victimes du capitalisme et du colonialisme, car elles occupent des postes précaires, sont sous-payées, parfois isolées géographiquement de leur famille, et invisibilisées car absentes des revendications des féministes universalistes qui prennent le plus de place dans l’espace public.

Le système pénal et la police touchent également dans leur dysfonctionnement les familles des prisonniers, très majoritairement racisés. Ce sont ici encore une fois des femmes racisées, qui sont précarisées psychologiquement, physiquement et matériellement (il faut compter 200 euros supplémentaires dans le budget des proches de détenus). 

Enfin loin  du mythe d’un système pénitentiaire garant de la sécurité des femmes, ce sont les victimes de violences conjugales ou sexuelles, qui sont mises en danger ou fragilisées psychologiquement, par une justice dysfonctionnelle qui privilégie de condamner (très faiblement) des individus plutôt que le système patriarcal. 

Nous réclamons l’abolition de la prison,de la police et la refonte du système judiciaire. 

Nous réclamons une justice à taille humaine débarrassée de son sexisme, de son racisme et de son classisme, qui envisagerait les violences comme des symptômes d’un système de domination et non pas comme les actes d’individus isolés. 

Nous réclamons une justice qui n’aurait plus pour but le contrôle des populations mais bien leur protection, qui mettrait la victime au centre de tout, qui irait à son rythme et qui aurait pour objectif principal sa reconstruction et non pas la condamnation de son agresseur.se

Nous dénonçons les violences médicales, en particulier gynécologiques, sur les corps des femmes noires et réclamons réparation pour les crimes subis à leur encontre au cours de l’histoire.

Au cours de l’histoire, les corps noirs, en particulier ceux des femmes, ont à de nombreuses reprises été l’objet d’agressions, de mutilations, d’expérimentations non consenties de la part du corps médical.

James Marion Sims, pionnier de la chirurgie, est considéré comme étant le “père de la gynécologie américaine”. Il a réalisé des expérimentations sur trois femmes noires esclaves : Anaracha, Betsy et Lucy. Ces femmes ont subi plus de 30 opérations chirurgicales sans anesthésiant. James Marion Sims considérait les noir-e-s comme des êtres inhumains, par conséquent, incapables de ressentir la douleur. Ces femmes noires étaient les cobayes de ce chirurgien qui, au fur et à mesure de ces expérimentations, a fini par se perfectionner et réparer les fistules vésico-vaginales.

Ces tortures ont fait avancer la gynécologie au détriment des corps des femmes noires. Les corps des femmes noires ont ainsi longtemps été des cobayes de la recherche médico-scientifique. 

Sarah Baarthman, également connue sous le nom de la Vénus de hotentotte, fut la première femme présentée comme un monstre de foire et elle a été exhibée en Europe. Le public comme les médecins, ont étudié et détaillé son corps notamment ses organes génitaux. A sa mort son corps a été découpé et moulé quant à ses organes génitaux, ses fesses et son cerveau ils seront conservés dans du formol et exposés au musée de l’Homme jusqu’en 1974. Elle a été disséquée en vue d’être sur qu’elle fait bien partie de la race humaine. Georges Cuvier, anatomiste français, a affirmé que la taille de son cerveau démontre une hiérarchie dans la race humaine, plaçant Sarah Baathman en bas de l’échelle.

Entre 1967 et 1978, le contraceptif Depo-Provera est testé sur plus d’une dizaine de milliers de populations noires pauvres d’Atlanta, sans leur consentement, avant l’autorisation de sa mise sur le marché. 

Entre 1960 et 1970, des milliers de femmes racisées de la Réunion ont subi des avortements et des stérilisations forcées dans la clinique du docteur Moreau. Au moment même où les féministes universalistes du continent militaient pour le droit à disposer de leur corps, des milliers de femmes réunionnaises, souvent dans une situation de précarité, se sont vues imposer la pose de stérilets ou l’administration d’un contraceptif par injection connu pour ses lourds effets secondaires et normalement interdit sur le territoire français, le Depo-Provera, sous couvert d’un discours visant au développement de l’île. Ces pratiques eugénistes se marginalisent à la fin des années 1970 grâce à la mobilisation de l’union des femmes de la Réunion ; elles n’ont cependant à ce jour pas été jugées, malgré les nombreux témoignages et actions intentées par les victimes.

Loin d’être uniquement des phénomènes passés, les violences médicales et gynécologiques à l’encontre des populations noires ne cessent de s’actualiser. C’est dans ce système patriarcal et raciste que la médecine a avancé.

Nous dénonçons les inégalités et les retards dans la prise en charge des patient·e·s noir·e·s, le racisme systémique à l’oeuvre dans les structures de soin et de santé. 

Nous dénonçons la déshumanisation des femmes trans par le gouvernement français et son système médical. En 2018, on estimait que dans le monde entier 75% des femmes trans étaient contaminées par le VIH et que l’espérance de vie d’une femme trans intersectionnelle (sans possibilité de définir cette intersectionnalité) était de 35 ans. Le système médical français s’est construit sur des fondations transphobes, racistes et misogynes qui pathologisent les transidentités, éloignant les femmes trans des espaces de soin, des hôpitaux et ainsi, les condamnent.

Nous réclamons un réel accès aux soins pour tous·tes, et que la consultation de médecins “safes” ne soit pas réservée à une élite urbaine blanche.

Nous réclamons la prise au sérieux des douleurs des patient·e·s, et l’établissement de protocoles de soins fondés sur le consentement.

Nous réclamons des recherches statistiques qui puissent mettre en lumière le caractère systémique de ces discriminations et maltraitances que nous avons pour beaucoup expérimenté dans notre corps.

Nous réclamons la prise en compte des fondements racistes de la gynécologie et la reconnaissance d’autres types de savoirs sur les corps des femmes.

Nous dénonçons le validisme et le racisme d’Etat, qui expose en particulier les personnes noires à des violences physiques, psychiques et sexuelles. 

Nous rappelons que le gouvernement d’Emmanuel Macron a choisi de maintenir des milliers de personnes dans la dépendance économique vis-à-vis de leur conjoint·e – dont on sait qu’elle favorise les violences conjugales – en rejetant à deux reprises (en juin 2020 et en octobre 2021) une réforme de l’Allocation Adulte Handicapé demandée par les associations.

Nous dénonçons l’hypocrisie d’un État qui délivre des Obligations de quitter le territoire à des femmes trans souffrant de maladies chroniques comme le VIH ou l’hépatite B à risque de violences dans leur pays d’origine comme le Brésil.

Nous dénonçons la pathologisation des identités trans qui oblige les femmes trans et personnes non binaires à consulter un psychiatre pour pouvoir changer de sexe à l’état civil. Une pathologisation de la transidentité héritée de la colonisation et de l’étouffement des multiples expressions de genre qu’on trouvait avant la colonisation réparties sur le continent africain notamment dans des communautés au Ghana, Burkina Faso, Nigeria ou encore à la Côte d’Ivoire.

Nous rappelons que les idéologies hétérosexistes, validistes et racistes ont construit la psychiatrie moderne et rendent les femmes et minorités de genre noires particulièrement vulnérables à la négligence et à la violence des institutions psychiatriques.

Nous dénonçons les violences faites aux femmes noires qui ne répondent pas à l’injonction de l’hétérosexualité et de la cis-identité :

Depuis son institution en 1999, le 20 novembre marque la Journée du souvenir trans. Cette journée mondiale commémore la mémoire des personnes transgenres et non binaires tué·e·s par la transphobie.

2021 devient l'année la plus meurtrière jamais enregistrée pour les personnes transgenres et non binaires avec 375 personnes transgenres et non-binaires tué·e·s par la transphobie. 96% de ces décès concernent des femmes transgenres ou des personnes d’apparence féminine. 43% des personnes transgenres tué·e·s en Europe étaient des migrant·e·s. La majorité des victimes sont des femmes noires transgenres mais une fois encore il est impossible d’obtenir des chiffres précis. Nous dénonçons l’intersection de la misogynie, du racisme, de la xénophobie, de la transphobie et de la haine contre les travailleuses du sexe qui touchent particulièrement les femmes noires trans.

L’intersectionnalité vécue par les femmes trans noires tue et ostracise au sein même des communautés qui devraient les soutenir. Comment ne pas penser à Marsha P. Johnson, son combat pour la reconnaissance des droits de la communauté LGBTQIA+ et son invisibilisation par les populations blanches de cette même communauté qui l’a abandonné et tenté de l’effacer de l’histoire queer.

Au sein du système capitaliste, sexiste et raciste français les femmes et minorités de genre noires ne sont considérées que comme de la main d'œuvre. Les violences qu’elles subissent de la part du système médical, pénal ou policier sont donc passées sous silence, particulièrement quand ces femmes ou minorité de genre sortent de la norme cis-hétéronormative. 

Mwasi 

Sources :

https://transrespect.org/en/tmm-update-tdor-2021/

https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/F34826

https://www.service-public.fr/particuliers/actualites/A15052

https://medium.com/@janelane_62637/the-splendor-of-gender-non-conformity-in-africa-f894ff5706e1

https://www.mediapart.fr/journal/france/110621/la-pma-pour-presque-toutes-est-adoptee-entre-fierte-et-amertume

https://www.franceculture.fr/emissions/lsd-la-serie-documentaire/les-transidentites-racontees-par-les-trans-44-libertes-egalite-transidentites

https://www.komitid.fr/2021/08/24/le-combat-des-femmes-noires-pour-acceder-a-la-pma/

https://www.dalloz-actualite.fr/flash/loi-de-bioethique-grandes-lignes-d-une-reforme-attendue

https://tdor.tgeu.org/

https://dailygeekshow.com/gynecologie-james-marion-sims-experiences-esclaves-noires/

https://helloclue.com/fr/articles/ethnicite/les-fondements-racistes-et-non-ethiques-de-la-gynecologie-moderne

https://www-cairn-info.inshs.bib.cnrs.fr/revue-politix-2020-3-page-29.htm 

https://www.francetvinfo.fr/societe/violences-faites-aux-femmes/recit-on-a-tue-l-enfant-que-je-portais-l-affaire-oubliee-des-avortements-et-sterilisations-forces-a-la-reunion_3217279.html

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