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Billet de blog 3 décembre 2025

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Lettre au monde des algorithmes

Voici la journée du mercredi 3 décembre 2025 qui s’achève. Les mots ont mis plus de temps à trouver leur chemin dans ce nouveau morceau de moi-même que je vous propose, depuis mon quartier populaire à Besançon. Bonne lecture à vous, si vous passez par là ;)

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Besançon, Palente, 03 décembre 2025 – 22 h 10

La voix et le regard d’une simple habitante d’un quartier populaire à Besançon ont-ils encore le droit d’exister dans cet espace virtuel qu’est Internet ? Habitants des quartiers populaires français, avons-nous encore le droit d’exister, d’avoir, tout un chacun, une voix singulière, un regard unique sur ce monde ?

Depuis quelques jours, je n’ai plus confiance dans ces plateformes, ces réseaux (in)sociaux pour conserver la moindre mémoire, le moindre ressenti, un quelconque regard sur ce monde, son actualité. Le monde ne veut pas de mon regard, ni de mes mots. Ils lui sont insupportables.

Mais les mots continuent à vouloir s’enfuir du bout de mes doigts. Je suis désespérément en quête d’espaces d’expression. Pas pour déverser une parole vaine et sans conséquence, mais une parole authentique et qui pèse ce qu’elle vaut. Le monde des plateformes ne veut pas de mes paroles, ni de mon regard, mais il ne pourra pas les faire disparaître. C’est leur suprême pouvoir sur les vôtres, cher monde, qui sont si futiles, qui ne tiennent que sur un fil fragile.

Ces mots ont une existence propre qui échappe au contrôle dément de votre empire inquiet et qui s’accroche à ce qui lui semble acquis. On ne peut pas enfermer un mot, une parole. On ne peut pas enfermer des yeux sur une vérité. C’est une entreprise vaine pour quiconque s’y essaie.

La parole dépasse vos "chaînes absurdes" faites de vide. Votre prison, cher monde, c’est votre volonté de contrôle sur la vie elle-même. Mais vous ne pouvez pas l’enfermer dans une bouteille en espérant y trouver la formule qui vous aidera à la reproduire ou à vous y soustraire.

Votre volonté de contrôler mes mots, cher monde, démontre bien plutôt votre faiblesse que la mienne. Vous n’aurez pas raison des hommes, ni des femmes. C’est elles et eux qui auront raison de vous. Vous refusez de l’entendre de ma bouche, ces mots vous heurtent, ces mots résonnent en vous comme un aller sans retour ? Vous voulez les briser ? Les réduire au silence ? Les noyer dans l’irréel du nuage virtuel ? Alors d’autres, après moi, vous les diront.

On peut colmater une fuite avec une main, mais 10 000 mains ne suffiront pas à colmater un nombre incalculable de fuites. Elles deviendront générales, et votre monde fait de vide se remplira de ces mots. Les paroles véritables finiront par submerger votre monde vide. Et vous n’y pouvez rien.

On n’éteint pas un regard qui refuse de se baisser face à l’injustice. Parce que ce regard sera toujours plus fort que "vous", cher monde, et que "moi". On ne peut pas éteindre l’Espoir. C’est lui qui finira par vous éblouir de sa majesté. Vous serez engloutis par toute cette lumière. Vous vous transformerez en ce que vous avez cru combattre, ce "Vous" sera anéanti car il ne pourra plus se supporter, ni supporter le poids d’un cruel mensonge.

Aujourd’hui, l’actualité ne nous mettra pas d’accord.

Que restera-t-il de ces regards, de ces vies particulières, de ces mémoires que vous voulez effacer ? Ils sont le carburant de "votre" perte, ils sont le ciment d’une vraie justice sur terre. On ne peut démolir une maison bâtie sur d’innombrables peines, sur un souffle aussi vibrant que sincère.

Alors, cher monde, je te souhaite de continuer à jouir de tes privilèges aussi longtemps que tu le pourras. Sache toutefois qu’aucun de ces privilèges n’est éternel. La vie reprendra ses droits. La vie sera toujours plus puissante que toi, car elle est la puissance même.

Les mots, les paroles que tu ne peux contrôler sont un avertissement honnête qu’elle te fait, un rappel. Car nul n’est renégat dans son royaume. C’est son regard qui te guérira et fera de toi un Homme.

Un cœur sincère est toujours victorieux, au-delà du temps et de l’espace connu et inconnu.

Tu ne veux pas de mon regard, ni de ces mots ? D’autres te les diront un jour…

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