La vérité, parfois, est comme un vaste champ de bataille. Chaque protagoniste de la scène de guerre à laquelle nous assistons mène alors une lutte des plus sévères pour affirmer, plus fort que ses adversaires, que sa vérité est la plus digne d’être vécue. On aime à penser que nous sommes chacun le calice d’une vérité singulière et universelle. C’est une tendance humaine, si humaine.
En outre, ce que cela révèle, c’est que la vérité peut aussi, souvent, devenir un enjeu de pouvoir. Qui maîtrise le savoir imagine remporter la bataille en maîtrisant les consciences. Nous sommes tous au cœur de cet enjeu de pouvoir. Il en va de même de la vie civile. Remplacez le terme "vérité" par celui d’"information", et celui de conscience par celui d’opinion publique, et vous obtiendrez une analogie des plus troublantes. Qui maîtrise l’information maîtrise l’opinion. Il s’agit là aussi d’un enjeu de pouvoir puissant. Qui, d’un média, d’une institution ou d’une ONG, détient la vérité ?
Nous avons assisté, vendredi 28 novembre, à ce genre de bataille. Trois adversaires que tout semble opposer. Le média, pour sa part, assure faire son travail d’information, loin des accusations qu’on lui délègue, celle d’être plutôt un média d’opinion. L’institution confirme cette tendance et veille à ce que toutes les règles soient respectées de manière si scrupuleuse que l’esprit de la règle s’effacerait presque derrière la règle elle-même. L’ONG est aussi dans son rôle. Elle dénonce, et fait naître des questions, loin de toutes considérations d’ordre partisan ; son seul parti, en principe, est celui de la cause universelle qu’elle défend. Nous sommes là, face à un piège des plus frustrants pour les citoyens.
Qui croire ? Qui dit vrai ? Qui sait mieux que l’autre ? Chacun obéit à sa logique et à sa cohérence propre, en vue d’intérêts particuliers et/ou généraux. Ainsi, le point de vue du média est celui de la fabrication de l’information, c’est le point de vue interne. L’ONG se veut transpartisane et cherche à atteindre tous les citoyens de manière externe au processus informationnel, en France mais pas seulement. L’institution, quant à elle, cherche à réguler : c’est une figure de contrôle. Son but, en principe, est d’assurer une cohérence dans laquelle chacun puisse se retrouver. Elle a cette immense responsabilité de normaliser et de faire respecter les règles. Il en va de sa stabilité et de son bon fonctionnement. Voilà pourquoi elle joue un rôle central.
Mais ne nous y trompons pas… Ce qui se joue est bien une guerre, une sorte de lutte de pouvoir. L’objectif final est de maintenir des rapports de force. Jamais nommé, mais au centre de ces rapports de force, il y a les citoyens, les individus qui consomment de l’information.
Qui gagnera la lutte ? En principe, encore une fois, l’institution est régulatrice : elle normalise, elle cadre. Même si son rôle s’apparente à celui d’un arbitre, sa survie dépend de son autorité. Si cette autorité est remise en cause, alors il y a danger pour elle. Entre un média qui a un pouvoir de modelage de l’opinion publique et une ONG dont le rôle est de dénoncer et de défendre les droits humains fondamentaux, il faut donc que l’institution exerce un jeu d’équilibriste… Sa préoccupation, en théorie, est donc de protéger le public.
Ainsi va le média informe (qui?), l’ONG défend (qui?), et l’institution protège (qui?). En fin de compte, qui gagnera cette bataille, qui doit la remporter ? Qui en a le pouvoir ? Qui est qui ? Questions de pouvoir.