Cinéma : Le long, le court et le moyen

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Pour un jeune cinéaste, « comment passer du court métrage au long métrage ? », tel était le thème de la première table ronde du Festival de cinéma de Brive qui se déroule jusqu'au 6 avril.

Et si l’élément clé de cet étroit passage était l’écriture du scénario ?
En France, ce sont 400 courts métrages par an et une soixantaine de premiers longs métrages. Parmi ceux-ci plus de la moitié émanent de réalisateurs qui sont passés par l’expérience du court métrage, les autres se lancent suite à une expérience antérieure sur le plateau (comédiens, scénaristes ou autres métiers du cinéma, comme Audiard qui a commencé une carrière de réalisateur sans jamais réaliser de court métrage).


Pour autant, même si des aides existent, " le passage du court au long métrage est une étape essentielle dans le parcours d’un grand nombre de réalisateurs mais c’est toujours un moment difficile", lançait Jacky Goldberg, journaliste aux Inrockuptibles, en ouverture du débat. Il n’existe quasiment pas de passerelles entre les deux domaines, ce sont deux mondes séparés, alors à quoi sert un court métrage ?

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Le court métrage

"Souvent le court ou le moyen métrage sont présentés comme une carte de visite mais je n’aime pas cette définition, répond le réalisateur Sébastien Betbeder (La vie lointaine, Nuage). Pour moi, le court métrage est un film au même titre qu’un long métrage. En revanche, la liberté d’écriture et de ton y sont différentes car il n’y a pas d’enjeux commerciaux. Dans un court, on peut faire accepter au spectateur de l’invention, de la créativité et aller vers des voies qui ne sont pas tracées.

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"Je n’ai jamais pensé faire des courts métrages pour arriver au long métrage, ajoute Bruno Rolland, réalisateur de plusieurs courts métrages et en passe de sortir un long métrage, Léa. En revanche, j’ai appris beaucoup avec le court ; on vérifie sa capacité à faire des films et on met les mains dans le cambouis ! On s’exprime, on apprend, on explore et si je pouvais en vivre, je continuerai."

 

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Le passage
" En réalisant des courts métrages, j’ai rencontré des comédiens, des techniciens, une sorte de famille avec laquelle j’ai continué à travailler dans le long métrage, reprend Sébastien Betbeder. Mais l’enjeu est tout autre".
Thomas Verhaeghe, producteur (Sombrero Productions), confirme : " Chaque film doit se placer dans une économie. Pour un long métrage, il nous faut prendre en compte ce que nous disent le marché et les partenaires financiers qui ont une véritable réflexion...
" Cette réflexion est l’ennemi de l’audace !" l’interrompt Bruno Rolland. "Mais pour moi, la vraie difficulté pour passer du court au long, c’est l’écriture du scénario car cela n’a rien à voir. C’est plus long, plus compliqué et surtout totalement différent dans la conception. L’écriture peut décourager et ce n’est pas l’endroit où l’on est le plus soutenu".

"Quand on a envie d’être réalisateur, c’est que la plupart du temps, on a vu beaucoup de films et on sait comment ils sont construits. Un film de Bergman ou de Speilberg, je sais le regarder, je sais comment il est fait. Mais pour le scénario, c’est autre chose... et il n’existe pas ou peu de formations entre France concernant l’écriture du scénario. Comment être capable dans l’écriture d’un long métrage de trouver le souffle, la distance, et de reprendre plusieurs fois en tenant compte des critiques ? Pour raconter une histoire pendant une heure et demie, il faut aller beaucoup plus profond dans le travail. C’est à ce niveau que le court et le long sont deux mondes séparés. »

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Prochaine tables rondes :

Dialogue sur la musique au cinéma avec Laurent Levesque, autour du film Les Plages d'Agnès de Agnès Varda et d'autres extraits de films. Animé par Benoît Basirico, rédacteur en chef de Cinezik.fr, samedi 4 avril à 10h30, Cinéma Le Rex, entrée libre.

Dialogue entre cinéastes avec Serge Bozon et Vincent Dietschy, dimanche 5 avril à 10h30, Cinéma Le Rex, entrée libre.

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Le programme du Festival de cinéma de Brive, Rencontres du moyen métrage :

www.festivalcinémabrive.fr

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Photos : Sylvain Marchou et Diarmid Courrèges

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