Myriam Marzouki
Metteur en
Abonné·e de Mediapart

4 Billets

0 Édition

Billet de blog 25 mars 2008

Avignon 2008, du théâtre et du genre

La programmation du prochain festival d’Avignon vient d’être rendue publique (voir l’article de Sylvain Bourmeau sur Mediapart, elle est également accessible en ligne sur le site du Festival). Chaque printemps, lorsque je découvre le programme du prochain festival, mais également lorsque, entre mai et octobre, je reçois les plaquettes de présentation des différents théâtres, je m’amuse toujours à un petit décompte

Myriam Marzouki
Metteur en
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

La programmation du prochain festival d’Avignon vient d’être rendue publique (voir l’article de Sylvain Bourmeau sur Mediapart, elle est également accessible en ligne sur le site du Festival). Chaque printemps, lorsque je découvre le programme du prochain festival, mais également lorsque, entre mai et octobre, je reçois les plaquettes de présentation des différents théâtres, je m’amuse toujours à un petit décompte : combien de metteurs en scène femme ? combien de mises en scène de textes écrits par des femmes ?

Pour cette édition 2008 du festival, une nouveauté intéressante : pour la première fois depuis qu’Hortense Archambault et Vincent Baudrier ont, il y a cinq ans, inauguré le principe de l’artiste associé, une femme, la comédienne Valérie Dréville, est invitée : avec Roméo Castellucci certes, mais enfin, première femme associée à la direction artistique du festival. Détail de la programmation : sur 29 propositions, 1 revient à Valérie Dréville (avec plusieurs spectacles), 1 à Claire Lasne, 1 à l’artiste Célia Houdart. Ce sont les seules artistes femmes à présenter des créations signées de leur seul nom. On trouve ensuite la chorégraphe Mathilde Monnier qui présentera une création avec Philippe Katerine, puis deux autres artistes qui signent un spectacle co-mis en scène avec un homme : Daniel Jeanneteau et Marie-Christine Soma, Lola Aria et Stéphane Kaegi. Soit en comptant les « co-créations », 6 femmes sur 29 artistes ou collectifs présentes en tant qu’artistes programmées dans le festival de théâtre le plus important en France.

On peut comme le fait Sylvain Bourmeau se réjouir des « divines surprises » d’une programmation qui en effet s’annonce riche, et souligner par exemple la jeunesse de nombreux artistes programmés (Stefan Kaegi, Le Guillerm, Philippe Quesne…). On peut aussi repérer la présence des artistes « quadra », qui pour la plupart tout en étant encore des hommes jeunes ne sont en revanche pas exactement ce que l’on appellerait de « jeunes metteurs en scène » (Pommerat, Nordey, Mouawad, Nauzyciel…). Pas un mot en revanche sur la question du genre des artistes et en particulier des metteurs en scène. Ce n’est pas surprenant : cette question n’est presque jamais posée et quand elle l’est, c’est à la marge, de manière ponctuelle, il y aurait même quelque chose d’illégitime ou de malsain à poser ce regard là sur le milieu artistique, les logiques de production, les processus de légitimation et de reconnaissance. Pour être précise : la revue Outre-Scène publiée par le TNS a consacré l’an dernier un numéro à la question : « metteuses en scène, le théâtre a-t-il un genre ? ». Il y aurait même une suspicion encore plus forte à l’égard d’un discours qui s’étonnerait d’une réalité tellement criante qu’elle en devient invisible, qui plus est lorsque ce discours est assumé par une femme. Dans un pays comme la France où les adversaires de la loi sur la parité ont pu agiter le chiffon rouge de la porte ouverte au « communautarisme », il est certain que l’on tend le bâton pour se faire battre… Tant pis, allons-y…

Les quadra

Il y a eu récemment de nombreuses nominations de ces fameux « quadra » à la tête de certains des plus prestigieux théâtres français, en région parisienne en particulier (Olivier Py à l’Odéon, arrivée de Stéphane Braunschweig à la Colline, Pascal Rambert à Gennevilliers, Christophe Rauck au Théâtre Gérard Philippe de Saint-Denis, Emmanuel Demarcy-Mota au Théâtre de la Ville. Parmi tous ces noms, celui de Julie Brochen, 38 ans, tout récemment nommée à la tête du Théâtre National de Strasbourg, à peine un an après celle de Murielle Mayette à la Comédie française. En l’espace de deux ans, deux femmes ont donc été nommées à la direction de deux des 5 Théâtres nationaux en France, changement d’importance puisque depuis leur création aucune femme n’avait jamais occupé cette place.

Le rapport de Reine Prat

www.culture.gouv.fr/culture/actualites/rapports/prat/egalites.pdf

Impossible de ne pas mettre ces récentes nominations en regard avec le précieux rapport du Ministère de la culture sur le spectacle vivant daté de mai 2006 réalisé par Reine Prat: « Pour une plus grande et une meilleure visibilité des diverses composantes de la population française dans le secteur du spectacle vivant. Pour l'égal accès des femmes et des hommes aux postes de responsabilité, aux lieux de décision, à la maîtrise de la représentation, mai 2006 »

Le rapport dresse un état des lieux pour le moins édifiant en terme de disparités et d’inégalités homme/femme dans le domaine du spectacle vivant. L'essentiel des chiffres présentés dans ce document provient des tableaux de bord élaborés par la Dmdts avec le concours des Drac (années 2003 et 2004). Quelques chiffres extraits du rapport de Reine Prat téléchargeable en pdf.

« Ce sont des hommes qui dirigent 92% des théâtres consacrés à la création dramatique. 85% des textes que nous entendons ont été écrits par des hommes. 78% des spectacles que nous voyons ont été mis en scène par des hommes. » Les femmes représentent : 22% des metteurEs en scènes dont les oeuvres sont programmées dans une institutionsubventionnée de manière structurelle par le Ministère de la Culture, 15% des metteurEs en scènes dont les spectacles ont été produits ou coproduits majoritairement par le réseau de la décentralisation dramatique, 8,8% des directeurs et directrices des Cdn, Cdr et assimilés. »

Les femmes, dépensières ?

« Sur deux saisons, 2002-2003 et 2003-2004, on compte parmi les metteurEs en scèneinvitéEs pour des productions ou coproductions majoritaires : 39 femmes et 178 hommes(82%).Le coût moyen du montage d’un des spectacles produits par ce réseau était de 72.200 €. Quand le spectacle était mis en scène par un homme, son coût moyen s’est élevé à 77.271 €. Quand le spectacle était mis en scène par une femme, il lui a été consacré en moyenne : 43.791 €. En 2003, la moyenne des subventions attribuées aux scènes nationales par l’ensemble de leurs partenaires était de 2.096.319 €. Quand elles étaient dirigées par un homme, cette moyenne s’élevait à 2.347.488 €. Quand elles étaient dirigées par une femme, la moyenne des subventions perçues était de 1.764.349 €.»

Patience et longanimité…

« Si l'on rapporte le nombre de directeurs et directrices de compagnies dramatiques subventionnées par le Ministère de la culture au nombre de directeurs et directrices de centres dramatiques ou théâtres nationaux, on se rend compte que5,7% des directeurs de compagnies dramatiques peuvent espérer diriger un jour un centre dramatique ou un théâtre national, 0,9% des directrices de compagnies dramatiques peuvent imaginer la même reconnaissance de leur travail et les mêmes moyens de le développer. »

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Migrations
Au sud de l’Espagne, ces Algériens qui risquent leur vie pour l’Europe
En 2021, les Algériens ont été nombreux à tenter la traversée pour rejoindre la péninsule Ibérique, parfois au péril de leur vie. Le CIPIMD, une ONG espagnole, aide à localiser les embarcations en mer en lien avec les sauveteurs et participe à l’identification des victimes de naufrages, pour « soulager les familles ». Reportage.
par Nejma Brahim
Journal
Covid-19 : lever les brevets, une solution mondiale ?
Vaccination générale, nouveaux médicaments contre le Covid-19 : les profits des laboratoires pharmaceutiques explosent. Est-il envisageable qu’ils lèvent un jour leurs brevets ? On en parle avec nos invités Isabelle Defourny, de MSF, Jérôme Martin, cofondateur de l’Observatoire de la transparence dans les politiques du médicament, et Rozenn Le Saint, journaliste santé à Mediapart.
par à l’air libre
Journal — Politique économique
Taxation de l’héritage : une lignée de fractures entre candidats à la présidentielle
La rationalité économique plaide pour un durcissement de l’impôt sur les successions, mais la droite se laisse aller à la démagogie en plaidant contre une hausse forcément impopulaire, dénonçant parfois un « impôt sur la mort ». La gauche cherche un équilibre entre justice et acceptabilité.
par Romaric Godin
Journal — Gauche(s)
Les partis de gauche opposés à la Primaire populaire durcissent le ton
Alors que le vote d’investiture de la Primaire populaire, qui compte déjà 288 000 inscrits, a lieu entre le 27 et le 30 janvier, les coups pleuvent sur cette initiative citoyenne. 
par Mathieu Dejean et Pauline Graulle

La sélection du Club

Billet de blog
Élection présidentielle : une campagne électorale de plus en plus insupportable !
Qu’il est lassant d’écouter ces candidats qui attendent des citoyens d'être uniquement les spectateurs des ébats de leurs egos, de s'enivrer de leurs mots, de leurs invectives, et de retenir comme vainqueur celle ou celui qui aura le plus efficacement anéanti son adversaire !
par paul report
Billet de blog
Lettre aux candidats : vous êtes la honte de la France
Course à la punchline, postillonnage de slogans... vous n'avez plus grand chose de politiques. Vous êtes les enfants de bonne famille de la communication. Vous postulez à un rôle de gestionnaire dans l’habit de Grand Sauveur. Mais je suis désolée de vous apprendre que nous ne voulons plus d’homme providentiel. Vous avez trois trains et quelques générations de retard.
par sarah roubato
Billet de blog
Présidentielles: penser législatives
La ficelle est grosse et d'autant plus visible qu'elle est utilisée à chaque élection. Mais rien n'y fait, presque tout-le-monde tombe dans le panneau : les médias aux ordres, bien sûr, mais aussi parfois ceux qui ne le sont pas, ainsi que les citoyens, de tous bords. Jusqu'aux dirigeants politiques qui présidentialisent les élections, y compris ceux qui auraient intérêt à ne pas le faire.
par Liliane Baie
Billet de blog
Primaire et sixième République : supprimons l'élection présidentielle
La dissolution de l'Assemblée afin que les législatives précèdent la présidentielle devrait être le principal mot d'ordre actuel des partisans d'une sixième République.
par Jean-Pierre Roche