Les éveillés

Si vous avez comme moi, le sentiment que tout est encore à faire mais que nous sommes sur la bonne voie... Quand l'espoir renaît, mon cœur chante.

Déjà un peu plus de deux mois que je n'ai pas gratté quelque chose ici. Le temps passe vite, c'est bien, c'est mieux que quand je le voyais passer. Prise dans mes cours particuliers dans lesquels je m'investis à 200%, j'ai découvert l'agréable surprise d'aider des petits et des moins petits. Quel pied de se sentir utile ! Alors dans mon entourage, tout le monde me voit déjà prof. Ça en rassurerait plus d'un que je choisisse la voie de la stabilité. Mais non, ce n'est ni mon désir ni même mon souhait. Ces petits, je les chéris, je gomme tant que faire ce peut leurs lacunes, je leur transmets le goût de la curiosité, de l'apprentissage, et même les plus difficiles deviennent étonnamment les plus intéressés. Je ne sais pas ce qui les stimule autant tout à coup, certainement mon investissement, la confiance en eux qu'ils n'avaient plus et que je leur redonne petit à petit ou encore l'intérêt que je leur porte et qu'ils me rendent sans compter. Je crois qu'on peut aisément appeler cela un cadeau de la vie. Transmettre, c'est un partage où tout le monde devrait être gagnant. Si j'ai découvert ce plaisir à enseigner, je n'en ai pas oublié pour autant le plaisir d'écrire. Dans l'urgence, ce soir, à l'heure où je vais rejoindre (enfin) une Nuit debout, il fallait que je pose quelques lignes. Vous dire mon état d'esprit. Nous voilà déjà au 51 mars. Je suis de très près ce qu'il se passe depuis que la loi travail nous a indigné jusqu'à aller battre les pavés. J'étais de la partie et j'ai, avec un œil bienveillant, continuer d'observer ce qui en a émergé. Edwy Plenel, si vous le connaissez un tant soit peu, nous parle très souvent de nos causes communes. J'ai vu des gens faire des bonds en entendant ses convictions. Je n'ai jamais compris pourquoi. Nos causes communes, c'est ce qui constitue le cœur de ces récents mouvements. Je vais vous dire ce que je pense de tous ces gens qui se réunissent à République et ailleurs maintenant, même au-delà de nos frontières, ces gens qui bravent les gaz lacrimo, les coups, les marmites renversées destinées à nourrir des sans-abris, la pluie, la fatigue et j'en passe. Ces gens sont des gens éveillés. Avant, j'en croisais pas beaucoup dans la réalité. Mes idées se confrontaient souvent avec du vide, des gens interloqués, inintéressés, à tel point que je me suis sentie souvent bien seule, isolée. J'avais l'impression que je devais réveiller/secouer ces gens. Et puis j'ai rencontré Twitter et ses twittos. Comme tout réseau social qui se respecte, on y trouve de tout. Puis on forme petit à petit son propre réseau et on s'entoure de mieux en mieux. C'est sur Twitter que j'ai rencontré pour la première fois des éveillés. Certains m'ont beaucoup marqué, Johan et ses dessins (https://twitter.com/JOdessinateur et là aussi https://twitter.com/Unedemerde), Guillaume et ses belles tirades à retrouver ici http://millephotos.com/), mais pardon de ne pas tous les citer, ils sont aujourd'hui tellement nombreux. Et quand, par jour de tristesse profonde car ne me sentant pas en phase avec la réalité qui m'entoure, me sentant même totalement déconnectée avec les vivants de mon espèce, je me réfugiais sur ce réseau parfois tant décrié (souvent à raison, les gens n'y sont pas tendres), et je retrouvais ces personnes souvent loin de moins géographiquement mais avec qui je me sentais et me sens toujours sur la même longueur d'onde. Ces gens, ils ont l'air comme ça ultra radicaux, rejetant en bloc notre société d'aujourd'hui, mais en fait ils ont juste les yeux grands ouverts sur notre société actuelle, sur la réalité. Ils sont génialement cultivés et je n'en finirai jamais d'apprendre d'eux. Dans ce monde twittesque, on finit par se faire la place qu'une part de la société ne nous a toujours pas accordée. Ce soir, je sais intimement que je vais retrouver beaucoup de nouveaux éveillés en chair et os. Je vous raconterai. 

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