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Billet de blog 21 avr. 2016

La Nuit debout du Nouveau Monde

Une symphonie pour un Nouveau Monde : un symbole retentissant.

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C'est incroyable, cet orchestre improvisé qui s'est réuni en deux heures de temps pour jouer la Symphonie n°9 du Nouveau Monde de Dvorak sur la place de la République ce mercredi 20 avril au soir. Si vous ne l'avez pas vu, vous pouvez regarder aux premiers loges la vidéo prise par @FloryanReyne via Periscope : https://www.periscope.tv/w/1rmGPBwowAQxN. Ces musiciens se sont inscrits via le site Framadate (https://framadate.org/2toKBlCZbUfhp5te) pour indiquer leur participation et leur choix d'instrument. Ils étaient plus de 350 à s'être inscrits. Il y a eu des milliers de spectateurs : un record d'affluence ce soir-là à République. C'est typiquement ce qui en ressort d'une Nuit debout. Ces rassemblements aux allures de grand partage, ces plaisirs simples que l'on observe en se déplaçant de groupe en groupe, autour de mélodies et de rythmes qui réchauffent le coeur de la foule qui pousse la chansonnette, orchestre mis à part. On sent l'ambiance saltimbanque (cracheurs de feu), artistique (expositions de photos des Nuits debout lourdes de sens) et festive (bières à foison) qui se dégage de ces réunions chaleureuses. En me balandant et en balayant de long en large la place, j'ai laissé traîner mes oreilles. Les débats sont pourtant pessimistes. Indignés mais défaitistes. Mais n'est-il pas un peu facile de jeter la pierre à des gens qui tentent quelque chose pour construire un nouveau monde ? J'entends que nous sommes nés dans le confort et que nous ne sommes pas prêts à le troquer contre des changements en profondeur. Ces gens rêvent de révolution aux armes et à sang. Ce sont les mêmes qui nous appellent les « bobos » mais je ne connais toujours pas la définition de ce terme. Moi j'ai surtout vu des gens de tout horizon, de Paris et de banlieues, une majorité de jeunes mais aussi des moins jeunes. J'ai vu une mixité très représentative de notre France finalement. Je crois qu'il ne faut plus vivre dans le passé et que la barbarie de la Révolution Française n'est plus d'actualité. Nous ne vivons plus au temps de la peine de mort, nous ne vivons plus au temps des têtes coupables sur les piquets. Nous ne vivons plus au temps de pouvoir prendre en otage physiquement nos dirigeants. Il faut décrocher de notre passé historique et construire notre avenir en avançant avec notre temps. Beaucoup espèrent un nouveau Mai 68, là encore, je dis que le contexte a changé. Bien sûr, les changements espérés ne se feront pas sans hausser le ton, il ne faut pas rêver non plus. On en a déjà fait les frais avec les CRS qui chargent. Il n'y a qu'à constater les photos qui en témoignent : https://www.facebook.com/Mouvement-Inter-Luttes-Ind%C3%A9pendant-182353848622139/photos. Cela dit, une scène cocasse m'a interpellé : deux jeunes discutaient avec trois CRS qui campaient à un des nombreux croisements de rues au bout de la place, croisements où l'on retrouvait à chaque fois un petit groupe de CRS posté en surveillance. La conversation avait l'air plaisante et bienveillante, et j'ai bien eu l'impression que le partage se produit aussi dans ce type de situations. Ce n'est pas la première fois qu'on me soufflerait que certains parmi les CRS soutiennent ces rassemblements.

Mais quel symbole bon sang ! Réunir un orchestre de cette densité sur la place de la République pour jouer le Nouveau Monde ! Quel puissant symbole... Cette musique parfaitement bien choisie et en phase avec ces rassemblements sonne comme un sévère avertissement : nous allons frapper fort. Voilà ce que veut dire cette symphonie. Fini de se faire mener en bateau, fini d'élire des pantins de la finance qui ne savent plus penser qu'à leurs propres intérêts, fini de laisser crever son propre peuple. Vous la voyez la misère tous les jours à tous les coins de rue ? Parce que moi je ne la supporte plus, elle me fend le coeur tous les jours. Aux feux rouges, dans les métros, dans les gares, dans ma rue, je ne peux même plus la regarder. Ce n'est pas de l'indifférence, c'est de la honte, j'ai honte que des gens puissent encore crever de faim à notre siècle dans notre pays. J'ai honte que les gens en pouvoir de rééquilibrer les richesses ne fassent rien. Tout comme j'ai honte qu'on laisse crever des migrants qui n'ont tellement plus rien à perdre qu'ils abandonnent absolument tout de leur vie. J'ai profondément honte. 

Ces gens des Nuits debout, entre autres, veulent de l'HUMANITÉ. La situation finira par exploser. Soyez-en sûr car c'est tout bêtement une règle scientifique. Tout expérience où l'on note un trop-plein finit par déborder. C'est scientifique et c'est la réalité d'un futur proche. Tous les paramètres sont en place pour y arriver.

Hier soir, à la veille de me rendre à cette Nuit debout du 51 mars, je vous parlais de nos causes communes souvent énoncées par M. Plenel, et aujourd'hui, je vous dis que si les débats semblent être dans une impasse, semblent même être assombris, il y a un vent révolutionnaire qui souffle ici et ailleurs en Europe, mais le processus ne peut se produire en quize jours. Ici, nous avons besoin de panser nos blessures. Le dernier attentat à Paris n'est pas si lointain, ravivé par les nombreux attentats d'ailleurs (Israël, Inde, Nigéria, Lybie, Irak, Turquie, Indonésie, Burkina Faso, Afghanistan, Pakistan, Somalie, Égypte, Cameroun, Syrie, Tchad, Yémen, Côte d'Ivoire, Mali, Belgique, la liste est interminable et évidemment certains endroits ont été frappés plusieurs fois depuis des mois). Alors pour panser nos blessures, pleurer nos morts, continuer de lutter en défiant la peur qu'on voudrait nous imposer, on se réunit, on se sourit, on ne se bouscule jamais car on a toujours une main bienveillante sur notre épaule, on chante, on danse, on RIT. Ensemble. Parce que tout est encore à faire, mais que tant que nous sommes ensemble, nous y parviendrons. C'est cela, nos causes communes, c'est de se retrouver avec le baume au coeur et la chaleur humaine qui nous réchauffe. C'est de constater que non, la solidarité n'a pas disparu, l'entraide et l'humain non plus.

J'ai terminé cette nuit en rentrant en taxi et en discutant longuement avec ce chauffeur d'origine malienne qui vit depuis 25 ans en France, ici à Paris. Le temps s'est arrêté l'espace de cette conversation humaine et touchante. « On est avec vous, on est peut-être pas présents physiquement mais on vous soutient, on sait que les hommes politiques vous craignent, ne baissez pas les bras », m'a-t-il dit d'emblée. Ce qui m'a frappé au cours de notre conversation, c'est à quel point nous étions d'accord sur les dégats de l'individualisme et le comportement des gens selon ce mode de vie. Il me disait qu'il ne comprendra jamais pourquoi les gens sont aussi distants les uns des autres ici. Il pense qu'il y a trop de méfiance vis à vis de l'autre et que cela conduit à l'isolement de chacun. Je dois dire que j'approuve ses propos de manière générale. Mais j'ai vécu de nombreux contre-exemples qui prouvent que tout le monde n'est pas devenu ainsi, moi la première. Et je croise régulièrement beaucoup de personnes qui sont comme moi et luttent contre cela. Et heureusement ! Cela montre que le moindre geste, le moindre sourire, la moindre parole avenante et bienveillante sont les bienvenus et il ne faut pas se résigner et laisser tomber face à des comportements parfois inacceptables.

Il va falloir se mobiliser de plus en plus, pensez-y. 

Nuit debout #51Mars © Michel Mompontet

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