Quel est ce monde dont je ne veux pas ?

L'assassinat d'Alberto Nisman, le procureur argentin versus Cristina Kirchner, Présidente de l'Argentine. Et l'assassinat de Boris Nemtsov, opposant à Vladimir Poutine, Président de la Russie. Morts qui arrangent, mort car on dérange : le prix du motif de ces crimes devait en être très élevé.

Dans un cas, de grandes révélations étaient sur le point de mettre en péril une carrière politique, et de manière sous-jacente, certainement de grands projets et des enjeux très probablement basés sur des intérêts personnels, tels qu'une réélection, un nouveau mandat... Dans l'autre cas, un opposant, qui, par définition, dérange. Dérangera même trop à la veille d'une vaste marche de l'opposition à laquelle il a fait appel pour dénoncer la mauvaise gestion par le Kremlin, et donc par Poutine, de la grave crise économique que vit la Russie. Dans les deux cas, deux Présidents avides de pouvoir.

- Et finalement, lequel ne l'est pas ? - 

Sommes-nous les acteurs de ces séries américaines telles que House of Cards ou Scandal, séries où tous les moyens sont mis en œuvre pour atteindre/conserver le pouvoir à n'importe quel prix, ou encore, sommes-nous ceux de celle britannique, Utopia, où absolument toutes les limites sont franchies et dans laquelle, même une once de confiance, voire de bon sens, n'existent pas ? Peut-on encore espérer que la fiction ne vienne pas tout droit et telle quelle de la réalité ? Ou sommes-nous les simples spectateurs de séries qui se montons la tête dans la réalité ? 

La ligne est fine, si vous voulez mon avis, et sur ce fil, il y a de quoi faire flancher nombre de funambules.

Je fais pourtant partie des très sceptiques des grands complots mondiaux, du type Illuminati. Mais quand bien même, les complots existent, bien entendu. Ils ne sortent pas tout droit de films (ou de séries - oui, je suis sériephile à mes heures perdues, pour ceux qui ne l'auraient pas encore remarqué), et ne sont pas fabriqués de toutes pièces.

Alors qui s'inspire de quoi finalement ? La fiction bien sûr s'inspire de la réalité, et par définition, elle ne reflète pas la réalité. Mais à quel point la fiction s'inspire-t-elle du vrai monde dans lequel nous vivons ? Et à quel point la fiction peut-elle rejoindre la réalité ?

Sans transition aucune, ces malheureux et récents assassinats en Argentine – où pour l'un, Kirchner a échoué à le faire passer pour un suicide – et en Russie – où pour l'autre, Poutine s'engage à tout faire pour « châtier les assassins » (il n'allait évidemment pas dire le contraire), en gardant bien sûr une main mise sur l'enquête en la confiant au FSB, le Service fédéral de sécurité de la Fédération de Russie qui remplace le KGB de l'époque soviétique, mais aussi au comité d'enquête de la Fédération de Russie et au ministère de l'Intérieur, autant d'entités qui s'avèrent toutes être en lien direct avec Poutine – pouvons-nous aller jusqu'à dire qu'elles se trouvent aussi être sous sa direction ?

Aussi, la piste ukrainienne qui semblait absurde viendra s'ajouter, avec cinq suspects arrêtés en deux joursautant dire qu'ils étaient déjà condamnés d'avance puisqu'ils semblaient apparaître comme les parfaits bouc émissaires du meurtre de Boris Nemtsov et que la présomption d'innocence n'a pas faire long feu pour eux.

Et pour aller encore plus loin, c'est ensuite la piste islamiste qui sera aussi la bienvenue après les récents drames de janvier qui ont eu lieu à Paris, pour lesquels, et pour le coup, les motifs des meurtres des victimes du 7, 8 et 9 janvier dernier relevaient plutôt de la connerie humaine plutôt qu'autre chose. Bref, d'absurdités en absurdités, Poutine comme Kirchner se retrouvent dans de bien mauvaises postures avec tous ces doutes qui planent au-dessus de leur tête. Car oui, la bonne question restera toujours : à qui profite le crime ?

Et qui fera quoi contre ça ? Olivia Pope ? Cette héroïne de la série Scandal qui sauve toutes les situations avec une notable humanité ? Je n'en connais pas de telle dans la vraie vie, et même dans la série, croyez-moi, elle a finalement rencontré ses limites (non, non je ne spoilerai pas, rassurez-vous, adeptes des séries).

Personne ne peut rien. Car toute personne sensée pensera bien évidemment que c'est sa vie qu'elle met en péril si elle s'attaque à ces gens-là. En avons-nous la preuve ? Pour ma part, je n'hésiterai pas à dire que oui. 

Alors on fait quoi ? Eh bien, on ne fait rien. Ah si, on ferme les yeux, et surtout, on ferme sa gueule.


Voilà, je vous laisse ça là, comme ça, un peu comme un pavé dans la mare. 

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