Évidemment, il y a l'inconnu.

Trois longues semaines, depuis le diagnostic. Cet espace me permet d'écrire ce que je ne dis pas. Cette rencontre avec l'inconnu.

Évidemment, il y a l'inconnu.

Ou plutôt les inconnues. Pas celles que l'on peut trouver en résolvant une équation. Non celles qui quoiqu'il arrive on ne connaîtra jamais.

Celles de la maladie. La gravité. Les séquelles. La durée. L'intensité. La rémission.

Celle des médecins et du corps médical. Leurs compétences. Leur empathie. Leur respect. Leur technicité. Leur vie personnelle. Leur cohésion. Leurs incohérences. Leurs manques. Leurs peurs. Leurs doutes. Et donc. Nos doutes. Nos peurs. Nos incohérences. Nos trop-pleins. Notre confusion. Nos vies personnelles. Notre incompétence.

Nos peurs.

Celle de la douleur. La douleur du malade. Incommensurable. Tant physique que mentale. "Prise en charge de la douleur". Silence. Comment exprimer la douleur ? Ses douleurs si différentes. Si violentes. Si effrayantes. Nouvelles. 

Celle de l'acceptation du diagnostic. Se battre. Baisser les bras. Et se battre avec qui et contre quoi ? Comment ? Pourquoi ? (non pas le "pourquoi", s'il vous plait pas le "pourquoi" ?)

Et d'autres encore. D'autres inconnues. Qui nous surprennent et accablent ou nous surprennent et redressent. Coup de massue ou de fouet. Celles qui font que certains jours tout va mieux et que d'autres tout s'écroule. Les épaules baissées, on attend alors que çà passe. En espérant que çà passe.

Celles de ma mère. Forte. Faible. Drôle. Courageuse. Perdue. Effondrée. Têtue. Ténue. Taiseuse. Énervé. Menteuse "mais si çà va". Lucide. Ma mère.

Toutes ces inconnues. 

Qui me rendent folle. Me donne envie de crier. De gueuler. D'engueuler.

Ce médecin traitant, son médecin traitant qui travaille en face de l'hôpital et qui en trois semaines n'a pas une seule fois appelé ma mère ou ma grand-mère, dont elle est aussi le médecin. Et donc qui évidemment n'est pas passée les voir. Rien. Le néant. Oui elle je vais aller l'engueuler. Oui. Ou l'autre celui du service. Le jeune. Fan de Jonnhy Deep. Lui il n'ausculte pas. Ne visite pas. Ne touche pas. Et donc ne sait rien des patients qui sont dans son service. Lui je l'ai déjà crié. C'était même pas bon. Pas de plaisir pris. Mais au moins je lui ai dit. Qu'il s'agit de survie. De confiance. En eux. En lui.

Mais sa maladie. J'aurais beau gueuler. Crier. Pleurer. Cela n'y fera rien. 

L'impuissance.

Face à l'inconnu, je suis impuissante.

Je déteste cela.

 

 

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