M. Macron, doubler le RSA, on sait le faire

Lors de son meeting à Lyon, début février, Emmanuel Macron a eu cette phrase surprenante à propos du RSA : "si on savait le multiplier par deux, j’ose espérer qu’on l’aurait fait depuis longtemps". En réalité, on sait faire, et M. Macron aussi. C'est une question de choix et de priorités.

Monsieur Macron, lors de votre meeting du 4 février vous avez déclaré à propos du RSA « si on savait le multiplier par deux, j’ose espérer qu’on l’aurait fait depuis longtemps ». 

C’est osé en effet, surtout de votre part.

Multiplier par deux le montant du RSA représente une dépense publique supplémentaire de l’ordre de 10 milliards d’euros. On sait le faire. Cela représente au choix, 0,5 point de déficit budgétaire en plus, 0,7 point de TVA, une réduction de moitié du CICE, des exonérations de cotisations employeur ou du pacte de responsabilité, ou encore n’importe quel redéploiement de la dépense publique. Cela peut aussi être un mélange de tout cela. Meilleure idée sans doute, cela peut aussi se faire, au moins en partie, en augmentant les cotisations de  l’assurance chômage pour y réintégrer la moitié des chômeurs qui en sont aujourd’hui exclus et diminuer ainsi le nombre d’allocataire du RSA. Mener une politique macro-économique d’emploi, et la création d’emplois publics pourrait également y contribuer mais c’est un autre sujet. La liste pourrait être encore longue et on ne parle ici que d’hypothèses dans le cadre budgétaire et fiscal existant, sans même recourir à une réforme fiscale d’ampleur, ni réduire la fraude et l’évasion fiscale.

On ne peut sans doute pas tout, mais trouver 10 milliards, en France, grâce à la richesse créée et à la technologie fiscale développée, on sait faire. Vous avez été au cours des cinq dernières années, notamment secrétaire général adjoint de l’Elysée puis ministre de l’Economie. Au cours de cette période, les recettes de TVA ont augmenté en moins d’un an de 6,5 milliards – pour financer le CICE.  Le CICE lui-même a mobilisé sur deux ans près de 20 milliards d’euros. Selon vos services, les baisses d’impôts sur le revenu, consenties de 2015 à 2017, s’élèvent à environ 6 milliards d’euros. Il est donc probable qu’au cours des cinq dernières années, si on vous l’avait demandé, avec vos services, et sans doute non sans quelques réticences, vous auriez trouvé le moyen de doubler le RSA en moins de deux heures. Ou, pris d’un cas de conscience terrible,  vous auriez démissionné mais un.e autre l’aurait fait, sans difficulté insurmontable. Si d’aventure vous étiez élu à la fonction que vous briguez, j’ose espérer que vous même prendriez des décision plus audacieuses que la mobilisation de 10 milliards d’euros. 

Donc, si le RSA est au montant où il se trouve aujourd’hui (un montant théorique de 535€ pour un.e célibataire – et en fait 470€ dans la plupart des cas) et non deux fois plus élevé, ce n’est certainement pas qu’on ne sait pas faire. C’est que jusqu’ici les gouvernements ne l’ont pas voulu. Lors du quinquennat qui s’achève, ils ont décidé et mis en œuvre une augmentation de 10%. Les motifs pour ne pas vouloir augmenter le RSA peuvent être nombreux selon les partis pris politiques : peut-être que certains ne souhaitent pas dépenser une telle somme pour un nombre relativement restreint de ménages ; ou alors ceux-ci jugent la réduction du déficit prioritaire ; d’autres – ou les mêmes ? - ne jugent pas cette dépense légitime ; d’autres enfin jugent souhaitable, pour de multiples raisons, de maintenir un écart important entre le salaire minimum et le RSA. Or,  ces derniers ont choisi depuis près de dix ans de bloquer l’évolution du SMIC… 

C’est justement tout l’objet du débat politique et particulièrement celui d’une élection nationale, de confronter les motivations et les choix politiques. Mais un débat honnête commence par ne pas faire passer ses choix et ses priorités comme un élément de bon sens, ceux des autres comme une pure impossibilité.

Michaël Zemmour, économiste

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