Présidentielle : et si la gauche s’intéressait un peu à l’assurance chômage ?

Dans le cadre de la campagne présidentielle, on entend peu évoquer, à gauche, la question de l’assurance chômage. Or sa situation est plutôt inquiétante, politiquement s’entend.

Depuis des années le financement de l’assurance chômage stagne alors que l’assurance chômage a dû supporter la multiplication des dépenses. D’une part le chômage a augmenté de manière quasi continue depuis la crise de 2008 – ce qui rappelons-le n’est pas seulement la faute à pas de chance, mais le résultat consenti d’une politique budgétaire choisissant la maîtrise des déficits plutôt que par la relance de l’activité.  D’autre part, on a au cours des années fait peser sur l’assurance chômage, pêle-mêle, le financement de contrats précaires, le financement de pôle emploi[1], ou encore les effets induits par la mise en place de la rupture conventionnelle ou les réformes successives des retraites[2]. On pourrait ajouter que plus de 9% de la rémunération des salariés du privé (versement des employeurs pour l’épargne salariale, les complémentaires santés, les tickets restaurants…) n’est pas soumise à cotisation chômage, ce qui diminue les droits à indemnisation, mais plus encore les recettes de l’UNEDIC (plus de 3Md par an[3]). Qui veut noyer son chien l’accuse de la rage et qui veut affaiblir la protection sociale laisse s’accroître son déséquilibre, en chargeant la barque tout en refusant tout financement nouveau[4].

D’un autre côté, l’assurance chômage n’a pas été qu’affaiblie financièrement. La protection qu’elle offre a également été nettement réduire : aujourd’hui près d’un chômeur sur deux en France (on entend par là des personnes sans emplois, disponibles, et recherchant activement un emploi) n’est pas indemnisé par l’assurance chômage. Le RSA est de fait devenu une assurance chômage au rabais (le RSA pour un célibataire s’élève en pratique à 470€  alors que l’allocation chômage minimale pour un ancien salarié à temps plein est de l’ordre de 860€). Au cours des derniers mois un consensus semble s’être dégagé – jusqu’au gouvernement Valls mais qui n’a pas jugé bon de le mettre en œuvre ! – pour une revalorisation substantiel des minimas sociaux. On souhaiterait vivement que ce consensus aboutisse à des mesures concrètes qui constitueraient un pas important pour lutter contre la pauvreté. Mais il ne faudrait pas continuer d’affaiblir en parallèle l’assurance chômage qui se déchargerait encore davantage sur les minimas sociaux se substituant un peu plus à l’assurance chômage[5].

Or l’assurance chômage mérite d’être défendue et étendue. Elle est un élément clé de la protection des salariés et de la mise en sécurité sociale. D’abord parce qu’elle matérialise la reconnaissance que le chômage est une question sociale, collective. Le chômeur est indemnisé des conséquences qu’il subit de cette situation – dont il n’est pas individuellement responsable. De plus, l’assurance chômage ne concerne pas que les chômeurs, elle sécurise tous les salariés, en amortissant les effets d’un potentiel licenciement : c’est l’assurance chômage qui rend envisageable la reconversion ou la recherche d’un emploi correspondant à sa qualification – même si cela est moins vrai lorsque le chômage et le chômage de longue durée sont élevés. Affaiblir l’assurance chômage, la rendre dégressive, ou forfaitaire par exemple, aurait donc pour effet dans les entreprises, d’augmenter encore la pression du chantage à l’emploi et de diminuer encore le rapport de force déjà très dégradé sur les conditions de travail ou les salaires.

Tous les candidats de gauche - qu’ils plaident pour un « revenu universel » ou pour une « sécurité sociale intégrale » - devraient comprendre le caractère crucial de l’assurance chômage, et se saisir de l’enjeu. Sans renforcement de celle-ci et sans extension d’une couverture effective à tous les chômeurs, des sujets plus débattus comme la portabilité des droits  ou la formation tout au long de la vie n’ont que peu de sens. Mais pourquoi des candidats se mouilleraient-ils sur ce sujet, dans la mesure où l’UNEDIC est un des rares terrains effectivement géré par les partenaires sociaux ? Deux choses. D’abord en annonçant leurs intentions, ils pourraient contribuer à mettre sous pression le patronat et renforcer les marges de négociation des syndicats. En effet, en cas d’échec des négociations – menace avec laquelle semble jouer le MEDEF – ce sera au prochain gouvernement de prendre la main. On imagine sans peine que la teneur des discussions à l’UNEDIC ne sera pas la même si le gouvernement annonce un plan d’économie – et donc de baisse des prestations – ou s’il se dit déterminé à abonder les caisses par de nouvelles ressources et à en étendre la couverture.  

La seconde chose c’est que les interactions financières entre l’Etat et l’UNEDIC sont suffisamment nombreuses – ne serait-ce que parce que l’UNEDIC contribue à financer Pole emploi – pour que le gouvernement ait de la marge de manœuvre pour renflouer par différents canaux les caisses et diminuer le ainsi le chantage au déficit.

Qu’il s’agisse de préparer l’action du prochain gouvernement, ou de se préparer à mener des luttes sociales face à des réformes austéritaires, il serait donc utile, alors que la négociation chômage rouvre timidement, que les candidats de gauche s’emparent enfin du sujet.

 


[1] Voir les travaux de Bruno Coquet de l'OFCE.

[2] Selon le dernier rapport du COR, le report de l’âge de la retraite de 60 à 62 ans s’est soldé de 2008 à 2015 par une augmentation de 50 000 chômeurs âgés de 60 et 61 ans.

[3] Estimation du conseil des prélèvements obligatoire, actualisée ici.

[4] La démonstration avait été faite par Julien Duval dans « Le mythe du trou de la sécu ».

[5] C’est d’ailleurs comme cela que certains ont compris l’obscure proposition de M. Macron de fiscaliser et d’universaliser l’assurance chômage, en en faisant sans doute au passage –mais cela n’a pas été explicité – un filet de sécurité forfaitaire indifférente aux précédents salaires.

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