Mariage pour tous : être de gauche et opposé à ce projet de loi

Depuis quelques mois, alors que les français se sont emparés du débat pour ou contre le projet de loi dit du « mariage pour tous », il semble que des frontières artificielles soient tracées par les médiacrates et autres faiseurs de pensée dominante entre une gauche à priori favorable au projet et une droite hostile, entre les « laïcs » et les « croyants », voire entre des citoyens éclairés et les autres crétins et homophobes. Dans ce contexte, est-il possible d’être de gauche (et pas un social-libéral bon teint) tout en s’opposant à une loi proposée par le gouvernement et soutenue par le Front de Gauche ? L’expérience montre vite que non. Et pourtant…

Les leaders de la gauche (de gauche) balayent d’un revers de main les problèmes que peut poser le droit au mariage accordé à des couples de même sexe arguant qu’il s’agit simplement d’appliquer l’égalité des droits à tous les couples. En effet, quel démocrate oserait revendiquer l’inégalité des citoyens devant le droit, et donc la discrimination ? La ficelle est un peu grosse. Les promoteurs de cette loi omettent de souligner, même s’ils le savent bien, que la revendication principale des couples homosexuels (pas tous) n’est pas d’obtenir le même statut fiscal et patrimonial que les couples hétéro, le PACS amélioré le leur accorderait sans difficulté. Le « mariage pour tous » est surtout le cheval de Troie d’une revendication beaucoup plus grave, celle de poser un droit à l’enfant qui se traduirait d’abord par le droit d’adoption, puis par le droit à la procréation médicalement assistée. Or, ce droit à l’enfant s’il était légalisé s’opposerait au droit de l’enfant.

Le philosophe Bertrand Vergely explique cela très bien dans un texte lumineux, « Le mariage gay ou la dictature de la confusion » que je verse au débat. Sur les dix remarques qu’appelle selon lui le projet de loi, j’en relève principalement trois :

  1. Au nom de l’égalité de droit entre les couples nous serions sommés d’admettre une équivalence entre eux. Or le couple formé par un homme et une femme n’est pas équivalent à un couple de femmes ni à un couple d’hommes. Paterner un enfant n’est pas le materner comme voudrait nous laisser croire le qualificatif de « papa poule ». Comme l’écrit très bien Vergely, « obliger un enfant à naître et à grandir dans un couple homosexuel va se confondre avec le fait d’interdire à un enfant de connaître ce qu’est le fait d’avoir un père et une mère ».
  2. Si un couple homosexuel ne peut avoir d’enfant, ce n’est pas le droit qui le lui interdit mais bien la nature qui l’en empêche. En citant le philosophe rappelons que « lorsqu’un couple hétérosexuel adopte un enfant, il le fait pour pallier un problème de stérilité. Lorsqu’un couple homosexuel veut adopter un enfant, il le fait pour contourner une impossibilité. Le registre symbolique n’est pas le même, vouloir contourner une impossibilité à l’aide d’une loi nous situant dans le domaine de la fiction prométhéenne et non plus dans celui de la réalité humaine.» Vouloir contourner les lois de la nature nous pousse à déplacer la limite entre ce qui est possible et ce qui ne l’est pas en oubliant que ce qui n’est pas possible n’est pas forcément souhaitable. C’est ce même dilemme que nous rencontrons avec la production d’OGM, la recherche sur des embryons humains ou le clonage. Vergely rappelle que «Jusqu’à présent, la rationalité de la société repose sur la notion de limite et avec elle sur l’idée que tout n’est pas possible. Tout ne se décrète pas. Tout ne se fabrique pas. Limite positive autant que protectrice, l’idée que tout ne se décrète pas nous préservant de la dictature du Droit et l’idée que tout ne se fabrique pas nous préservant de la dictature de la Science.»
  3. Enfin, si le droit à l’enfant leur était reconnu les couples homosexuels, faute de pouvoir faire des enfants, seraient conduits à se les faire faire ce qui n’est pas pareil ni pour l’enfant ni pour la société toute entière. Citons encore l’auteur qui dit « Quand on fait faire un enfant par un tiers, l’enfant n’est plus une personne, mais un objet voire une marchandise dans un trafic. Témoin le fait de louer le ventre d’une mère porteuse ou les services d’un géniteur ».

Non, le projet de loi dit du mariage pour tous n’est ni « de gauche » ni « humaniste » ni même démocratique puisqu’il s’imposerait sans débat public ni référendum. Il est même d’essence très libérale (et rappelle le slogan « il est interdit d’interdire » de mai 1968) puisqu’il participe de  la volonté capitaliste de tout transformer en marchandises, objets de désirs, jusqu’aux êtres humains eux-mêmes. L’ultralibéralisme des mœurs fait fonction d’idiot utile à l’ultralibéralisme économique. Et le philosophe nous prévient : « Ne croyons pas que l’on va remettre la différence sexuée en voyant en elle une pratique parmi d’autres sans que cela ait des conséquences. N’imaginons pas que des enfants fabriqués, à qui l’on aura volé leur origine, seront sans réactions. Ne pensons pas que la disparition des notions de père et de mère au profit de termes comme parent I ou parent II permettront l’existence d’une humanité plus équilibrée et mieux dans sa peau. ».

En mai 2005, quand la technocratie européenne et les lobby économiques ont voulu nous imposer un traité constitutionnel ultralibéral et antidémocratique, le peuple français s’est mobilisé, a réfléchi puis a dit non. La pensée dominante nous enjoignait de dire oui. Aujourd’hui la même pensée dominante veut que nous acceptions le mariage homosexuel comme d’autres pays d’Europe l’ont fait avant nous. Devons-nous capituler sans débattre ?

Vite un référendum !

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