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Billet de blog 26 mars 2013

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Salariés retraités : appelons un chat un chat

La nouvelle, nouvelle réforme des retraites que concocte le gouvernement Ayrault, fait suite à une longue série, déjà ancienne, d’attaques en règle lancées par le patronat contre les salariés et les retraités, et traduites dans la loi par ses portes serviette politiques de l’UMP et du PS.

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La nouvelle, nouvelle réforme des retraites que concocte le gouvernement Ayrault, fait suite à une longue série, déjà ancienne, d’attaques en règle lancées par le patronat contre les salariés et les retraités, et traduites dans la loi par ses portes serviette politiques de l’UMP et du PS. L’affaire remonte à Michel Rocard, alors 1er ministre en 1991, à son ministre des finances, Pierre Bérégovoy, et à leur fameux « livre blanc sur les retraites ». Il était grand temps, en effet, pour la classe dirigeante et le patronat, d'inverser la tendance, qui faisait progresser le taux de remplacement du salaire moyen par la pension de 20% en 1945 à 50% en 1965, puis à 70% en 1980 et presque 85% en 1990. Alors, pour justifier les serrages de vis successifs, la pensée dominante s’impose, répétant en boucle les mêmes messages : les retraités coûtent cher, ils sont une charge pour les actifs, puisque l’espérance de vie augmente, il est normal qu’on travaille plus longtemps (pour un patron bien sûr), etc. Vous connaissez la chanson…

Et bien, cette chansonnette lancinante me rappelle un joli poème que ma fille de 8 ans a appris à l’école récemment. Il est de Jacques Roubaud et je ne résiste pas au plaisir de vous en faire partager quelques vers : « Quand on est chat on est pas vache, on ne regarde pas passer les trains en mâchant des pâquerettes avec entrain… Quand on est chat on est pas chien, on ne lèche pas les vilains moches parce qu'ils ont du sucre plein les poches… Quand on est chat, on est chat ».

Alors, appelons un chat un chat. Les retraités ne sont pas des inactifs, voire des oisifs, qui regardent la dure vie des autres derrière la vitre de leur camping car ou celle de l’autocar de leur éternel voyage organisé. Ils ne sont pas non plus assistés par des « actifs » qui leur concèderaient quelques subsides par « solidarité intergénérationnelle ». Et contrairement à ce que voudraient nous faire croire les « réformateurs » avec leur système à point ou leurs comptes notionnels à la mode suédoise, ce ne sont pas non plus des épargnants ni des prévoyants qui récupéreraient leur dû après tant de laborieuses (et de plus en plus nombreuses) annuités de cotisation.

Qu’on se le dise, les retraités travaillent et beaucoup d’entre eux sont même très occupés. J’en sais quelque chose, moi qui dois prendre rendez-vous plusieurs mois à l’avance avec ma mère pour lui confier ses petites filles. Qu’ils soient conseillers municipaux ou responsables d’associations, qu’ils cultivent leur jardin, s’occupent de leurs petits enfants ou accompagnent leurs parents dans leurs vieux jours, les retraités travaillent et leur pension reconnaît leur travail comme ayant de la valeur économique. Seulement, voilà, ils sont salariés et travaillent librement, libres de toute subordination à un patron qui décide pour eux ce qu’ils doivent faire et ce qu’il est bien qu’ils fassent, libres de la subordination à quelques actionnaires ou rentiers qui attendent de leur travail la valorisation de capitaux.

Alors pour défendre le financement de nos retraites et son élargissement, nul besoin de quémander quelques miettes supplémentaires aux « faiseurs de richesses économiques » que seraient les employeurs et leurs actionnaires. Mieux vaut assumer ce conflit de valeur à propos de la « valeur économique » et revendiquer qu’on travaille mieux libéré des employeurs et des actionnaires comme les retraités nous le prouvent. La retraite ce n’est pas la fin du travail mais le début d’une deuxième carrière libérée de l’aliénation capitaliste.

Dès 55 ans (dans deux ans donc), exigeons 100% de notre meilleur salaire net jusqu’à notre dernier souffle. Pour cela il suffit d’augmenter les cotisations patronales de retraite pour que les pensions qui représentent environ 12% du PIB passent à 20%. C’est à peu près 120 milliards d’euros de plus par an soit à peine plus que ce que les revenus du capital piquent aux salaires depuis 30 ans.

Qu’est ce que vous en dite ?

Quand on est chat on est pas chien.

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