La presse en Turquie: la trouille au quotidien

Je vous invite à lire cet édito du Today's Zaman, ou Zaman pour les turcophones, un journal conservateur, dit proche du mouvement Gülen et anti-AKP à un certain niveau. 

Je vous invite à lire cet édito du Today's Zaman, ou Zaman pour les turcophones, un journal conservateur, dit proche du mouvement Gülen et anti-AKP à un certain niveau. 

http://www.todayszaman.com/columnists/bulent-kenes-329318-is-this-the-new-turkey.html

 

Je lis le Today's Zaman depuis mon arrivée en Turquie et bien que je sois pas vraiment fan, leurs éditos et analyses fournissent une vision de la Turquie qui est difficile à trouver autre part si on ne parle pas Turc.

L'édito est le premier de cette teneur que je lis dans un journal de droite, ce depuis mon arrivée et ma lecture de la presse turque.

Il frappe fort et il fait mal. Les mots sont sans équivoques et posent le problème de façon claire; " l'atmosphère est silencieuse, lourde, brumeuse". 

Il répète des choses que j'ai entendu dire, des déclarations telles que il est difficile d'être prof d'université dans certaines spécialisaions de nos jours ici en Turquie, on ne peut pas être trop critique. Qu'une promotion dans le service public dépendra de combien on est capable de s'adapter à ce que veulent les instances supérieures.

Puis la déclaration qui est soulignée par son auteur, mais qu'il faut marquer ici aussi " You read it right; it is a matter of courage to be loyal to universal principles of media ethics in the new Turkey". Le courage effectivement, est le maître-mot pour les turcs à l'heure actuelle. Il faut avoir le courage de faire certaines déclarations. Il faut avoir le courage d'être le seul dans son administration à ne pas être membre de certaines organisations.

Puis, en ce que j'interprète comme étant un mea culpa digne des plus grands journalistes, il dit " nous crûmes sincèrement en nos politiciens, en l'idée qu'ils tentaient de nous amener à un niveau de liberté d'expression et de la presse comparable à celui que l'on trouve dans les pays occidentaux. Nous y crûmes, mais nous nous trompâmes. " .

Yanılmışız: le mot tombe comme un couperet. ça fait mal à entendre. pour n'importe quel Turc, mais pour moi aussi. Parce que je vais être franc. J'ai beau avoir vu des gamins se faire tabasser par la police en Juin. J'ai beau avoir esquivé des jets de canon à eau et avoir craché mes poumons à cause du gaz lacrymo, j'y croyais encore. Je croyais sincèrement que le gouvernement de ces dernières années essayait de s'attacher à créer une démocratie moderne.

La cerise sur le gâteau est celle qui fait mal à entendre. Il déclare, sans vouloir vraiment le dire clairement, avoir peur des assassinats.

Si un journal publie quelque chose dans ce genre, c'est déjà grave. Si un journal tel que le Today's Zaman se permet de publier quelque chose dans le genre, c'est que ça va très mal.  

 

 

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