NADANEK
En communication
Abonné·e de Mediapart

3 Billets

0 Édition

Billet de blog 31 déc. 2021

Liban, terre d’exil

Les conséquences des conflits sans fin, des guerres à répétition, de l'explosion du 4 août, de la corruption, sont terribles pour le Liban qui voit ses cerveaux fuir à l'étranger à la recherche de stabilité et de sécurité. Sera-t-il possible pour le Liban de se reconstruire alors que tout son peuple cherche à émigrer ?

NADANEK
En communication
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Petit à petit l’avion s’éloigne de Paris pour se rapprocher de Beyrouth, je ne vois plus ma ville, je ne vois plus la France. J’aperçois Beyrouth, une ville étrangère si belle vue d’en haut et je me demande : « Est-elle aussi belle vue d’en bas ? » Collée au hublot, le ventre serré, je regarde cette capitale avec un pincement au cœur.

Ce pincement ne me quittera plus à la vue de cette ville, que je décolle ou bien que j’atterrisse. « Beyrouth vous colle à la peau, vous l’avez dans le sang », me dira-t-on quelques années plus tard.

Mon histoire est celle de tous les Libanais. Quitter, rester ou rentrer.

Née et élevée en Europe, je fais partie de ce qu’on appelle la diaspora libanaise. Cette diaspora qui a fui la famine, la guerre de 75, les milices palestiniennes, l’occupation syrienne et israélienne, la guerre de 2006, la crise économique… Oui cette diaspora continue de grandir laissant derrière elle ce tout petit pays au terrible destin.

Au départ ils partent tous pensant qu’ils reviendront après leurs études, après leur premier emploi, après la naissance de leur premier enfant mais la vérité est que la plupart d’entre eux ne rentreront jamais.

Dans les années 90, Beyrouth a été reconstruite mais combien de Libanais sont revenus ?

Les immeubles ont été remis sur pied, les ruelles remises en ordre, les jasmins plantés, les villes de nouveau connectées mais eux ne sont pas tous rentrés. Un million de Libanais ont quitté le pays pendant la guerre.

Puis il y a eu le 4 août 2020 où tout a basculé, l’effet de 15 ans de guerre en 1 minute.

Ceux qui par miracle étaient revenus au pays quelques années plus tôt sont repartis sous le regard bienveillant des mafieux au pouvoir. On parle ici d’émigration subie et non choisie. Celle qui vous fait vivre dans la nostalgie et vous fait croire encore à l’âge d’or du Liban, oubliant qu’il y a tout à reconstruire.

Alors comment faire revenir tous ces Libanais lorsqu’ils auront fait leur vie ailleurs ? Qu’ils auront épousé une autre nationalité. Que leurs enfants auront grandi dans une autre culture. Quand les attaches commenceront à se détacher. Quand les racines se seront déracinées pour être plantées ailleurs. Quand on aura fait fuir cette jeunesse et qu’il n’y aura plus personne pour bâtir le Liban de demain.

La diaspora libanaise en Amérique Latine a quitté le pays à la fin du XIX siècle et aujourd’hui la seule chose qu’ils ont de libanais est leur nom de famille. De génération en génération, l’identité libanaise se perd, c’est l’assimilation. La réalité est telle qu’aujourd’hui le Liban se vide de son sang, de ses talents, de son futur, se rapprochant de plus en plus de son passé meurtrier. La politique destructrice de la nation libanaise continue.

Mais quelle est cette fatalité qui veut qu’être Libanais c'est vivre ailleurs que dans son pays. Partout dans le monde sauf au Liban.

La construction de la nation libanaise passe par l’élimination des seigneurs de guerre au pouvoir. Par la consolidation de l’identité libanaise et non communautaire. Par le droit à l’éducation. Par le droit à la femme libanaise de transmettre la nationalité à ses enfants. Et par l’union du peuple sous un seul et même drapeau.

Parce qu’au fond être Libanais, c’est être à la fois Chrétien, Musulman, Druze, et j’aimerais ajouter Juif.

Alors aujourd’hui je me demande si l’amour de la patrie est à lui seul suffisant pour sa survie ? Ou bien si dans quelques années nous assisterons à l’extinction de la race libanaise. Devons-nous peut-être nous poser cette question maintenant comme l’avait dit John F. Kennedy « Ne vous demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, mais ce que vous pouvez faire pour votre pays. » Surtout en l’absence d’un Etat fort et juste.

Parce que le danger est bien réel et le plus grand des dangers est celui qu’une nation perde son peuple. Quand je vois mes compatriotes Libanais exceller à l’étranger, ce n’est pas la fierté qui me submerge mais la tristesse, car j’ose encore croire que le Liban n’est pas juste un rêve suspendu. Et que nous avons un autre choix que celui de l’exil ou de la mort.

Nada El Kurdi

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Santé
Maltraitance en Ehpad : une indignation feinte et insuffisante
Les pouvoirs publics font mine de découvrir que le puissant groupe Orpea se joue des règles dans ses Ehpad. Mais la maltraitance, les conditions de travail dégradées et la répression syndicale sont sur la table depuis des années,  sans que jamais le système de financement ne soit remis en cause.
par Mathilde Goanec et Leïla Miñano
Journal — France
Macron 2017 : la preuve que l’affaire a été enterrée
Le préfet Cyrille Maillet, nommé par Emmanuel Macron à la tête d’un service du ministère de l’intérieur, a personnellement classé l’enquête concernant des prestations de sécurité suspectes durant la campagne présidentielle, avec des motifs fallacieux et contre l’avis de trois sous-directeurs.
par Fabrice Arfi, Antton Rouget et Marine Turchi
Journal
La grande colère des salariés d’EDF face à l’État
Ulcérés par la décision du gouvernement de faire payer à EDF la flambée des prix de l’électricité, plus de 42 % des salariés du groupe public ont suivi la grève de ce 26 janvier lancée par l’intersyndicale. Beaucoup redoutent que cette nouvelle attaque ne soit que les prémices d’un démantèlement du groupe, après l’élection présidentielle.
par Martine Orange
Journal
Gérald Darmanin, le ministre qui dissout plus vite que son ombre
Après une manifestation antifasciste à Nantes, le ministre de l’intérieur a annoncé son intention de dissoudre le collectif « Nantes révoltée », animateur d’un média alternatif local. Outil administratif conçu contre les groupes factieux, la dissolution est avant tout utilisée comme une arme de communication et de neutralisation politique. 
par Camille Polloni

La sélection du Club

Billet de blog
Le bracelet électronique, facteur et révélateur d'inégalités
Chercheur à l’École normale supérieure, Franck Ollivon propose une approche géographique du placement sous surveillance électronique. Il analyse notamment la façon dont, en reposant sur la restriction spaciale, le bracelet redessine les contours d’un espace carcéral, dans lequel les situations individuelles des placés sont inévitablement facteurs d’inégalités.
par Observatoire international des prisons - section française
Billet de blog
Contrôleuse des lieux de privation de liberté : l’année Covid en prison
Mis en garde par la Contrôleuse générale des lieux de privation de liberté (CGLPL) pour les risques de cluster dans les prisons, le gouvernement a brillé par sa passivité. Rien d'étonnant, tant ses alertes et préconisations restent systématiquement lettre morte.
par lien-social
Billet de blog
Fermer une prison, y ouvrir une école et un musée
« Ouvrir une école, c’est fermer une prison », aurait dit Victor Hugo. Avec la fermeture imminente de la prison de Forest, un projet stratégique unique se présente aux acteurs politiques bruxellois : traduire la maxime d’Hugo en pratique et, en prime, installer un musée de la prison au cœur de l’Europe ! Par Christophe Dubois
par Carta Academica
Billet de blog
Un système pénal à abolir : perspectives féministes
Dans son essai Pour elles toutes. Femmes contre la prison, Gwenola Ricordeau propose une réflexion sur l'abolition du système pénal (police, justice, prison) d'un point de vue féministe, à contre-courant des courants dominants du féminisme qui prônent un recours toujours plus accru au pénal.
par Guillaume_Jacquemart