«La révolution a changé la révolution» - Ossama Mohammed

La révolution avant la révolution était un imaginaire personnel qui se croyait créatif…

Je réalise aujourd’hui comme il était « bénéfique » et ennuyeux. Il n’était que mon œuvre, le tien, le nôtre, nous les « Moi » de l’élite choisie.

Je dévoilais aux gens leurs « êtres inconnus », je murmurais à leurs consciences, j’allumais le feu dans leurs imaginaires et c’en était presque un sacrifice. Je sentais que la vie entravait mon imaginaire, qu’elle était beaucoup trop étriquée, handicapée, recroquevillée dans une coquille morte, paralysée dans un coin de chaque imaginaire.

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La révolution a réveillé le véritable imaginaire. Il était en fait capricieux, une « belle dormante ». Il est apparu comme une nature muette tapie dans un recoin de la vie.

La nature a triomphé pour elle-même et pour son trésor de beauté.

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J’ai ainsi découvert que la vie était plus vaste, plus généreuse que je ne le pensais.

Et que le bourdonnement que causait le choc de l’union entre « pré » et « tention » était une maladie psychique, un syndrome syrien rédigé par les « notes » (de musique) du despotisme et sa caractéristique essentielle : la décadence culturelle.

J’ai aussi découvert que la prétention toxique avaient étouffé la vie, l’avaient modelée selon ses traits.

La prétention bourdonne et bourdonne pour créer une vie virtuelle parallèle qui élit pour prince le « Moi ».

Le despotisme est l’auteur de la prétention. Il me crée et les crée. Pas « seulement » mais « aussi ».

Oui, le despotisme a cohabité avec le Moi, l’a séduit et l’a influencé. Le Moi a par conséquent adopté sa prétention, ses héroïsmes, et après un temps de résistance à la tentation, il a fini par admettre son « exceptionnalité »…

Il s’avère impossible de respirer la corruption et le despotisme si « concentrés » (armés de désastres, de ricanements, de terreur, de complaisance, et de la rose en plastique de l’obstruction – Moumana’a - parfumée de pourriture) sans les avaler. Penser que l’on y échappe est une prétention, voire un péché.

Les gaz de la corruption et du despotisme nationaux, deux en un, sont toi, quand tu finis par croire que tu es toi seul, une famille régnante, écartée du pouvoir et que toutes les délibérations que tu n’inities pas sont illégales.

Tu te crées l’illusion que tu es la silhouette encore debout de la majorité qui a abdiqué ; tu te crois incarner sa conscience résistante et être le gardien de sa dignité.

Dans l’ombre de la prétention et le bourdonnement de ses offrandes et sa générosité je me suis cru le plus intelligent, le plus beau et le plus rayonnant…

Puis un jour, une brise souffla et ce fut la révolution

Tu es là, tu observes, tu es fasciné, tu penses que c’est ton film. Puis tu réalises que tu halètes et tu espères au mieux trouver un siège dans la salle de cinéma à ciel ouvert. Tu applaudis pour être…

Tu regardes la Syrie et tu réalises à quel point elle a été prisonnière et comme tu l’as été aussi.

Ton souffle est coupé entre un éblouissement et un autre. Tu es ébahi devant la fontaine de beauté que représentent les nouveaux syriens et syriennes. Tu es stupéfait devant la libération de la parole, de la prose, de la poésie, des caméras, de la peinture et des sculptures.

Devant tous ceux qui ont passé leur vie à défendre la beauté et ont honoré la nature le temps venu. Devant tous ceux qui ont accouché de l’esthétique et de la création sous le feu des barils assassins. Ils unifient l’être humain, ils agrègent ses restes épars et le soutirent à la barbarie pour le préserver dans le secret de la terre…. Les syriennes et les syriens : poètes de la vie.

Oui la Syrie veut sa liberté. Elle était prisonnière. Et je l’étais. Et me voilà essayant de rétablir mon prestige et soutirer une part de pouvoir des éloges qui sont faits aux syriens.

 

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Qu’est ce qui a changé depuis la révolution ?

La Syrie a changé et a changé le monde. Elle a révélé l’atrocité des « grands intérêts » des pays se voilant avec les constitutions des droits de l’homme.

L’ère nationale sacrée et criminelle est finie. Elle se désintègre par ses propres maux et se désagrège par le sang de ses victimes.

Le nationalisme monstrueux, corrompu, calomniateur, et sacré, est la plus grande imposture morale, spirituelle de l’histoire.

Le nationalisme est le refuge des crapules.

La Syrie a changé.

Le tueur lui a sorti ses tripes. Là où se trouvaient ses victimes et ses « miroirs ».

La pourriture se dégage de tout ce qu’il crée : de la violence, du confessionnalisme et de l’injustice, mais aussi, de tout ce qui adore : « un sacré » capable de donner vie et mort, de tout ce qui agrandi le cimetière et devient, le refuge des crapules…

Ossama Mohammad est cinéaste et écrivain syrien

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