Appel: l’urgence d’agir aux côtés du peuple syrien

Le peuple syrien vit une tragédie depuis vingt mois. Ayant osé s’exprimer massivement et pacifiquement pour la liberté, la démocratie, les revendications sociales contre la dictature de Bachar Al-Assad, celui-ci a répondu en tirant au revolver, au fusil, à la mitrailleuse, au canon, de ses chars, ses hélicoptères, ses avions, ses navires, sans oublier l’arme blanche et les terribles bombes à fragmentations, tout cela visant les hommes et les femmes jusqu’aux enfants.

Le peuple syrien vit une tragédie depuis vingt mois. Ayant osé s’exprimer massivement et pacifiquement pour la liberté, la démocratie, les revendications sociales contre la dictature de Bachar Al-Assad, celui-ci a répondu en tirant au revolver, au fusil, à la mitrailleuse, au canon, de ses chars, ses hélicoptères, ses avions, ses navires, sans oublier l’arme blanche et les terribles bombes à fragmentations, tout cela visant les hommes et les femmes jusqu’aux enfants. L’arithmétique de la mort atteint les 40 000 personnes, 100 000 autres arrêtées, torturées, disparues, des centaines de milliers de déplacés, 450 000 ont gagné l’étranger. C’est une guerre contre les civils, une horrible tempête détruisant les maisons, les outils de travail à la ville et à la campagne, les services publics.

Le peuple syrien s’affronte à « l’ensauvagement » de sa vie par un bourreau haineux et dominateur qui recourt à des crimes contre l’humanité. Le droit de vivre en Syrie est un devoir d’humanité pour chacun de nous. Là-bas, c’est ici, là-bas agissent des compagnons simples et lumineux, ici nous devons clamer notre colère.

Chacun doit se dire : « si je ne dis pas, ne serait-ce qu’un mot, alors qui ? Si je ne le dis pas tout de suite, alors quand ? » Là-bas se trouve un peuple souffleur de conscience refusant l’intimidation et surmontant la peur, ici peut et doit se trouver un peuple qui se compromette avec la dignité, la liberté des Syriens en décidant de dire et de faire une solidarité intrépide et courageuse en direction de tous les détenteurs d’autorité en France, en Europe et dans le monde qui se font surtout remarquer par leur défaillance. Bachar Al-Assad brutalise à l’extrême la Syrie, les manifestants pacifiques la civilisent. Bachar Al-Assad et son clan ont perdu leur légitimité mais persistent dans la répression d’une société pleine d’êtres enfermés de naissance contre laquelle l’Armée syrienne libre se trouve en première ligne.

Le monde ne fait même pas le minimum. L’ONU est aphone, impuissante, incapable de la moindre réaction humaine efficace. Le Conseil de sécurité, dans sa forme actuelle, bafoue sa « responsabilité de protéger «  les civils de tous âges pris pour cible. Il se limite à enregistrer régulièrement les vetos inexcusables de la Russie et de la Chine qui, par ailleurs, contribuent à armer Bachar Al-Assad. En attendant une réforme de l’ONU, pourquoi ignorer que, lorsque le Conseil de sécurité est bloqué par un veto, il est possible de saisir l’Assemblée générale qui bénéficie alors d’un large pouvoir ? Elle peut, dans ce cadre, prendre des initiatives appropriées à la situation tragique du peuple syrien. Sans oublier la saisine de la Cour pénale internationale.

L’Europe a certes décrété des sanctions mais leur réussite est mise en cause par les diverses livraisons de la Russie et de l’Iran. L’Europe ne devrait pas oublier le conseil de Walter Benjamin : « Laisser aller le cours des choses, voilà la catastrophe. »

La France a une parole généreuse, mais qui s’est trop longtemps évanouie dans une posture velléitaire, réclamant une démocratie à l’occidentale ignorant la grande diversité ethnique et confessionnelle du peuple syrien et le travail inouï que représente son rassemblement pour lequel milite notamment un mouvement laïc très ancien. La Syrie continue de connaître des centaines de manifestations pacifiques avec un mot d’ordre d’unité : « Un, un, un, le peuple syrien est un. » C’est « sa belle manière d’être avec les autres » dirait Eluard.

Vendredi dernier, 9 novembre, les mots d’ordre des manifestations pacifiques à Alep étaient : « Non au confessionnalisme, oui à l’unité nationale », « Non à la défiguration de notre révolution syrienne », « La Syrie est pour les Syriens », « Un seul pays pour un seul peuple », « L’unité nationale est notre boussole », « Le confessionnalisme est une balle contre notre révolution », « On va reconstruire, fils de martyrs, ta mère, la patrie », « Je suis un Arabe mais je défendrai les droits de mes frères kurdes et je salue la fraternité entre Arabes et Kurdes »… Chacun peut en avoir la preuve en consultant les sites des comités de coordination de la révolution syrienne.

La France doit s’engager concrètement et ardemment aux côtés de la société civile, des réseaux sociaux, des comités locaux dans les quartiers populaires et les villages, de la coordination nationale entre le mouvement insurrectionnel et la continuation de la société civile. Les Syriens ont besoin de nourriture, de médicaments et de matériel hospitalier, de fournitures scolaires, de matelas, de couvertures contre le tout proche hiver, très froid en Syrie.

La France, l’Europe, le monde doivent apporter la bonne réponse à l’agitation de l’épouvantail djihadiste, si précieux pour Bachar Al-Assad. La présence djihadiste encore marginale en nombre est un danger réel si le peuple syrien est abandonné à lui-même. Ne pas céder à la peur est la meilleure arme contre l’islam radical. Les journalistes courageux qui sont allés là-bas le confirment. Bien meilleure encore est l’arme d’un appui à tous ceux dont nous approuvons la lutte, celle de leur liberté contre un régime tortionnaire.

Ne laissons pas détruire ce pays dont l’histoire a été si précieuse pour toute l’humanité. C’est là qu’a été construite la première maison, qu’est apparu le premier alphabet, qu’ont été construits des édifices classés par l’Unesco Trésor de l’Humanité. Le peuple syrien, traditionnellement si hospitalier et pacifique, réclame et espère un appui rapide, efficace, sur place et dans les camps de réfugiés, une aide logistique et financière, et la reconnaissance de sa capacité à se créer un avenir de paix, de justice et de liberté.

Cliquer sur ce lien pour signer l’appel en ligne :

http://www.change.org/fr/pétitions/souria-houria-syrie-liberté-appel-l-urgence-d-agir-aux-côtés-du-peuple-syrien

Ajoutons qu’aujourd’hui, l’opposition syrienne évolue en se structurant mieux et en améliorant sa coordination. L’élection à la présidence du Conseil national syrien de Georges Sabra, figure historique de la résistance, qui a passé huit ans dans les prisons du régime, ainsi que la création d’une coalition  réunissant  d’autres formations et de grands résistants de l’intérieur, tels Riadh Seif, marquent une étape importante qui pourrait précipiter la chute du régime de Bachar Al-Assad. Dès lors qu’une bonne partie de la communauté internationale aura considéré, à l’instar de la France,  cette coalition nationale comme seule représentante légitime du peuple syrien, tous les moyens doivent lui être fournis pour assurer sa protection.

Il y a un an, beaucoup d’entre nous étaient au  Théâtre de l’Odéon, archi plein, dans une première action de solidarité avec le peuple syrien. Nous n’avons cessé depuis d’exprimer cette solidarité. Aujourd’hui, notre devoir est de continuer et de faire plus, à travers deux grandes initiatives à caractère culturel, humain et politique que nous vous proposons.

Lundi 19 novembre 2012, de 18 heures à 22 heures au Centquatre, en présence d’artistes d’ici et d’ailleurs, des opposants syriens, des journalistes, des spécialistes de la région et de grands témoins feront le point sur la situation syrienne et les perspectives d’action internationale lors d’une rencontre publique de solidarité avec la résistance. Cette initiative, qui a le soutien du Théâtre du Rond-Point, du CentQuatre, du Monfort Théâtre et du journal Libération, établira un cahier d’exigences en faveur du peuple syrien. Programme: http://souriahouria.com/wp-content/uploads/2012/11/Syrie-104-programme.pdf - Adresse du Centquatre : 5, rue Curial, Paris 19e.

Le mardi 11 décembre 2012, un « Train pour la liberté du peuple syrien » partira à 10 heures de la gare de l’Est. Il se rendra à Strasbourg où, après un rendez-vous-débat au Théâtre national de Strasbourg, entre les voyageurs du train et les amis strasbourgeois du peuple syrien, des délégations pluralistes et internationales iront entre 15h30 et 18h30 à la rencontre des élus et des autorités du Parlement européen pour leur transmettre des propositions d’action. Ce train est parrainé par le Syrian Business Forum. Réservation pour le « Train de la liberté » (aller-retour dans la journée) : train@souriahouria.com (participation aux frais : 20 €). Une collation sera offerte pour le déjeuner.

Premiers signataires de l'appel:

Michel Piccoli, comédien

Pierre Arditi, comédien

Ariane Mnouchkine, metteuse en scène

Hélène Cixous, écrivaine

Jack Ralite, ancien ministre

Stéphane Hessel, ambassadeur de France

Marcel Bozonnet, metteur en scène

Emmanuel Wallon, sociologue

Farouk Mardam Bey, éditeur

Samar Yazbek, écrivaine (Syrie)

Père Paolo Dall’Oglio (Syrie-Italie)

Costa-Gavras, cinéaste

Rithy Panh, cinéaste (Cambodge)

Jean-Luc Godard, cinéaste

Macha Makeieff, metteur en scène, directrice du théâtre de la Criée

Carlo Ossola, professeur au Collège de France (Italie)

Maguy Marin, chorégraphe

Jonathan Littell, écrivain

Rony Brauman, médecin

Hortense Archambault et Vincent Baudriller, codirecteurs du Festival d’Avignon

Dominique Blanc, comédienne

Ariane Ascaride, comédienne

Laurent Gaudé, écrivain

Chantal Morel, metteuse en scène

Mohamad Al-Roumi, photographe et réalisateur (Syrie)

Marie-Christine Barrault, comédienne

Jane Birkin, comédienne et chanteuse

Julie Brochen, metteuse en scène, directrice du TNS

Pascal Ory, historien

Denis Guénoun, philosophe

Jacques Lassalle, metteur en scène

Didier Bezace, metteur en scène, comédien, directeur du TCA

Denis Podalydès, comédien, metteur en scène

Bernard Faivre d’Arcier, consultant

Michel Cantal-Dupart, architecte

Laurent Fleury, sociologue

Roland Monod, comédien et metteur en scène

Muriel Mayette, administratrice de la Comédie-Française

Noëlle Châtelet, écrivaine

Lucien et Michèle Attoun, directeurs du Théâtre Ouvert

Joël Huthwohl, conservateur des bibliothèques

Louis Sclavis, compositeur, musicien

Philippe Caubère, comédien

Laure Adler, journaliste, écrivaine

Catherine Dolto, médecin

Robin Renucci, comédien et metteur en scène

Anne Alvaro, comédienne

Bernard Noël, écrivain

Olivier Py, écrivain et metteur en scène

Emmanuel Ethis, sociologue

Louis Joinet, magistrat

Monique Chemillier-Gendreau, juriste

Alain Joxe, géopolitologue

Noémie Kocher, comédienne

Maurice Buttin, président du Comité de vigilance pour une paix réelle au Proche-Orient

Jean Bois, acteur, dramaturge

Dominique Constantin, comédienne

Gérard Alezard, syndicaliste, vice président honoraire du Conseil économique et social

Jacques Gamblin, comédien

Christian Schiaretti, metteur en scène, directeur du TNP

Nicolas Peigney, pianiste et compositeur

Elias Khoury, écrivain (Liban)

Florence Aubin, plasticienne

Abdellatif Laâbi, écrivain (Maroc)

Jacques Gaillot, évêque

Ernest Pignon-Ernest, artiste plasticien

Olivier Poivre d’Arvor, directeur de France Culture

José Garçon, journaliste

Nedim Gursel, écrivain (Turquie)

Béatrice Soulé, productrice

Michel Broué, mathématicien

Dan Franck, écrivain

Christian Boltanski, artiste plasticien

Sarah Moon, photographe

Patrick Weil, historien

Annette Messager, plasticienne

Daniel Buren, sculpteur

Pierre Hassner, politologue

Jean-Pierre Mignard, avocat

Michel Tubiana, président du réseau Euromed des droits de l’Homme

Gérard Lauton, enseignant-chercheur et syndicaliste

Nadia Aissaoui, sociologue et féministe algérienne

Khaled Alkhani, Artist syrien

Michel Morzière, ingénieur

Jean-Michel Frodon, critique cinématographique

Philippe Herzog, économiste

Claude Fischer, présidente de Confrontations Europe

Paul Fourier, responsable national de la CGT

Janine Mossuz-Lavau, politologue

Jacques Téphany, directeur de la Maison Jean Vilar

Julie Bertuccelli, réalisatrice

Alan George, politologue

Fabrice Puchault, directeur de l’unité documentaire de France 2

Caroline Casadesus, chanteuse lyrique

Jean-Pierre Siméon, directeur artistique du Printemps des Poètes

Paul Rondin, administrateur de théâtre

Michel Reynaud, psychiatre

Virginie Dörr, graphiste

Rafik Schami, écrivain (Allemagne)

Ammar Abd Rabbo, photographe (Syrie)

Christophe Ruggia, réalisateur

Jean-Pierre Sinapi, réalisateur

Cécile Paoli, comédienne

Denise Chalem, actrice, réalisatrice, scénariste

Claire Duhamel, comédienne

Arlette Namiand, auteur

Jean-Paul Wenzel, auteur, metteur en scène

Vladimir Velickovic, peintre

José Chidlovski, producteur, réalisateur,

Mémé Perlini, metteur en scène (Italie)

Salvino Raco, metteur en scène (Italie)

Jean-François Louette, professeur de littérature française à l’Université Paris-Sorbonne

Geneviève Brisac, écrivaine

Jean-Pierre Thibaudat, critique dramatique

Alain Gresh, journaliste

André Markowicz, traducteur

Françoise Morvan, traductrice

François Tanguy, metteur en scène

Laurence Chable, comédienne

Jean-Manuel Gonçalvès, directeur du Centquatre

Sophie Cluzan, archéologue

Stefan Weber, directeur du département islamique du Pergamon Museum (Allemagne)

Ignacio Gutiérrez de Terán Gómez Benita, Université autonome de Madrid (Espagne)

Fernando Garcia Burillo, éditeur (Espagne)

Immaculada Jiménez Morell, éditrice (Espagne)

Clara Janés Nadal, poète (Espagne)

Moustafa Khalife, écrivain (Syrie)

Darina Al-Joundi, comédienne (Syrie)

Ziad Majed, politologue (Liban)

Maram Al Masri, poète (Syrie)

Rania Samara, traductrice (Syrie)

Clio Makris, sculptrice (Grèce)

Zizi Makris, artiste peintre (Grèce)

Wladimir Glasman, ancien diplomate

Bahram Hajou, peintre (Allemagne)

Michel Kail, philosophe

Bernard Moninot, plasticien

Jean-Baptiste Para, écrivain

Yassin Al Haj Saleh, écrivain (Syrie)

Youssef Courbage, démographe

Philippe Queyras, artiste plasticien

Anne et Patrick Poirier, plasticiens

Rosa Martinez, productrice

Robert Fortune, metteur en scène

Jean-Paul Wenzel, dramaturge, metteur en scène

Patrick Sommier, directeur de la Maison de Culture 93

Bernard Vasseur, philosophe

Yves Clot, professeur de psychologie du travail au CNAM

Jean-Pierre Moulin, comédien

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