Huit ans après la répression du bassin minier, Messaoud Romdhani harcelé de nouveau !

Depuis trois ans, le militant des droits de l'homme Messaoud Romdhani tente de faire annuler une décision arbitraire du ministère de l’Éducation qui le prive de son salaire et de sa retraite. Las, l’enseignant a décidé d’entamer une grève de la faim illimitée.

Ironie du sort, c’est au lendemain du 60éme anniversaire de l’indépendance de la Tunisie que ce militant infatigable est acculé au même "acte autophage" accompli par la multitude de laissés pour compte dont il défend, encore aujourd'hui, "le droit au travail et à la dignité".

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Professeur d'anglais, syndicaliste, initiateur du Comité  national  de soutien aux populations du bassin minier, vice-président de la Ligue tunisienne de défense des droits de l’Homme (LTDH), membre du comité directeur du Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES) et président du Comité pour le Respect des Libertés et des Droits de l'Homme (CRLTDH), Messaoud Romadhani décline son engagement dans tous ces costumes. Après le harcèlement policier dont il fut l’objet en 2008, le militant est-il, aujourd’hui, victime d’un harcèlement administratif qui ne dit pas son nom? Il semble bien que ce soit le cas, au vu des vaines promesses officielles de régulariser sa situation.

Il nous a expliqué, dans le texte qui suit, « pourquoi il a décidé d’entrer en grève de la faim »:

 «  J’entame une grève de la faim illimitée en raison du silence opposé par le gouvernement tunisien à mes démarches pour régulariser la situation professionnelle absurde dans laquelle je me retrouve. Malgré mes demandes répétées, le gouvernement refuse, depuis trois ans, d’examiner mon dossier et de régler ma retraite, depuis le mois d’août dernier.

    À la mi-avril 2011, j’ai été nommé membre de l’Instance supérieure pour la réalisation des objectifs de la Révolution (ISROR). Une gratification que m’a value ma qualité de militant des droits de l’Homme, de syndicaliste et sans doute ma contribution avec d’autres militants aux activités du Comité national de soutien aux populations du Bassin minier. Ce détachement m’a été notifié par un courrier du Premier ministère en vertu du décret-loi 2011-6 du 18 février 2011 paru au JORT. Le président de l’ISROR, M. Iadh Ben Achour et bien des collègues à la même instance en sont témoins : j’ai été un membre assidu et j’ai participé à la discussion de tous les textes fondateurs de notre démocratie naissante. Bien évidemment, je ne percevais aucune rétribution particulière liée à cette fonction et continuais à percevoir mon salaire de professeur d’enseignement secondaire.

    Quelle ne fut donc ma surprise d’apprendre, le 12 décembre 2012, qu’on me demande de restituer tous les montants, y compris ceux perçus lors de mon détachement à l’ISROR, alors que j’avais présenté tous les justificatifs au ministère de l’Éducation, ainsi que les documents attestant de mes demandes de réintégration et l’enregistrement de ma présence à mon établissement d’origine, à chaque fois que cela m’a été demandé et souvent sur ma propre insistance.

    Je tiens à préciser que l’administration a piétiné tous les droits reconnus au fonctionnaire que je suis, à commencer par celui d’être informé de décisions prises à mon encontre ; qu’elle veut me priver de mon revenu alors que je n’ai fait l’objet d’aucune mesure disciplinaire préalable, ce qui est une violation flagrante de la loi régissant la Fonction publique. Même du temps de Ben Ali, dont la Sécurité me harcelait nuit et jour et collait à mes fenêtres, chez moi comme au boulot, on n’a pas osé me « couper les vivres ».

    Cette situation est devenue insupportable. Après avoir fait tous les recours et frappé en vain à toutes les portes, je me trouve contraint à entamer cette grève comme le moyen ultime pour faire entendre mes revendications :

          Que l’administration renonce à me demander de restituer des salaires que j’ai perçu, comme d’autres, en contrepartie d’un détachement pour une mission au service de mon pays

          Que l’on restitue mes droits à l’avancement dans les grades professionnels dont j’ai été privé pendant des années

          Que la régularisation de ma retraite soit effectuée au plus vite conformément aux exigences de la loi. »

 

 

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