Il était une fois … un conte de faits (de Reine 21ème siècle).

Les contes de fées s'arrêtent souvent au tome 1, avec un « ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants ...» Mais il y a ensuite le tome 2, et le tome 3 ou 4. Et on est parfois loin du conte de fées. Dernièrement, j’ai rencontré une reine qui m’a livré son conte personnel… pas si fées. Les contes, ça se ra-conte, en voici un tragiquement moderne.

Tome 1 : « se termine d’une manière un peu différente du conte de fées tradi.. mais jusque là, c'est correc' ».

A la fin du tome 1, le roi et la reine ne se marièrent pas et n’eurent pas beaucoup d’enfants. Plutôt, ils se pacsèrent et eurent 1 premier enfant. C’était déjà très bien pour eux et le royaume et ça faisait plus 21ème siècle. Ils achetèrent un château à parts égales (21ème !). Ils retournèrent aussi tous les deux au travail (21ème !). Le roi et la reine étaient tous deux enseignants à l’université royale (au 21ème siècle, le monde est encore ainsi fait que les "rois et reines" sont ceux qui peuvent enseigner aux "autres"...).

Tome 2 : « Au bout de 3 ans, Ça dérape complet ».

La reine était enceinte d’un deuxième héritier et constata rapidement que le roi ne s’investissait pas autant et commençait à prendre « de la distance ». La reine lui en parlait mais le roi disait qu’il n’avait juste besoin d’espace et qu’elle en faisait trop. La reine avait à cœur de prendre soin du roi, un peu trop justement, et elle se dit que c’était probablement elle qui était effectivement trop vampirisante. Alors elle se tut.

Mais au bout de plusieurs mois, la reine, lasse et fatiguée de ce tome 2 qui ne ressemblait pas du tout à un conte de fées, la reine, donc, avec sa princesse tout juste née, se rendit compte que le roi avait en réalité décidé de vivre un autre conte de fées. Et le nouveau conte de fées du roi était en place depuis belle lurette avec une étudiante de l’université royal, de surcroît, au nez et à la barbe de la reine qui y travaillait tous les jours. Cette étudiante de l’université royale était tombée sous le charme du roi, car le roi savait y faire (il faut apprendre des techniques de séduction rapidement si on veut devenir roi de quelque chose)

Quand la reine voulu parler de ses années de mensonges et dissimulation avec le roi, elle se rendit compte que celui-ci, en fait, ne « voyait » même pas le problème. Il était LE ROI et avait le droit de commencer des contes de fées avec qui il voulait. Dans sa logique, le roi choisissait ce qu’il voulait vivre et avec qui, et la reine n’avait rien à y redire. Il continuerait donc son conte de fées et ne bougerait pas du château.

Alors, la reine se dit qu’elle vivait quand même au 21ème siècle. Elle prit les 2 héritiers du trône sous son bras et appliqua l’adage bien connu des reines mal traitées : « courage, fuyons ».

Dans un village non loin du château, elle trouva une petite masure, mit les 2 héritiers dans la même chambre et re-commença à vivre, triste et déprimée, mais libérée et délivrée.  

Cette fuite de la reine mit le roi était dans une colère noire. La reine avait commis un crime de lèse-majesté et il ne le supportait pas. La colère du roi était d’autant plus grande et dévorante qu’il ne voulait pas (se) l’avouer, puisqu’il était le roi et qu’il était très important pour lui de faire bonne impression aux gens du royaume. Il ne disait donc rien à personne sur ce sujet fin de garder la tête haute … mais cela lui maintenait aussi le cœur en rage.

Tome 3 : « vous noterez qu’on s’éloigne de plus en plus des fleurs et oiseaux voletant avec petits rubans du conte de fées tradi ».   

Dans sa colère donc,  le roi commença à vouloir rendre la vie de la reine[1] difficile sur tous les plans et il se transforma en Roi du Non. Mais attention, pas le non explicite, clair et précis, pas le non qui permet d’avancer un peu… plutôt le « non qui n’en est pas un »… Le roi devint encore davantage le roi de la non-réponse, de la non-clarté, de la non-vérité etc… (ce qu’en fait il était déjà, c'est juste que la reine avait un peu de la merde dans ses yeux amoureux)

La reine avait « laissé » leur château commun au roi. Celui ci n’avait donc pas déménagé et y vivait son nouveau conte de fées. Elle voulut faire changer d’école les héritiers, afin qu’ils soient près de sa petite masure. Elle estimait que c’était une forme de justice. Le roi ne voulut pas en entendre parler. Il exigea, en échange, que la reine lui vendit sa part de château devant notaire royal. Alors seulement il accepterait que les enfants changent d’école. La reine accepta ce « marché » et vendit sa part de château. Les enfants étaient dans une école proche de chez elle et ils y allaient tous les matins en poneys, ce qui est toujours tellement sympa !

Puis la reine voulut que le roi contribue à l’éducation des enfants, car le roi avait un travail mieux rémunéré que la reine (oui, c’est un conte du 21ème siècle, c’était comme ça au 21ème siècle). Le roi refusa et la reine fit des démarches auprès du tribunal du royaume… afin d’obtenir un peu d’équité financière. Cela dura des mois car les tribunaux sont débordés par les contes de fées qui tournent au vinaigre. Le tribunal finit par statuer qu'effectivement, le roi devait contribuer financièrement.

Cela accentua encore la colère du roi. Pendant des mois, il ne versa qu'une partie de l'argent à la reine. Et chaque fois que la reine « voulait quelque chose » pour le prince et la princesse (les emmener chez l’osthéopathe du royaume, les inscrire à une activité), le roi faisait en sorte que les tractations durent un temps infini… que tout soit sujet de négociations, ou alors il refusait de participer financièrement. L’affront était trop grand pour lui et il estimait encore que ses besoins de roi étaient plus importants que ceux de la reine ou de leurs héritiers.

La reine était épuisée, elle n’en pouvait plus de tractationner (nouveau mot, on n'arrête pas le 21ème siècle) en permanence avec le roi du "nonpasclair".

Au bout de 4 ans à vivre dans sa masure, la reine racheta SON château personnel. Elle était tellement heureuse et fière de vivre dans son propre château. Le château était tout proche d’une (autre) école du village et elle demanda au roi de faire changer les enfants d’école, afin qu’ils puissent y aller tous les 3 à dos de poney le matin !

Elle se dit que pour le roi, le changement était « minime ». Il ferait 1 minute de charrette de plus pour s’y rendre mais il aurait à cœur que les enfants puissent y aller en poney quand ils étaient avec la reine. Mais … c’était le roi du Non, donc il dit … Non. Il n’y gagnait rien en échange donc il ne voyait vraiment pas l’intérêt manifestement.

Alors la reine retourna devant les tribunaux du royaume et exposa la situation. C’était compliqué pour elle car le tribunal ignorait ce qu’avait fait le prince, et une partie d’elle mourrait d’envie de le dire à la juge. Le roi laissa entendre devant le tribunal qu'elle aurait pu rester dans le château commun et qu’elle était partie un peu « juste » pour se faire plaisir, que lui pauvre roi avait été abandonné par la reine et qu'il ne pensait qu'au bien des héritiers. La reine n’eut ni la force ni le courage de DIRE, de RA CONTER ce qui s’était passé, et à quel point le roi faisait des mensonges et était le roi du non. De nouveau elle se tut.

C’est pour cela que la reine m’a ra-conté son histoire, autour d’un apéro et barbecue d’été… afin que je "dise" et je raconte. Mieux vaut que ce soit écrit sur un blog, tout personnel soit-il, que pas exprimé du tout. Au moins, là, même si le tribunal n’entend plus, quelque chose sera gravé dans le marbre du 21ème siècle (internet).

Depuis la reine attend la décision du tribunal royal (Ce sera le tome 4, immanquablement). Elle attend pour savoir si elle pourra aller en poney à l’école avec ses enfants. Elle aimerait beaucoup pouvoir y aller en poney, mais si vraiment le tribunal estime qu’elle doit prendre une charrette, elle se dit déjà qu’elle y trouvera des avantages, qu’elle saura transformer cette situation a priori défavorable.

La reine est devenue plus qu’une reine aujourd’hui, avec toutes ces épreuves traversées. Car face au non, elle est devenue la reine du oui. Oui à la vie !

 

[1] Son ex-reine pour lui, mais pour moi c’est toujours une reine, même si elle ne vit plus avec le roi donc je vais continuer à l’appeler ainsi.

 

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