L’art du temps

Le temps qui passe est-il une perte ? Est-il perdu ? Modeste essai sur l’art du temps.

Dans un article du Monde publié en 2017, Alice Zeniter est interviewée sur son roman « l’Art de perdre ».

Les journalistes l’interrogent sur ce qui poussent de jeunes auteurs (notamment des femmes) à, aujourd’hui, rédiger des ouvrages qui s’emparent de l’histoire de l’Algérie et si, selon elle, quelque chose de générationnel est en train de se produire ?

Alice Zeniter répond : « Le temps fait son œuvre. Il diminue la peur que l’on peut ressentir, si l’on aborde un pareil sujet, d’être réduit à celui-ci. Cette peur qui fait que, quand on est très près de la déflagration, on préfère se taire. »
Ce phénomène on le retrouve chez toutes les personnes qui vivent un évènement « déflagrant », traumatique etc… D’abord la peur, le silence, puis, parfois, la fin de la peur et du silence, remplacé par l’avènement de la parole. Dire, enfin, alors même que quelque chose a été tu si longtemps.

Alice Zeniter poursuit : « Au stade où j’en étais, […], j’ai pensé que je pouvais parler de cette histoire, dire qu’elle était celle de ma famille, et ne plus avoir cette peur d’être définie par les actes de mon grand-père. ».
Là encore, on retrouve ce mécanisme chez les personnes traumatisées, par un acte qui implique un autre, notamment dans les cas de mal traitance, d'agression. Ne plus avoir peur d’être associé aux actes de l’autre, éventuellement d’un bourreau. Ne plus se sentir responsable des actes de l’autre. Mais le temps est long avant d’en arriver là, ici 2 générations.

L’art de perdre serait aussi l’art du temps ?

C’est :
1. voir l’espace-temps où l’on « avait »,
2. faire le deuil de cet espace-temps où l’on « a eu »…
3. …pour passer dans un espace-temps où l’on « a plus ».
4. et finalement voir que dans cet espace-temps, on « a autre chose ».

On ne perd jamais alors ?

Tout un roman.

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