Mangas, tsunami, Rousseau et nos fils.

Asa - Why Can't We (session RendezVousCreation n° 26) © Nicolas Esposito
Asa - Why Can't We (session RendezVousCreation n° 26) © Nicolas Esposito

Chercher encore des mots

qui disent quelque chose

Là où l'on cherche les gens

Qui ne disent plus rien

 

Trouver encore des mots

qui savent dire quelque chose

Là où l'on trouve des gens

qui ne peuvent plus rien.

 

Erich Fried

Michel Rostain, Le fils, Oh éditions, janvier 2011.

 

Pur hasard ou intuition, dans la rubrique « Une semaine, une image » de Télérama de la semaine passée, Stéphane Jarno nous présentait une série de mangas de Hikaru Nakamura qui a remporté plusieurs prix au Japon et se classe parmi les premières ventes, « Les vacances de Jésus et Bouddha »colocs dans Tokyo qu'ils ne reconnaissent plus tant la ville a changé... Quel regard l''auteur quelque peu iconoclaste portera-t-il dans « l'éternité » qui sépare désormais le Japon d'hier et d'aujourd'hui, simple irrévérence, colère ou prostration?

Comme l'évoquait ce matin , Julie Clarini dans sa chronique « Les idées claires » largement inspirée du penseur des catastrophes J.P.Dupuy, nous assistons à une « rousseauisation » de la pensée : c'est simple : le mal se voit réduit au statut de problème, de problème à régler. « Il sera difficile de dire que c'est la faute des hommes. Quel pays était mieux préparé que le Japon à un tremblement de terre ? » D'ailleurs, hasard des lectures, je vous livre ici cet extrait de Entre terre et ciel roman de Jon Kalman Stefansson, poète islandais, qui validerait plutôt la théorie de Voltaire: «D'un côté , la mer, de l'autre, des montagnes vertigineuses comme le ciel: voilà toute notre histoire.Les autorités et les marchands règlent peut-être nos misérables jours, mais ce sont les montagnes et la mer qui règnent sur nos vies [....] Pourtant, la mer n'a nulle beauté et nous la haïssons plus que tout quand elle élève ses vagues à des dizaines de mètres au-dessus de la barque, au moment, où la déferlante la submerge et nous noie comme de misérables chiots[...].Et là tous sont égaux. ».

Mais tout de même,les temps ont changé depuis Voltaire,aux risques naturels face auxquels l'homme doit rester humble sans chercher de boucs émissaires, même s'il tente d'apprivoiser la nature en fréquentant le danger au plus près, toujours et encore comme ses ancêtres l'avaient fait, « les marchands » ont ajouté des risques nouveaux, les risques technologiques, en dépit des protestations nombreuses des populations, y compris au Japon. Notre façon de penser les catatrophes est certainement à rechercher entre Voltaire et Rousseau dans une époque où une vie ne vaut pas plus qu'un Kilowatt/heure.

Alors bien sûr, « on peut vivre avec ça » avec le deuil du fils comme le dit de façon si belle et boulversante Michel Rostain, qui n'a pas eu « le choix » puisque la maladie a emporté son « Lion », mais avons-nous le droit d'exposer nos « fils » pour des siècles et des siècles au risque nucléaire?

Comme une envie de revenir au "Connais-toi toi même" à prendre non pas au sens introspectif, mais plutôt dans la version selon laquelle l'homme doit apprendre à connaître ses limites .

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