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Le Club de Mediapart dim. 25 sept. 2016 25/9/2016 Dernière édition

Pierre de patience

© Mavros Gatos
© Mavros Gatos

Syngué sabour, pierre de patience, un roman terrible sur les hommes et les femmes dans la guerre quelque part en Afghanistan ou ailleurs.Tout se passe à huis clos, un peu comme dans un théâtre, dans une pièce couleur cyan celle qui peut absorber le rouge sang qui va se déverser. Un rideau vert est jeté entre le bleu azurite des murs et le jaune auquel s'agrippent des oiseaux migrateurs qui finiront bien par s'envoler .Une tenture verte symbolique,comme un portique, une porte basse qui ouvrirait vers la mort et ses secrets, comme un paravent à la brutalité.Une femme,surtout, enfermée entre un couloir et le monde animé par des brutes imbéciles, lâches et fanatiques.Un corps qui souffre, celui d'une femme, celui d'une mère.Comme chez Yasmina Khadra dans Ce que le jour doit à la nuit, les femmes plus encore que les enfants et les vieillards semblent les derniers vigiles d'une humanité à l'agonie, Et comme pour fronder les hommes, les ramener à la raison et ne plus taire leurs corps , elles choisissent parfois la prostitution . Les hommes, eux, sont effrayants, des coeurs de pierre. Est-ce la guerre qui les rend si sauvages ou choisissent-ils la guerre à force d'avoir détourné leur regard des femmes dernier rempart à la barbarie.Une société qui devient misogyne devient-elle nécessairement violente? La femme,elle, choisit de regarder le rideau couleur d'émeraude comme pour atteindre “l'Eden où coulent les ruisseaux, où elle sera parée de bracelets d'or, vêtue d'habits verts, de soie et de brocarts” ( Coran, sourate XVIII) et dans un ultime sursaut sacrificiel , accède au mystère de ce conte que lui racontait sa vieille tante.

Je n'ai pu m'empêcher de penser à cet extrait d'Alice Ferney, Dans la guerre: « Jules se sentait abasourdi dans l'espace clos de lui-même.Que pouvait-il lui arriver d'autre que sa propre mort? Il n'y avait devant lui que ce destin.Il était prêt.[...]Ma mère, comme il est difficile d'être loin de vous.Il pouvait savoir à cet instant comme il l'avait aimée.[...]S'il n'appelait pas Julia, il penserait à elle à la dernière heure. Puisqu'il avait vécu la première avec elle. Puisqu'il faudrait refermer la boucle qu'elle avait dessinée. » Un hommage magnifique à toutes les mères comme une gifle à l'absurdité de la guerre. Demême, ce roman d'Atiq Rahimi répare l'offense faite un peu partout aux femmes et aux petits d'hommes. Et que ce soit un homme qui sache à ce point dire les femmes, c'est en soi une raison d'espérer. Peut-être n'y a-t-il plus que les écrivains pour honnir l'inhumanité? Et nous qui les lisons, que ferons-nous de ces mots à la beauté si cinglante?Soupirs...

Angélique Ionatos, elle se tournait vers la mer pour espérer.Mia Thalassa, poèmes de Dimitra Manda , musiques de Mikis Théodorakis.

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Tous les commentaires
Je viens de lire votre billet et me permets de réagir. J'avais beaucoup aimé Terre et cendres, c'est ainsi que j'y suis allée en confiance. Ce livre a réveillé en moi deux réactions successives : * d'abord pendant la 1ère moitié, une forme d'agacement, le sentiment de voir un peu trop les ficelles de l'écriture (style influencé par Duras que Rahimi adore), impression d'un style "fabriqué", comme ce principe de répétition qui ne tenait pas pour moi (comme si en s'exprimant en français directement - ce qui n'était pas le cas je crois pour Terre ...- il cédait à une forme de facilité )...Bref, de l'ennui. * Puis à partir du moment où la femme écoute son beau père lui raconter la légende et lors de l'arrivée du jeune bègue, mon intérêt s'est réveillé, j'y ai trouvé un charme, une ouverture à l'imaginaire, une certaine force, et les effets de l'écriture ont cédé la place au mystère de cette féminité au "travail". La fin m'a laissée un peu sceptique ...à nouveau une impression de fabrication, comme s'il fallait bien trouver une fin. Donc une impression mêlée. Merci de votre papier, j'aime croiser les lectures avec d'autres. Bien cordialement