De la Macédoine à la Serbie

            Parti de Thessalonique, le bus nous a laissé près des rails de chemin de fer à la frontière entre la Grèce et la Macédoine, loin des points de passages légaux. La frontière est ouverte depuis quelques mois. Entre 1000 et 2000 personnes la traversent chaque jour. Plutôt que d'essayer d'arrêter les migrants, l'idée est de les laisser passer et traverser le pays le plus vite possible jusqu'à la prochaine étape : la Serbie. Afin de gérer l'arrivée des migrants à la prochaine gare, il nous faut encore attendre des heures, parfois des jours que l'armée macédonienne nous laisse passer par petits groupes de 30 personnes toutes les demies heures.

            Les températures atteignant les 40 degrés, nous sommes des centaines à chercher un coin d'ombre dans cette fournaise et à nous asperger d'eau pour tenir le coup. Certains tentent de contourner le point de contrôle et d’éviter ainsi une attente inutile. Quand ils se font prendre ils doivent, en guise de punition, attendre la fin de la journée pour passer. Dans certains cas ils sont également molestés, juste comme ça en passant.

            Une équipe de Médecins Sans Frontière est présente pendant quelques heures par jour et distribue des petits sacs avec serviettes, lampes, biscuits et autres accessoires utiles pour le reste du voyage.

            Quand notre tour fut finalement arrivé, nous avons dû nous séparer. La française du groupe devait passer la frontière légalement en prenant le train. Voyant qu'elle filmait la séparation, des policiers ont commencé à s'inquiéter. Ils ont essayé de l'intimider, puis ont vérifié son passeport. Les policiers qui avaient vu l'un d'entre nous saluer notre amie au moment du passage ont essayé de l'humilier. Ils ont fouillé avec minutie son sac et l'ont accusé, avec virulence, de passer les frontières illégalement. Celui-ci a répliqué qu'il n'était pas un criminel, mais un réfugié. Il a fini par être relâché et le groupe a rejoint à pied Gevgelia, la première gare macédonienne. 

            La gare de Gevgelia est devenue célèbre pour son flux de migrants qui chaque jour essaient tant bien que mal d'entrer dans les trains en direction de la Serbie. Nous y avons attendu l'arrivée du train qui allait passer la frontière. La personne du groupe en possession d'un passeport européen est la seule à avoir pu y monter. Quand celui-ci est arrivé, nous avons appris que seul un wagon allait être ouvert aux migrants alors même que nous étions des centaines sur le quai et que le train était pratiquement vide. Une fois son passeport contrôlé, notre amie est descendue du train, refusant de faire partie de cet apartheid et préférant attendre avec nous le prochain. 

            Quand les policiers ont finalement ouvert le seul wagon destiné aux migrants, le chaos fut total. Tous-tes cherchaient à entrer dans le train d'une façon ou d'une autre, certain-e-s par les fenêtres, d'autres en poussant la foule vers l'intérieur. Un jeune refugié, plein de naïveté, a interpellé les policiers qui regardaient le spectacle avec un plaisir évident en leur demandant de faire quelque chose, ce à quoi ils ont répondu : "3 minutes de plus, et nous intervenons". Ils ont continué à regarder le spectacle pendant ces 3 minutes et ont finalement commencé leur intervention : à coup de matraque, ils sont entrés dans le tas et se sont mis à frapper à tout va jusqu'à la fermeture des portes. Jamais nous n'oublierons le sourire de pure satisfaction qu'ils affichaient une fois leur grande mission terminée. Infect.

            Finalement, à 1h du matin, un train "spécial migrants" est arrivé. Un train de nuit où se sont entassés les centaines de rêveurs-ses. Les portes des compartiments étaient fermées, nous étions supposé-e-s nous entasser dans les couloirs. Mais, en passant par les fenêtres ou en bidouillant les serrures, toutes les portes furent bientôt ouvertes. Les familles furent d'abord installées en priorité dans les compartiments, et chacun-e finit par s'assoupir sur l’épaule de son/sa voisin-e. Le train était plein à craquer, les toilettes dès le départ dans un état pitoyable, et nous voilà parti-e-s, parqué-e-s comme du bétail, vers notre prochaine destination. Mais au moins il n'y avait plus de policier et nous avons pu nous reposer un peu.

            Avant le départ, nous avions demandé le prix du billet à la gare et savions qu'il était de 6 euros. Mais impossible d'acheter un ticket au guichet. Dans le train donc, le contrôleur qui se faufilait tant bien que mal parmi les voyageurs endormis, faisait payer à chaque personne 10 euros, prétextant que c'était le prix de l'achat dans le train. Encore une bonne arnaque sur le dos des migrant-e-s.

            Pour se venger, certain-e-s ami-e-s se ont écrit sur les murs du train : "No borders, No tickets" en anglais et en arabe. On se défoule comme on peut...

            Finalement le train était supposé nous déposer à Tabanovtse, la dernière gare avant la frontière, mais encore une fois, il nous a déposé directement à 5 minutes à pied de la frontière serbe. A la sortie du train, le froid nous a saisi. Un policier macédonien était là et donnait les instructions aux passagers de ce train fantôme : "continuez tout droit, à 10 minutes c'est la Serbie, pas de problème, pas de problème", chacun essayant comme il pouvait de se débarrasser de nous.

Des centaines de personnes s'amassent à la frontière gréco-macédonienne et l'attente interminable commence Des centaines de personnes s'amassent à la frontière gréco-macédonienne et l'attente interminable commence

L'attente se prolonge L'attente se prolonge

Les enfants sont traités de la même manière que n'importe qui d'autre Les enfants sont traités de la même manière que n'importe qui d'autre

Chacun-e essaie de patienter sous un coin d'ombre Chacun-e essaie de patienter sous un coin d'ombre

Pour supporter les 40 degrés à l'ombre Pour supporter les 40 degrés à l'ombre

MSF est présent sur les lieux pour distribuer des accessoires divers utiles à la poursuite du voyage MSF est présent sur les lieux pour distribuer des accessoires divers utiles à la poursuite du voyage

Après le passage de la frontière gréco-macédonienne, la marche vers la gare des trains la plus proche Après le passage de la frontière gréco-macédonienne, la marche vers la gare des trains la plus proche

La marche vers la première gare Macédonienne La marche vers la première gare Macédonienne

 

Le train qui traverse la Macédoine bondé de monde Le train qui traverse la Macédoine bondé de monde

Enfin un peu de repos à bord du train Enfin un peu de repos à bord du train

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