La Hongrie et l'arrivée

Pendant que nous nous préparons à Belgrade pour le passage de la frontière hongroise, notre amie française prend un avion pour Vienne d'où elle louera un camping car. Pour nous et la plupart des migrants, le passage en Hongrie est particulièrement redouté. Se faire attraper par la police en Hongrie signifie être forcé d'y donner ses empreintes digitales. 

Pendant que nous nous préparons à Belgrade pour le passage de la frontière hongroise, notre amie française prend un avion pour Vienne d'où elle louera un camping car. Pour nous et la plupart des migrants, le passage en Hongrie est particulièrement redouté. Se faire attraper par la police en Hongrie signifie être forcé d'y donner ses empreintes digitales. 

           Par la suite, il ne sera donc plus possible de faire une demande d'asile dans un autre paysPourtant il est évident que les conditions d'asile en Hongrie et les opportunités d'intégration par la suite sont des plus mauvaises. Face à l'afflux journalier de milliers de personnes, le gouvernement hongrois vote de plus en plus de lois fascistes, a fait dresser une cloison le long de sa frontière avec la Serbie et les réfugies y sont souvent maltraite. Néanmoins, depuis quelques semaines, l'Allemagne et d'autres pays européens auraient stoppé les déportations et accepteraient des demandes d'asile malgré l'enregistrement des empreintes en Hongrie (et donc malgré le règlement de Dublin II).

            Pour éviter le risque de se faire déporter en Hongrie, nous avions planifié le passage jusqu'en Autriche en camping-car. Nous avions cherché ensemble le meilleur endroit pour traverser la frontière sur Google Earth, c'est-à-dire là où les bois étaient assez denses pour se cacher et assez loin de la ligne de train qui relie Belgrade à Szeged car c'est le passage le plus emprunté par les migrants et donc le plus surveillé. Nous avions opté pour une route à l'ouest de Subotica.

            Pour passer la frontière, nous sommes partis en train jusqu'à Subotica, et nous y avons rencontré 8 autres syriens avec qui nous avons décidé de marcher.  Il est en effet fortement recommandé d'être nombreux pour passer cette frontière car plusieurs gangs sévissent dans la région pour dépouiller violemment les migrants en chemin. Nous nous sommes mis en marche et au bout d'une heure des policiers serbes se sont arrêtés et nous ont embarqués. Derrière nous, ils ont violenté 3 Afghans avant de les amener au poste de police. Ils nous ont déposés dans les bois et nous ont "proposé", pour la modique somme de 50 euros par personne de nous amener à la frontière hongroise. N'ayant pas vraiment le choix nous avons accepté et ils nous ont laissés dans les bois en nous disant de continuer tout droit. Une fois seuls, nous avons vérifié sur le GPS et nous nous sommes rendu compte que nous étions tout près de la ligne de train, justement là ou nous ne voulions pas aller. Encore tout un business, et d'une pierre deux coups, les policiers rackettent les groupes de migrants et les amènent sur le chemin où les policiers hongrois les attendent à coup sûr. Nous nous sommes remis en marche pour revenir sur nos pas.

            Nous avons marché dans les bois et dans l'eau pendant plus de 11 pénibles heures sans plus d'eau à boire et sommes finalement arrivés près du point de rendez-vous avec notre amie française au petit matin. Nous lui avons envoyé notre localisation sur son smart phone et avons attendu. La carte SIM qu'elle venait d'acheter en Autriche ne fonctionnait plus, elle n'a donc jamais pu recevoir nos coordonnées de géolocalisation. Après une heure d'attente cachés dans les bois, deux d'entre nous on décidé d'aller la retrouver à l'endroit prévu initialement. Ils s'étaient changé et avaient laissé leurs sacs avec les autres pour être plus discrets mais ils ont quand même été repérés par la police et emmenés au commissariat de Kelebia.

            Pendant ce temps, grâce à une connexion Wifi, l'amie en question avait enfin pu obtenir la localisation du reste du groupe et est partie à leur recherche dans les bois. En tongues, épuisée par les nuits blanches et sans aucun moyen de les joindre, elle s'est mise à chanter des airs reconnaissables pour la bande d'amis dans l'espoir d'être entendue. Après plus de 45 minutes de recherche, ses chants ont finalement été entendus et nous nous sommes retrouvés. Nous étions alors temporairement obligés de laisser nos deux amis embarqués par la police derrière nous. Nous sommes monté à bord du camping car pour rejoindre l'Autriche.

            Le voyage se déroula sans embuche. A Vienne, l'équipe monta dans un train bondé venant de Budapest pour aller à Munich. Ce fut un grand soulagement, la plus grande partie du groupe était enfin arrivée à destination.

            Pendant ce temps là, les deux retardataires furent séparés et n'eurent plus de nouvelles l'un de l'autre. L'un s'était blessé l'oeil pendant le trajet dans les bois et fut donc conduit à l'hôpital.

            Avant d'être séparés, les deux amis avaient décidé de donner leurs empreintes digitales. En cas de refus ils savaient qu'ils risquaient de rester plusieurs semaines en prison avant de pouvoir être renvoyés en Serbie et de retenter leur chance. L'énergie n'y était plus, l'envie d'en finir au plus vite et les mauvaises conditions de détention dans les camps eurent tôt fait de les convaincre. 

            Ils ont tout de même dû passer deux jours dans des camps fermés, avec pour l'un d'eux un passage en prison. Assez de temps pour voir à quel point les droits des refugiés y sont bafoués. 

            En prison, ils étaient 80 dans une petite salle, sans pouvoir sortir, sans nourriture ni eau. Une fois seulement, ils ont chacun reçu un sandwich qui a eu pour effet immédiat de les plonger dans un profond sommeil... Pour passer la nuit et malgré le froid on leur a distribué des couvertures mouillées. Pour récupérer leur portable, il fallait payer un policier 10 euros.

            Dans ces camps, les conditions de détention sont terribles et le racisme est à l'honneur. Les policiers aiment particulièrement s'acharner sur les africains, les afghans, les irakiens ou les pakistanais. Là, les syriens sont mieux traités que les autres. Le premier jour, un homme irakien qui avait refusé de donner ses empreintes s'est fait frapper. Il s'est mis à pleurer et les policiers l'ont pris en photo avant de l'afficher dans le bureau. Chacun son sens de l'humour.

            C'est sous le choc et hantés par ces horribles images que les deux amis ont finalement retrouvé leur amie française à la gare de Budapest et qu'ils ont traversé la frontière autrichienne en voiture avant de rejoindre Berlin et le reste de la troupe. 

            Le voyage est fini, nous avons atteint notre but mais nous ne pouvons pas dire que nous en sommes sortis indemnes. Il nous faudra du temps pour nous en remettre et pour pouvoir commencer à nous reconstruire ici, sur cette terre étrangère.

            Et maintenant, quelle sera la suite?

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