Mytilène, Île de Lesbos : bienvenue en Europe

Nous sommes arrivés sur l'île de Lesbos au milieu de la nuit et avons rejoint à pied la ville de Mytilène le lendemain matin. Nous avons vu un pêcheur prendre le bateau sur lequel nous avions traversé. C'est un autre exemple de l'économie parallèle construite sur le dos des migrants.

Voici comment les choses se déroulent sur les îles grecques : une fois arrivé, vous pouvez aller vous faire enregistrer auprès des autorités locales. Vous êtes amenés dans un camp (s'il y en a un) et vous attendez quelques jours qu'on vous donne un papier qui régularise votre situation. Avec ce document, vous pouvez rester en Grèce un certain temps pendant que le traitement de votre demande d'asile est en cours. Dans la pratique, la plupart des migrants utilisent ce papier pour se déplacer dans le pays et continuer leur voyage. Très peu décident de rester en Grèce où les conditions d'asile et les opportunités de travail sont très pauvres. Le Grèce fait officiellement partie de la loi Dublin II (loi européenne spécifiant que les demandeurs d'asile doivent déposer leur demande dans le premier pays où ils arrivent) mais en 2011 la cours internationale des droits de l'homme a statué que la Grèce violait les droits humains fondamentaux des réfugiés. Depuis, les renvois en Grèce ont stoppé dans la plupart des pays européens. Tous les pays européens ont ratifié la Convention sur les réfugiés de 1951 et ont donc le devoir de les accueillir. Mais, pour déposer une demande d'asile, il faut d'abord atteindre le pays en question. Vous êtes donc forcés de traverser illégalement les frontières et de risquer votre vie pour pouvoir faire valoir vos droits. 

Pendant que nous nous faisions enregistrer par la police, notre amie française a pris un ferry pour une traversée d'1h40 (la notre avait duré 4h), elle a payé 25 euros au lieu de 1250 dollars et a simplement eu à montrer son passeport pour entrer en Grèce. Nous ne sommes pas tous égaux devant les frontières et la liberté n'est pas donnée à tous. 

Le lendemain, 5 d'entre nous se sont rendus au camp pour attendre la distribution des documents pendant que les autres sont restés sur la plage. Chaque jour, c'est un millier de migrants qui arrive sur l'île de Lesbos. Il y a deux camps distincts : un pour les syriens et un autre pour les autres nationalités. La procédure pour les syriens est non seulement plus facile mais aussi plus rapide. Vous pouvez recevoir vos papiers en deux jours alors que les autres peuvent parfois attendre plusieurs semaines. Le camp pour les syriens à Lesbos est un camp ouvert. Les infrastructures étant très rudimentaires avec seulement quelques tentes et des toilettes dans un état lamentable, finalement la plupart des migrants préfèrent dormir dehors. Un groupe de volontaires et de migrants essaient quand même de garder l'endroit propre et viable. On y entend toutes les différentes histoires de traversée entre la Turquie et Lesbos. Certaines personnes sont restées 12h en mer, d'autres ont été attaquées et ont tout perdu y compris leurs papiers et leur argent. Les migrants sont souvent de jeunes hommes mais vous pouvez aussi rencontrer beaucoup de familles, quelques femmes enceintes et des personnes âgées. On nous a dit que le jour de notre arrivée un homme âgé était mort dans le camp. Deux membres de sa famille étaient là et nous ne pouvons imaginer leur peine à être si loin de leur terre et de leur famille. 

Malgré ces conditions de vie désastreuses, l'ambiance est bien plus gaie que ce que nous avons connu à Izmir. Finalement, toutes ces personnes ont réussi, ils sont tous arrivés en Europe. La traversée en mer c'est du passé. 

Vers 18h, le police est arrivée dans le camp. Les agents portaient des masques de protection (très accueillant) et ont commencé à appeler un par un les 400 migrants qui étaient arrivés le même jour que nous pour leur donner leur documents. Nous étions surexcités quand notre tour est venu et nous avons décidé de fêter ça avec des gens très sympa rencontrés dans le camp. Il ne fait aucun doute que nous nous rappellerons de cette fête toute notre vie. Ce jour là, nous avons senti que nos vies ont changé. Nous n'avons aucune idée de ce qu'il adviendra ensuite mais ça ne pourra plus jamais être la même chose qu'hier. Nous sommes restés un jour de plus à Mytilène parce que nous avons adoré cet endroit où nous pouvions profiter de la nourriture grecque, de la plage et de la mer. Nous pouvions presque nous convaincre que nous étions simplement en vacances. Nous avons tous décidé qu'une fois que nous aurons obtenu le statut de réfugié et que nous serons plus libres de nos mouvements, nous reviendrons ici. C'est un endroit magnifique. Nous avons encore dû faire face au racisme quand un employé a voulu nous dégager d'une plage publique gratuite mais nous nous sentions puissants avec nos papiers en main, suffisamment puissants pour répondre et gagner. Finalement, nous avons pris un ferry pour Athènes. Le bateau était surchargé de centaines de gens espérant un avenir meilleur.

Pas de frontière, pas de nation. Pas de frontière, pas de nation.

Dans le ferry pour Athènes Dans le ferry pour Athènes

Le ferry Le ferry

Ceux qui restent Ceux qui restent

Selfie en face du bateau pour Athènes Selfie en face du bateau pour Athènes

La nuit les réfugiés dorment près du port La nuit les réfugiés dorment près du port

Le document Le document

La file d'attente quand on les appelle pour recevoir leur document La file d'attente quand on les appelle pour recevoir leur document

Le Coran et un livre pour apprendre l'allemand Le Coran et un livre pour apprendre l'allemand

Les réfugiés rechargent leurs téléphones sous la tente Les réfugiés rechargent leurs téléphones sous la tente

Une petite fille joue dans la camp vêtue de son gilet de sauvetage Une petite fille joue dans la camp vêtue de son gilet de sauvetage
Etendoir à linge Etendoir à linge
Etendoir à linge Etendoir à linge
Etendoir à linge Etendoir à linge
La douche dans le camp La douche dans le camp
 
Sur la route vers le camp à Lesbos Sur la route vers le camp à Lesbos

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