Le Christ selon l'Afrique !

Calixte Beyala est une de mes romancières africaines préférées. Ses livres ne sont pas toujours parfaits, souvent caricaturaux, mais j'adore son style drôle, enlevé. Dans le Christ selon l'Afrique, elle nous raconte une tranche de vie de Boréale, jeune camerounaise vivant à Douala, qui est femme de ménage pour une blanche. Trompée par l'homme qu'elle aime, un anti-évangéliste du nom d'Homotype, elle accepte, sa tante étant stérile, de faire un enfant à son oncle contre de l'argent.

L'histoire est étrangement montée parce qu'elle passe l'intrigue au second plan derrière un contexte d'une richesse infinie qu'il serai possible d'aborder de multiples façons même si dans ce billet je ne retiens que celui de l'Afrique post coloniale en recherche de valeurs, avec ses prophètes, ses peurs, prend toute la place dans ce roman.

Calixte nous parle de la corruption, y compris des âmes, que l'on retrouve à tous les niveaux de la société et d'une multitude de manières y compris aux plus petits et dont Boréale doit s'affranchir pour devenir libre. Elle montre à quel point l'humain est pareil qu'il soit noir ou blanc. Pour les vieux, les jeunes sont de la marchandise et l'argent le moyen de la consommer. Ainsi Sylvie la blanche, misérable, qui est allée au Cameroun finir ses jours avec une maigre pension qui lui donne un train de vie de ministre là-bas et lui permet de consommer de l'homme jeune. Il y aussi cette tante qui, la cinquantaine passée, épouse un riche et décide d'avoir un enfant en louant le ventre de sa nièce. Enfin, la mère est présente, elle qui veut vendre à tout prix le ventre de sa fille pour améliorer son quotidien et son prestige personnel. Tous essaient de se servir des plus jeunes, vulnérables, pour leur profit propre. Ils essaient sans y parvenir puisque même si les jeunes semblent plier, ils ne cassent pas et finissent par retourner la situation à leur avantage. Ils sont vecteurs du changement des mentalités, de la société.

La voix en arrière plan d'Homotype que personne n'entend hormis Boréale qui l'aime passionnément, ne cesse de rappeler à l'Afrique qu'elle est fière et libre, qu'elle a une origine glorieuse. Cette voix installe un parallèle intéressant entre le chemin de Boréale pour se libérer et celui de l'Afrique pour s'affranchir de son passé colonial. Au début du roman, Boréale est une enfant dépendante des siens. Elle finit mère forte et femme libre.

Ce roman est d'une grande modernité par tous les autres thèmes qui y sont abordés. La fin est très belle, porteuse de beaucoup d'espoirs pour ce continent magnifique.

A lire et relire !

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