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Billet de blog 16 févr. 2022

Psychotropes et politique fiction

La réalité est parfois tellement désespérante qu'il est parfois utile de rêver afin de se redonner de l'espoir, même si celui-ci ne serait que virtuel. Voici un article de politique fiction sur une union de la Gauche aux prochaines présidentielles.

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Psychotropes et politique fiction

         Et si le 10 avril prochain, la Gauche parvenait à se qualifier au premier tour et le 24, même l’emporter haut la main, au deuxième.

         Vous n’avez pas de la buée sur vos lunettes et vous lisez bien, c’est Po-ssi-ble. La recette en est simple… buvez cul sec un doigt vertical dans un verre à bière de Jack Daniel’s (ou alcool fort), puis fumez sans vous arrêter, un épais trois feuilles d’haschisch provenant du Tif marocain (le meilleur…), ensuite avalez en mâchant bien une bonne poignée de magics mushrooms, remplis comme il se doit de psilocybine et de psilocine1 et enfin mettez le tube planétaire de feu John Lenon : « Imagine », en fond sonore.

         Et voilà, ça y est, vous êtes bon pour refaire le monde. J’ai essayé, effet garanti ou remboursé...

         C’est certain, j’étais de mauvaise humeur et mal rétabli de la soirée alcoolisée de la veille. J’avais la langue et la gorge, âprement sèches, les yeux qui avaient roulés à côté de leurs orbites. Pour tout arranger j’avais passé l’après-midi à parcourir les nouvelles politiques et celles-ci n’avaient pas arrangé mon humeur. J’avais visionné notamment sur You Tube le dernier meeting du révisionniste Éric Zemmour, à Lilles. Moment traumatique où je n’avais pu m’empêcher de faire un parallèle aux meetings des ligues d'extrême droite des années 302. Sans jouer les Cassandre, je trouvais que sous cette impressionnante profusion de drapeaux tricolores, ceux animé par cet ex chroniqueur et cet ami de longue date de Vincent Bolloré, pouvait être également précurseurs d’années particulièrement sombres pour notre démocratie. En tous les cas, ils se révélaient le lieu de défoulements réactionnaires d’une rare violence verbales, et parfois mêmes physiques…, qui prouvaient s’il en était encore besoin, que l’extrême droite la plus radicale diffusait leur propagande misanthrope et xénophobe d’une manière pour le moins particulièrement décomplexée. Evidemment, conclus-je, il n’y avait pas de fumée sans feu, à force d’offrir pendant des décennies des boulevards puis des autoroutes médiatiques aux idées d’extrême droite, on avait fait sortir le diable Zemmour de sa boîte à Pandore.

         Pour rien n’arranger à mon état, j’avais ensuite consulté les derniers sondages de la Présidentielle et m’étais « amusé » à faire un simple petit calcul arithmétique qu’un môme de huit ans serait capable d’effectuer…

         Calcul que j’entrepris de faire en considérant naturellement le non encore déclaré, Emmanuel Macron comme un homme de droite, bien qu’il fut, allez comprendre pourquoi, élu mystérieusement sous une étiquette de gauche. Mais passons l’entourloupe… crayon en main, j’additionnais les 24% pour notre Jupitérien de service au 15,5 % de notre Valérie Traitresse3, aux 14,5 % de notre EZB4 national, aux 17% de MLP, la blonde représentante du parti Bleu Marine, et j’arrivais juste sous la barre du Total au score improbable de… « Oh mais, par Toutatis ! » m’écriais-je, incrédule. 71 %... Oui : 71% d’intentions de votes réunissant à la fois la droite modérée, la droite dure et l’extrême droite. Les miettes électorales se partageant à Gauche, entre autres, entre notre insoumis Jean-Luc Mélenchon, notre ex-ministre hollandaise de la Justice ; Christiane Taubira ; notre rouge communiste Fabien Roussel ; notre rose socialiste de la Capitale, Anne Hidalgo ; notre lutteuse ouvrière post Laguiller, Nathalie Artaud ; notre anticapitaliste sans langue de bois, Philippe Poutou et enfin notre vert député européen, Yannick Jadot.

         Mon maxillaire inférieur descendit d’un cran. « Oh, purée de cafards ! » m’écriais-je en faisant tomber pour le coup mon crayon, ma main droite prise soudainement de tremblements. C’est la même pogne incertaine que je passais ensuite fébrilement à mon front laqué de sueur froide. « On n’a pas le cul sorti des ronces ! » m’exclamais-je, de manière grossière… Comment diantre en était-on arrivé là ? Chu si misérablement à cette totale atomisation historique de la Gauche française ?

         Pour tenter de changer d’humeur et peut-être en mon for intérieur, dans l’intention de me rassurer, je contrôlais mon tremblement et pris ma souris pour consulter en trois clics le site officiel du Conseil Constitutionnel dédié aux parrainages. Lesquels parrainages, appris-je, se devaient d’être clos le 4 mars prochain, à 18h00 pétantes. Peut-être, il y aurait-il là quelques bonnes surprises dans cette furieuse course à l’échalote.    

         En date de la veille, du 10 février donc… parmi les 17 prétendants en lice, je m’aperçus que Valérie Pécresse gagnait haut la main la course aux parrainages validés. Un score impressionnant de 1249, soit tout de même 199 devant « le premier de cordée », qui pour le coup avait sacrément dévissé. En toute fin de troupeau des présidentiables, l’essayiste et philosophe libéral, Kaspard Koenig, avec un petit 27. On peut donc être philosophe et en même temps libéral ? Curieux, me dis-je ! Enfin, bon, là n’était pas la question et dans cette longue liste, il y avait à la fois de quoi se réjouir : Zemmour ce révisionniste, pourtant issu d'une modeste famille de français juifs d'Algérie, n’en avait que 181 sur 500 et sa rivale Le Pen, 274… Tout n’était donc pas joué d’avance, les deux croquemitaines d’extrême droite, qui entre nous, toute leur enfance avait dû sécher les cours de l’école du rire, n’étaient même pas sûr de parvenir à la ligne de départ. Je m’esclaffai, un réflexe pavlovien, mais réflexe qui par définition, disparut aussitôt… Aie, aie, aie, Mélenchon, avec ses tout de même 10% d’intentions de vote, n’en obtenait lui que 258… Se profilait donc à l’horizon, trois semaines d’insoutenable suspens. Pour tenir préventivement le choc, je me suis servi un doigt vertical de Jack Daniel’s que je me jetais cul sec derrière la cravate que je ne porte d’ailleurs jamais sinon en cas d’enterrements.

         Après cette coulée de lave pharyngée, je me sentis ragaillardi. Mais je revins cependant à mon obsession phobique du moment et ne pus m’empêcher de repenser à l’ami de Bolloré… si Marine pouvait être considéré par nous, hommes de gauche, comme une simple réactionnaire psychorigide, antisémite et xénophobe, le cas Zemmour, lui, notamment avec sa délirante théorie du « Grand Remplacement »5, boxait manifestement dans une toute autre catégorie, celle que je décidais d’appeler un CPNEI, à savoir celui des Cas Psychiatriques Non Encore Identifié. Oui, à ce point de délire paranoïaque, ne faut-il pas avaler quotidiennement une mahous dose d’antipsychotiques pour le bien de tous ? Que font donc les neuropsychiatres ? m’interrogeais-je, sentant en même temps l’effet dévastateur du bourbon sur le goudron devenu mielleux de mes autoroutes neuronales.

         Mais il n’y avait pas que les musulmans que ce monsieur mal embouché ne pouvait pas encadrer, il y avait aussi les migrants, il y avait aussi les pauvres, il y avait aussi les féministes, il y avait aussi les handicapés, il y avait aussi les drogués, il y avait aussi les dealers, il y avait aussi les gauchistes, il y avait aussi les défenseurs des Droits de l’Homme, il y avait aussi les antifas, il y avait aussi… Stop ! m’intimais-je, tout en me resservant du même coup une « petite » resucée de mon ami Jack… Comme moi, ce type avait du mal à garder au frais ses nerfs. C’est bien simple, il tapait sur tout ce qui bouge le bougre, et je mis à songer par association d’idée, au fameux jeu de la taupe, qu’on aperçoit dans certaines foires foraines. Je ne sais pas si vous connaissez, mais c’est très défoulatoire comme jeu.  Hop ! la tête d’une taupe sort subitement de son trou et on essaye daredare de lui écrabouiller sa gueule de taupe avec un gros maillet. Le but du jeu étant d’en frapper le plus possible en un temps limité. Seulement, un quinquennat, me dis-je, cela pouvait tout de même faire longuet comme jeu de massacre pour ces pauvres taupes infestant prétendument notre sol de France !

         Je me mis alors à imaginer le cas d’une femme, au RSA, migrante, handicapée, sans papier, communiste d’extrême gauche, habitant un quartier pourri de Saint-Denis et de surcroit féministe radicale. Schlac !!! en bon assainisseur politique, cet ex chroniqueur de CNews t’écrabouillerait son crâne d’insidieuse taupe, d’un seul coup de masse…

         Je me ressaisis. Le vrai hic, ce n’était évidemment pas Zemmour en soi, me raisonnais-je en me roulant en même temps un copieux trois feuilles remplies à ras bord de haschisch marocain venu direct des montagnes du Rif. Haschisch que j’avais acheté en catimini lors de mon dernier voyage « touristique ». Il me fallait bien cela pour inverser la tendance et me remonter le moral.

            Non, bien évidemment, c’était bien le dispersement coupable des candidatures de Gauche, qui était le vrai problème, car, comme vu plus haut, avec cette funeste addition des sondages, au simple niveau comptable, il ne pouvait y avoir que l’union de toute la Gauche pour tenter de contrer cette fessée publique, cette débâcle électorale annoncée.

         Anne Hidalgo, même si certainement certaines arrières pensées ne lui était peut-être pas étrangères, avait eu néanmoins l’insigne mérite de mettre les pieds dans le plat électoral. L’union ou la disparition ! La division et la mort ! Taubira, avec derrière elle ses 79% de votes positifs à la Primaire Populaire, s’y était ensuite personnellement engagé, même si, là aussi, certainement, certaines arrières pensées ne lui était peut-être pas également étrangères ! Toujours est-il que là aussi, ratage total ! Sans compter que la rencontre du dimanche 6 février, entre l’équipe de campagne de l’ex garde des Sceaux de Hollande et celle de Yannick Jadot, s’était finalement terminé en eau de boudin.

         Dans cette bataille d’égos surdimensionnés, l’union paraissait donc vouée irrémédiablement à l’échec, mais ces mêmes responsables de gauche avaient selon moi, une responsabilité historique dont ils semblaient, comme de sales gosses au bac à sable se disputant une pelle et un râteau pour bâtir un château en Espagne, tout ignorer de leur ampleur et de leur devoir devant l’Histoire. En effet, sans union de la Gauche, c’était sans doute reparti pour des décennies ou la droite et/ou l’extrême droite tiendrait les rênes de l’exécutif avec les dégâts sociétaux concomitants.

         Comment pouvait-on être aussi irresponsables en brandissant égoïstement des haches de guerre électorale et en enterrant du même coup les espoirs de millions d’hommes et de femmes de gauche. « Oh, purée de cafards ! » m’écriais-je à nouveau en tirant comme un possédé sur la dernière taffe de mon bédo.

         Je commençais à être bien « faisandé », et pourtant… sans doute pas assez. J’avalais donc en rab une pincée de magic mushrooms que j’avais acheté récemment et d’ailleurs avec une facilité déconcertante sur le Net et me mis à les mâchouiller consciencieusement. Sûr, me dis-je, la bouche pleine, que la psilocybine et la psilocine, qu’elles contiennent m’enverraient au septième ciel, voire peut-être même, avec un peu de chance, au 8ème où, je vous le conseille, la vue est nettement plus dégagée.

         Je mis non sans mal sur ma platine mon vieux vinyle des Beatles et entendit bientôt les premières notes d’« Imagine» de Jack Lenon. Je courus ensuite me vautrer tel un ectoplasme sur mon canapé. Subitement, ce fut le big black hall. Mes yeux baissèrent pavillon comme les lames aiguisées d’échafauds et c’est là que tout commença… Je me trouvais projeté dans la salle de la demeure seigneuriale, de ce je crus reconnaître comme le château fort de la Roche Goyon ou celui de Pierrefond. La grande salle était éclairée par force flambeaux. Dame Christiane de Taubirande, en armure scintillante, telle Jeanne d’Arc au siège d’Orléans, se tenait fière et droite. Son auguste séant posé sur une chaise Dagobert elle trônait en cette heure, seule, face à une imposante Table ronde. Elle avait organisé cette rencontre en prenant les précautions nécessaires afin qu’elle soit tenue secrète et qu’aucuns colporteurs ou espions n’en soient informés. Dame Christiane manda alors que l’on fasse entrer ses invités. Un page souffla dans un cor de chasse et annonça d’une voix tonitruante : « Grande Bourgmestre de Lutèce : Anne de Hidalgo ». Celle-ci entra, majestueuse dans sa belle robe de velours pourpre, puis se mit son séant sur une des six autres chaises Dagobert, lesquelles étaient espacées à distances régulières autour de l’épaisse table, en chêne massif.

         Puis, survint un nouveau rif de cor propre à vous estourbir : … « Prince consort Yannick du comté de Jadot ». Le Prince, tenant son heaume à la main, s’assit à son tour, non sans afficher à son tour fière allure. Ensuite, le page annonça, après avoir soufflé une nouvelle fois puissamment dans son cor : « Sire Jean-Luc du Royaume de Mélenchon ». Le troisième invité de marque, prit également place autour de la Table. Il affichait un air à la fois sévère et digne. « Comte Fabien de Rousselande », fut ensuite le suivant à s’attabler… suivi après un autre rif de cor, de « Philippe 1er du Royaume de Poutou. » Puis, enfin, pour clore cette procession, de « Noble Dame Nathalie du Royaume d’Arthaud. »

         Les Dames avaient revêtu leurs plus beaux atours, certains messires, eux, portaient armures et heaumes ou s’étaient munis d’épaisses cottes de maille. Toujours est-il que l’assemblée au complet, ceinturait maintenant l’imposante Table ronde.

         Dame Christiane prononça alors quelques mots de bienvenue pour entamer ce qui ne pouvait être que forcément de biens âpres négociations. Elle parlait d’une voix extrêmement basse, presque en chuchotant comme si elle avait peur d’oreilles indiscrètes de quelques malveillants, colporteurs ou espions, qui se seraient tapies dans l’ombre. Comte Fabien de Rousselande lui intima de parler plus fort, du moins si Dame Christiane souhaitait qu’on la comprenne. Elle exposa alors d’une voix, cette fois, distincte et posée, ses arguments. Elle comprenait que chacun, y compris elle-même, ne veuille se retirer de cette campagne pour le trône de France. Que chacun défendît sa propre chapelle, son pré carré et ses terres électives, mais… s’il en estoit ainsi, s’ils n’arrivaient pas ici autour de cette auguste Table à s’entendre, ils s’exposaient tous à une mort collective et ne pourrait de par leurs divisions et incessantes querelles, bouter comme ils le devaient, le scélérat et tyran Macron, de notre beau pays de France. Bouter de même la sorcière Marinette et le Malin Zemmour, pestilentiel jeteur de sorts.

         Je jugeais le développement oratoire de Dame Christiane, fort convaincant, mais mon enthousiasme s’évanouit lorsque Sire Jean-Luc de Mélenchon minimisa ses propos. « Dame Christiane, affectionne les grands mots, l’emphase, gardons notre sang froid, que diantre ! » s’exclama-t-il d’une voix qui résonna longuement sous les voûtes de pierres.

         S’en suivit alors un tournois de joutes verbales avec de méchantes saillies, tels que : « puterelle baveuse et pesteuse immonde », « coquebert et culvert6 de basse Cour », « vilaine ribaude d’étable », « Bastarde » « gargouilleux et infâme et vil malotreux. »

         « Alors, qui ? » s’écria soudainement la Grande Bourgmestre de Lutèce, qu’on sentait lasse de ces interminables querelles.  « Mais, qui, quoi ? » tonna en écho, le Prince consort Yannick, comte de Jadot, qu’on sentait, telle une volaille en rôtisserie, cuire depuis trop longtemps dans son jus. « Oui, bourgmestre Anne a raison, derrière qui se railler ? Qui sera Roy de France et de Navarre ? » ajouta Comte Fabien de Rousselande. « Ou, Reyne. N’oublions pas les Dames ! » persifla d’un ton âcre, Princesse Nathalie du Royaume d’Arthaud. Sire Jean-Luc, que ce débat semblait lasser et la mâchoire comme prête à paudiculer7, intervint : « Il serait on ne peut plus loyal que ce soit moi, Sire de Mélenchon. Estoyant le mieux placé pour... » « Que nenni, le blézimarda8 sèchement le Prince consort Yannick, car bien peu de vos pairs, ou élus de France, vous soutiennent et parrainent votre Sire. Nonobstant sachez que la première couleur à défendre en ce pays, est verte. Nonobstant encore, que nos sujets n’attendent que de se réunir sous notre oriflamme et belle verte bannière. » Philippe, les cheveux aux épis comme livrant forte bataille, prit pour la première fois la parole : « Moi, Philippe 1er, en estoyant Roy de France, garantirait à la fière populace qu’il n’y ait pas eu entre nous de vils marchandages. Séant sur le trône, j’assurerais une union qui ne soit résultat de bien viles combines. »

         Je m’étais rendu compte que curieusement, ni messires, ni Dames, dans cette salle, n’avait remarqué jusqu’alors ma présence, je glissais donc quelques mots à l’oreille de Dame Christiane. Comme ayant reçu la grâce du Saint Esprit, celle-ci s’adressa alors à l’assemblée en ces termes : « Pardieu, messires et Dames, je… » Sire Jean-Luc la coupa dans son élan : « Que nenni, nous... » « Mais laissez-là donc poursuivre ! », l’interrompit à son tour Princesse Nathalie d’Arthaud le dévisageant comme on le ferait d’un ennemi qu’on allait incessamment combattre en duel pour ensuite l’embrocher.

         « Je disais donc, reprit Dame Christiane, que si nous effectuons pour nous départager, un tirage au sort, il permettrait de désigner le prétendant au trône de France et nous… » « Oh, crénom de diou, on ne va tout de même, de cette sorte, déterminer le destin du pays de France !», s’indigna à son tour la Grande Bourgmeste. « Et pourquoi diable, non ? La démocratie athénienne y avait bien recours. » s’insurgea Sire Philippe 1er. « J’adoube Sire, loyale méthode que voilà, estima en renfort, Comte Fabien de Rousselande, estoit bien de la démocratie directe. » « La majorité décidera, quelle qu’elle soit. », conclu Dame Christiane en claquant des mains.

         Comme pour mettre terme à ces fastidieux palabres, chacune des parties, finit du chef par adouber.

         « Qui est pour ? », déclara alors Dame Christiane. Sire Philippe 1er, Prince consort Yannick du comté de Jadot, Comte Fabien de Rousselande et Dame Christiane, levèrent aussitôt leur dextre. « Nous sommes donc d’accord. », conclut alors De Taubira, dans un sourire. « Et de quelle manière, procéderions-nous ? », clabauda9 la Grande Bourgmestre. « Que l’on apporte parchemins, plumes et encriers ! », clama alors en frappant des mains Dame Christiane. Le page apporta non sans dextérité, sept parchemins, sept plumes d’oie et sept encriers. « Que chacun écrive son patronyme sur un de ses parchemins qu’il pliera ensuite en quatre, puis qu’il déposera en cette coupe d’or, ici au centre de notre Table ronde. », commanda Dame Christiane.

         Tous s’exécutèrent en silence et déposèrent chacun leur parchemin. « Alta jacta est et que par la sainte Vierge et sainte Rita10, il en soit donc ainsi ! », s’enthousiasma le Comte Fabien. « A vous l’honneur, Comte. » invita alors Dame Christiane, d’un geste royal. Le Comte plongea fort lentement sa large main dans la coupe, comme s’il eut peur que son contenu soit empoisonné... Chacun naturellement retint son souffle. Messire de Rousselande ne prit la peine de déplier le billet prédestiné qu’avec une lenteur extrême. « Diantre, qu’attendez-vous, Comte ? » intervint la Grande Bourgmestre.

         « Philippe 1er du Royaume de Poutou. », déclara finalement ledit Comte, d’un ton solennel. Comme par un subit coup d’hallebarde, le visage de l’élu se fendit en deux parties distinctes, séparées par un sourire de liesse qui faisait plaisir à voir. « Ici, dit-il, je consens au verdict, au nom de tous les gueux, serfs, roturiers et mals nés, en ce pays de France. » L’élu semblait estre saisi d’une vive émotion.

         De son côté, visage fermé comme une geôle de la Bastille, sire Jean-Luc de Mélenchon prit la parole : « Après joutes et querelles, ne serait-il temps pour notre nourrissement qu’alors nous festivions, ripaillons comme se doist. » « Ouy, ma foy, que violes, ouds, tambourins et troubadours nous accompagnent dans ses ripailles. », poursuivit, gardant sourire, Sire Philippe 1er. « Ouy, que jusqu’à l’aube coule hypocras11 et hydromels. », ajouta Dame Christiane, frappant joyeusement des mains.

         Subitement, comme si le mot « hydromel » possédait quelque don de magie ou vertu mystérieuse, ou que les claquements de mains en furent la cause, je fus propulsé à cet instant quelques bons et longs siècles plus tard… un certain 25 avril 2020, exactement. Je me trouvais cette fois dans le bureau présidentiel du Palais de l’Elysée. Philippe de Poutou, élu fraichement Président de la République, mettait avec la première ministre, Christiane Taubira, la dernière main à la composition du nouveau gouvernement. Tous les ministres et secrétaires d’état, étaient répartis équitablement entre toutes les sensibilités et partis composant l’union. Ils auraient pour tâches de mener leurs réformes tambours battants… Instauration du Revenu universel, augmentation du SMIC à 2000 euros, bruts, réquisition massive de logements pour les sans-abris et les migrants, rétablissement de l’ISF, généralisation du délit d’Ecocide, emploi régulier du référendum d’Initiative Citoyenne, réduction drastique du budget de la Défense au profit des ministères de la Santé et de l’Education, mise en place de… Subitement, je me sentis secoué comme un prunier. « Questcequinya ? », demandais-je en ouvrant péniblement un œil. C’était ma fille que je voyais bizarrement en double malgré mon seul œil ouvert. Mon adorée de fille qui pour le coup n’avait pas l’air contente, mais alors colère de chez colère. « Dis-moi que ce n’est pas vrai, hein, Papa ? » « Hein, what ? » eus-je quelque mal à lui répondre, la bouche excessivement pâteuse. « Dis-moi, tu as encore vomi sur le beau canapé Knoll, hein ! », me morigéna-t-elle, les mains aux hanches et en me lançant son regard révolver, celui qui vous tue et même vous embaume sur place. « Oui, ce n’est rien, minimisais-je, parce que je suis arrivé à refaire le monde, en rose, même, et… » Elle m’interrompit d’un rire moqueur aux accents chevalins. « Oui, bien sûr, comme toujours papa. » rétorqua-t-elle en haussant les épaules et en allant chercher une serpillière 

Alain Nahmias

Notes

1/ La psilocybine et la psilocine sont des hallucinogènes qui produisent des effets similaires au LSD.

2/Ligue des Croix de Feu, les Francistes, celle de Jacques Doriot…

3/Surnom qui lui aurait été attribué par François Fillon. La présidente de la région Île-de-France avait lâché son proche confrère pour rallier les rangs d’Alain Juppé, avant de revenir sur ses pas après la défaite du maire de Bordeaux.

4/ Dans les couloirs de la présidence de la République, on parle d'EZB", pour "Eric-Zemmour-Bolloré".

5 / Fantasme complotiste théorisé par l’écrivain d’extrême droite, Renaud Camus.

6 Culver signifie : « paysan grossier » ; /Coquebert signifie : « niais. »

7/Paudiculer signifie : « baîller. »

8/ « coupa la parole » en vieux français.

9/ Protester de manière malveillante.

10/Sainte patronne des causes désespérées.

11/ Boisson du Moyen-âge à base de vin sucré et aromatisé aux épices.

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