À Nice : un procureur aux curieuses méthodes...

Le procureur de Nice Jean-Michel Prêtre a été récemment perquisitionné, par des policiers de l’office anticorruption (OCLCIFF), selon une information du journal Le Parisien. Cette perquisition a eu lieu à son domicile et à son bureau au palais de justice suite à des soupçons d’atteinte à la probité dans l’affaire du palace Le Negresco situé sur la promenade des Anglais à Nice.

Jean-Michel Prêtre - Procureur de Nice © DR Jean-Michel Prêtre - Procureur de Nice © DR

De quoi s’agit-il ?

Depuis le placement sous tutelle de sa propriétaire Jeanne Augier âgée de 95 ans, la gestion de l’hôtel de luxe est confiée depuis 2013 à une administratrice judiciaire. Mais en 2017, le procureur de Nice souhaita mettre fin au mandat de l’administratrice en saisissant le tribunal de commerce pour statuer sur l’avenir du célèbre hôtel.

Cette intervention est considérée comme suspecte par la direction et les salariés mais aussi par Me Jean-Phillippe Hugot. En effet, l’avocat de la seule héritière légale (cousine de l’ancienne gérante du palace) ne comprend pas que sa cliente rencontre autant de péripéties pour défendre et faire valoir les droits de sa famille (dépôt de plainte pour abus de faiblesse rejeté par le procureur de Nice, difficultés à se constituer partie civile pour se faire entendre dans le cadre de la succession du Negresco).

Les différents protagonistes pensent que le procureur de Nice aurait outrepassé ses pouvoirs peut-être pour favoriser un candidat à la reprise du palace cinq étoiles.

Une enquête a été, dans ce contexte, diligentée par le Parquet national financier.

Mais ce n’est pas la première fois que des avocats ont à se plaindre des méthodes du procureur de la République Jean-Michel Prêtre.

Me Noachovitch, avocate de l’ancien jardinier marocain Omar Raddad, dénonce le manque de transparence de la part de ce magistrat dans la gestion du dossier de son client. En effet, il y a plus de deux ans, une trace ADN trouvée sur la scène de crime avait matché en partie avec celle d’un individu inscrit dans le Fichier national automatisé des empreintes génétiques (FNAEG). Il a fallu attendre plus d’un an avant d’en connaître les résultats. Une fois connus, sans en informer l’avocate, Jean-Michel Prêtre convoqua la presse et annonça la clôture de ce dossier car les résultats d’analyses concernant la comparaison des deux ADN s’étaient avérés infructueux selon lui. Me Noachovitch n’eut pas accès en amont à ces derniers et apprit cette nouvelle non pas de la bouche du procureur mais en lisant la presse !

Me Noachovitch, convaincue de l’innocence de son client, décida, dans la foulée, de déposer un recours auprès du procureur général près la cour d'appel d'Aix-en-Provence contre cette position du procureur de Nice.  Elle obtint gain de cause. Le procureur de Nice a dû répondre à ses demandes d’actes c’est-à-dire la contre-expertise de la trace ADN qui avait coïncidé en partie avec celle d'une personne répertoriée au FNAEG, et la comparaison des ADN découverts sur les scellés avec ceux des proches de la victime Ghislaine Marchal.

Bizarrement Jean-Michel Prêtre, d’habitude si disposé à parler à la presse, passe sous silence, depuis le mois de juillet dernier, la réouverture du dossier. Or, de nouvelles comparaisons ADN sont bien en cours.

Ces deux affaires mettent en lumière les curieuses méthodes du procureur de la République de Nice Jean-Michel Prêtre...

Comme disait Voltaire : « un jugement trop prompt est souvent sans justice ».

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.

L'auteur a choisi de fermer cet article aux commentaires.