CONFINEMENT ET INEGALITES SCOLAIRES

Les répercussions de la crise du Covid-19 sur les différentes couches de la population sont devenues l’un des indicateurs les plus saillants, dans une période trouble et inédite, des inégalités sociales qui sous-tendent notre société. Elles ont mis en lumière certaines caractéristiques au sein des territoires et des différentes catégories socio-professionnelles touchés.

Les répercussions de la crise du Covid-19 sur les différentes couches de la population sont devenues l’un des indicateurs les plus saillants, dans une période trouble et inédite, des inégalités sociales qui sous-tendent notre société. Elles ont mis en lumière certaines caractéristiques au sein des territoires et des différentes catégories socio-professionnelles touchés. En effet, les zones géographiques à forte densité ayant des populations vulnérables et précarisées, ont été plus durement impactées.
Tout comme les corps de métiers ne pouvant se permettre de télétravailler. Les lieux d’exercice de ces femmes de ménage, manutentionnaires, caissières, éboueurs, agents de sécurité, infirmières, etc…se trouvent parfois à une relative longue distance, et nécessitent un certain temps de transports. Ce qui les expose à un plus grand risque de contamination.
L’autre grande fracture est celle de la sécurité alimentaire, ou plus précisément de l’émergence d’une nouvelle forme d’insécurité alimentaire. Les familles les plus précarisées ont été précipitées, avec cette crise sanitaire vers une brutale paupérisation, le budget alloué aux dépenses alimentaires s’étant très largement alourdi avec l’absence de cantines pour les enfants. Les solidarités se sont souvent organisées en local avec la distribution de paniers repas ou chèques-services par les associations de proximité, en complément au niveau national, d’une aide exceptionnelle de solidarité versées aux foyers les plus modestes dans le cadre de l’urgence sanitaire (Décret 2020-519 du 5 mai 2020).

Après le pain, l’instruction
Les fermetures des classes et l’obligation d’un confinement strict ont donné lieu à la mise en place d’un principe éducatif, jusqu’ici peu répandu, et qui s’est largement généralisé : celui de l’école à distance.
Les équipes pédagogiques, en application des directives gouvernementales, ont quotidiennement alimenté le contenu des plateformes numériques mises en place, en y déposant cours et consignes pour les exercices et devoirs de leurs élèves.
Or, la fracture numérique au sein de certains territoires, où l’équipement informatique est inexistant, partagé entre plusieurs membres d’une même famille ou alors se réduit dans la plupart des cas à l’utilisation des réseaux sociaux sur smartphone, peut expliquer l’aggravation de phénomènes de décrochage scolaire déjà existants, par ailleurs.
Bien que des ordinateurs portables aient été mis à la disposition des élèves par les associations et collectivités locales, ou certains établissements, de nombreux chefs d’établissement annoncent des chiffres allant jusqu’à 30% d’élèves décrocheurs au sein de leurs effectifs.
Chiffres largement relativisés par le ministre de l’éducation, Jean Michel Blanquer, selon lequel les taux de décrochage scolaire seraient passés de 10 à 4%, durant la période de confinement.

 

Une notion de décrochage, à utiliser précautionneusement
La nouveauté de la pratique a rendu l’exercice difficile a bien des égards : l’absence d’interactivité immédiate et la juste compréhension des consignes, l’ergonomie des sites, et enfin l’apprentissage de l’autonomie, ainsi que la capacité d’organisation d’élèves habituellement encadrés par des professeurs. Les élèves ayant des parents avec un capital socio-culturel et une maitrise des codes de l’école plus élevés, ont été évidemment plus avantagés que d’autres.
Ces différents paramètres étant d’évidents freins à un système d’évaluation cohérente, équitable et lisible, les notes ont été suspendues pendant cette période de confinement, et les appréciations ont été centrées sur l’assiduité de l’élève, sa participation en visioconférence et la régularité dans les devoirs rendus.
Ce qui nous offre peut-être collectivement l’occasion d’inscrire l’école dans une autre temporalité avec des attentes davantage axées vers la consolidation des acquis, plutôt que la progression pédagogique. Ainsi qu’une attention particulière apportée au temps d’écoute, d’échange et de réflexion autour d’une expérience sociale inédite, celle du confinement, dont des enseignements sont à en tirer.
Eugenie LOBE

 

 

 

 

 

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