Les effets pervers de la dynamique de groupe

Le groupe n a jamais été aussi valorisée qu’aujourd’hui, dans une société moderne qui était jusqu’ici plutôt centrée sur l’individu. Le groupe est ainsi devenu vecteur de coopération, d’intelligence collective et d’efficacité. Kurt Lewin encensait déjà dans sa théorie sur la dynamique de groupe, les effets positifs du groupe sur l’individu.

Le groupe n a jamais été aussi valorisée qu’aujourd’hui, dans une société moderne qui était jusqu’ici plutôt centrée sur l’individu. Le groupe est ainsi devenu vecteur de coopération, d’intelligence collective et d’efficacité. Kurt Lewin encensait déjà dans sa théorie sur la dynamique de groupe, les effets positifs du groupe sur l’individu.
Ces effets peuvent cependant être pervers si cette synergie sert un objectif négatif, comme un harcèlement.
Comprendre les mécanismes de cette adhésion parfois aveugle a un groupe qui poursuit un objectif non conforme a nos valeurs individuelles, peut aider a lutter contre ce fléau moderne qu’est le harcèlement.

Trois leviers majeurs peuvent l’expliquer :

• Le besoin de conformisme et d’appartenance à un groupe prédominant peut inciter un groupe de personnes à accepter le pire, dans certaines circonstances. L’exemple le plus convaincant est l’expérience de Milgram, qui a montré comment la torture peut être acceptée et légitimisée par la plupart des gens, si une Autorité en assume la responsabilité.
Cela peut conduire à un désengagement moral du groupe et à l’émergence d’une dynamique de groupe négative. C’est aussi un processus qui a permis de nombreuses dérives comme la surveillance de masse, un contrôle de groupe et la torture. Selon certains dirigeants de l’ex-Stasi, il suffit de 1% d’une complicité de population dans l’espionnage, pour contrôler toute une population.

 

• La dynamique de groupe répond aussi a un besoin de catharsis, en libérant nos pires instincts. La victime harcelée devient un bouc émissaire, dont la fonction sociale permet l’évacuation de l’agressivité et des déviances des membres du groupe. Leur supériorité numérique leur autorise face a la déshumanisation de la victime, n’importe quel renversement des valeurs. Le groupe qui peut par ailleurs compter des éléments disparates, voire antagonisme, se retrouvent pour un temps soudé vers un même objectif de destruction…une forme de paix sociale comme une autre.

 

• La désintégration des solidarités et démantèlement des corps intermédiaires (association, famille, communautés...) qui jusqu’ici protégeaient les individus est un facteur pouvant aussi expliquer l’émergence des formes les plus négatives de dynamiques de groupes.

Les corps intermédiaires sont les institutions intermédiaires entre l’État et l’individu, comme la famille, le groupe religieux, les communautés, les associations...
Ils sont destinés à servir d’intermédiaire entre l’État et l’individu et servent de protection à une personne.
Mais dans le cas d’un harcèlement, notamment le cas du harcèlement en réseau, , ces corps intermédiaires sont détournés de leur fonction et impliqués dans les attaques de la victime, au lieu de les protéger.
L’isolement de la victime semble être à la fois un critère de choix pour cibler une victime et une conséquence de ce ciblage. L’entourage est soit mis en contribution, soit menacé, soit même éliminé, afin de ne représenter aucune aide possible pour la cible.
Certes, toute la société civile ne participe pas, mais l’apathie des spectateurs est si profonde qu’il existe une forme généralisée de consensus, permettant la perpétration de toute forme de harcèlement.
Cette apathie a été préparée par 20 longues années de société de spectacle, comme l’écrivait Guy Debord. C’est particulièrement le spectacle de téléréalité, qui a travers la banalisation du voyeurisme a créé une distance froide de ceux qui observent un harcèlement ou et les victimes de ce harcèlement, ou tout autre atteinte a la personne.

L’individu responsable et conscient a alors le devoir souverain de se désolidariser de cette dynamique de groupe délétère, pour lui-même, pour la victime comme pour le groupe responsable de harcèlement.
Ce qui demande une certaine forme de courage, et un grand sens des responsabilité car l’exclusion et l’ostracisme reste souvent l’amère rétribution de ces lanceurs d’alerte.

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