Les héros d’un quotidien confiné

Depuis le 17 mars 2020, en réponse a la pandémie du Covid-19 qui a déjà fait un nombre considérable de morts en France, et a travers le monde, un confinement global a été mis en place. Depuis cette date, la France s’est figée et repliée dans son intériorité, afin d’éviter une propagation exponentielle d’un virus, jusqu’ici jugé incontrôlable par la plupart des spécialistes.

Depuis le 17 mars 2020, en réponse a la pandémie du Covid-19 qui a déjà fait un nombre considérable de morts en France, et a travers le monde, un confinement global a été mis en place. Depuis cette date, la France s’est figée et repliée dans son intériorité, afin d’éviter une propagation exponentielle d’un virus, jusqu’ici jugé incontrôlable par la plupart des spécialistes.
Alors que le télétravail est devenu la norme, seules quelques professions sont restées en première ligne, assurant notre réapprovisionnement, nos déplacements, nos soins, notre survie en somme.


Ils sont éboueurs, médecins, infirmières, pharmaciens, femmes de ménage, caissières, vigiles, éducateurs spé, chauffeurs…et ont fait le choix de rester à notre service, dans des conditions incertaines. Quand d’autres n’ont eu d’autres choix que de travailler, en dépit des risques encourus.


C’est le cas de Mathilde*, 53 ans, femme de ménage dans une société privée, qui n’a pas pu s’arrêter de travailler et a dû continuer de le faire, a raison de 4 heures par jour :
J’ai très certainement contracté le Covid-19 dans le cadre de mes fonctions. Toute ma famille est confinée. Nous sommes un foyer de 6 personnes. Aucun d’entre eux ne sort. Je ne me voyais pas laisser en plan mon employeur et nos clients, d’une part, et d’autre part, la perte de revenu en cas d’arrêt était un trop important manque à gagner. J’ai donc continué à travailler, et contracté une forme légère de la maladie en dépit du respect des gestes barrières.


En effet, certaines professions ont moins la possibilité que d’autres de cesser de travailler, ou de le faire à distance. Ce sont aussi celles qui disposent le moins souvent d’un véhicule privé et empruntent les transports en commun, parfois pour une durée assez longue. Elles résident aussi dans des zones à forte densité. Ce cumul de marqueurs d’inégalités sociales les expose plus que d’autres aux dangers d’une contamination, surtout dans un contexte global de pénurie de masques, de gants et de gels hydroalcooliques.
Ce manque se fait en particulier ressentir dans les hôpitaux publics, qui comme la société et les politiques publiques, semblent être pris au piège d’une crise sanitaire, que couvait depuis longtemps une gestion managérialiste de la santé publique, préférant dans une logique marchande, les flux au stocks.
Une baisse des dépenses publiques dans ce domaine dénoncée par les revendications portées par les professionnels de la sante, lors des mouvements sociaux de Novembre dernier.
Nous n’avons pas de masques adaptés (les masques FFFP2), distribués au compte-goutte au personnel soignant les malades reconnus comme porteurs du virus. Le problème est qu’en l’absence de généralisation de test, on ne sait jamais qui est porteur et qui ne l’est pas et nous sommes donc constamment exposés, parfois même sans le savoir. Je connais deux personnes, dont un soignant avec lequel j’ai eu l’occasion de travailler, qui ont perdu la vie dans ces conditions de travail que je juge précaires, voire indignes, explique Ali*, 34 ans , infirmier dans un hôpital public en région parisienne.


Le nombre de contaminations et de morts au sein du personnel soignant a en effet explosé en France, et à travers le monde. Martin Hirsch, président de l’établissement de santé francilien, annonçait au mois de mars, plus de 600 contaminations. En Europe, l’Italie avec près de 100 morts, dont principalement des infirmières, paie le plus lourd tribut.

A la question récurrente: Mais, pourquoi ne pas exercer votre droit de retrait. Les réponses sont quasi unanimes : C’est un métier exercé par passion, et que l’on met au service des gens. Il y’a un sentiment très fort d’engagement à cet égard, surtout en ces circonstances. On ne peut qu’être au front.
Face a ces pénuries assassines, et afin de soutenir l’effort de ces héros du quotidien, la société civile s’organise à son tour. Les initiatives personnelles de création de distribution gratuites de masques confectionnées par des particuliers, se multiplient. Une couturière en Seine St Denis a ainsi cousu 600 masques à destination des plus démunis. Des masques 3D sont également fabriqués et distribués par des particuliers aux hôpitaux les plus proches de leurs domiciles.
Le secteur privé n’est pas en reste : Le groupe pharmaceutique Fabre et la firme orléanaise de LVMH ont lancé la production de gel hydroalcoolique, afin de pallier aux défaillances des autorités sanitaires françaises.
La crise sanitaire, bien que creusant davantage les inégalités sociales, a aussi permis de faire jaillir des solidarités inattendues dans le quotidien des français.
La bienveillance s’exprime aussi parfois à travers des petits gestes. Des plateaux-repas pour les soignants qui ne peuvent se restaurer ou les personnes les plus vulnérables, explique Teddy*, 46 ans, Chauffeur, livreur et manutentionnaire. Parfois, c’est aussi juste un sourire, une parole bienveillante et non les menaces et agressions qu’on a pu voir à l’égard des soignants, qui risquent leurs vies, dit-il en mettant un zouk retro, comme chaque matin a 5 heures, lorsqu’il démarre de sa tournée.
A défaut d’éradiquer le Corona, la musique adoucit les mœurs, ajoute-t-il, en nous offrant le plus beau et vaillant des sourires sur un air de biguine. Avant d’aller affronter, lui aussi, un quotidien devenu potentiellement dangereux.

 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.

L'auteur a choisi de fermer cet article aux commentaires.