La Covid19 : Évènement ou Emmerdement ?

L’opposition Orient / Occident réinventée par la Covid19

 

LA COVID19 : ÉVÈNEMENT OU EMMERDEMENT ?

 

 

Pour qui a la chance comme moi de vivre quotidiennement le cerveau scindé en deux, l’hémisphère droit à l’heure de Paris, l’hémisphère gauche à l’heure de Pékin, il est fascinant de constater depuis un an l’écart cognitif existant entre ce que l’on pourrait appeler la zone Asie-Pacifique (Asie +Australie-Nouvelle Zélande...) et la Zone Européenne-Etats-Unis et ses dépendances (Amérique latine pour les Etats-Unis, Afrique pour l’Europe).

 

Une nouvelle reprise en quelque sorte du vieux clivage culturel entre Orient et Occident.

 

Là où en Europe/Amériques nous en sommes toujours à essayer de maîtriser une pandémie qui reste largement hors de contrôle un an après son arrivée sur nos territoires, l’Asie/Pacifique s’en est depuis longtemps débarrassée après quelques temps d’une lutte aussi rigoureuse qu’efficace.

 

A y réfléchir de plus près cet écart de résultat apparaît d’autant plus surprenant qu’il oppose

des pays immensément riches comme les Etats-Unis (500.000 morts, pour une population de 320.000.000. d’habitants) et des pays immensément pauvres comme, par exemple, le Vietnam 

(35 morts, pour une population de 100.000.000. d’habitants).

 

Cet écart de performance ne serait-il pas plutôt dû à une approche du risque sanitaire diamétralement opposée entre les deux hémisphères de la planète ?

 

J’en verrais pour preuve les commentaires recueillis depuis une année chez des proches à Paris et à Pékin, mais aussi à travers la lecture des médias de ces deux parties du monde.

 

Là où, en Occident (et c’est le cas typique de notre pays) on n’entend que la rumeur sans fin des 

récriminations de tous ordres : celles des restaurateurs et cafetiers empêchés, des artistes et directeurs de salles de spectacles interdits de représentations, des étudiants confinés chez eux et dépressifs (quand ils ne chutent pas dans la pauvreté), des hospitaliers épuisés et débordés, des hôteliers sans clients et des intérimaires licenciés etc... l’Orient a rapidement établit une priorité vitale pour sauver son économie et sa vie sociale du naufrage prévisible : éradiquer le virus le plus vite possible en ne lui laissant aucun espace social pour respirer et se développer et ceci grâce à une stratégie d’étouffement qui aura mobilisé l’ensemble des populations de manière aussi intense que limitée dans le temps.

 

Point donc de discours, comme ici, nous invitant pédagogiquement à « apprendre à vivre avec le virus » (E. Macron annonçant le premier confinement en mars dernier, mais la consigne vaut pour tout l’Occident), le laissant ainsi circuler autant qu’il le pourra, mais la proposition inverse de ne

« surtout pas apprendre à vivre avec le virus » en lui interdisant toute circulation, fut-elle résiduelle.

 

On ne négocie pas, en d’autres termes, avec un virus de ce type, dans une espèce de cohabitation raisonnée que l’on voudrait pérenne et pas trop coûteuse. Là est probablement l’erreur la plus dommageable commise par l’Occident face à cette épidémie : ne pas l’avoir prise vraiment au sérieux, en avoir sous-estimé en permanence (et aujourd’hui encore) le pouvoir de nuisance et la force de déstructuration.

 

Sous nos latitudes, celle-ci aura été vécue comme une série ininterrompue d’ « enmerdements ».

 

« Emmerdement » N°1, avec le 1er confinement, « Emmerdement » N°2 avec le second, 

« Emmerdements » successifs et variés depuis, entre confinement partiel, confinement allégé, couvre-feu strict puis moins strict, télétravail obligatoire puis facultatif avant de revenir très expressément recommandé etc...sans parler des masques obligatoires, des gestes barrières rédhibitoires, des lavages de mains obsessionnels.

 

Toute une panoplie de mesures prises au « doigt mouillé » selon les variations (et désormais les différents variants) de l’épidémie, son extension cyclique entrecoupée de reflux limités et ponctuels.

 

 

 

A l’inverse, l’Orient aura vécu ce surgissement épidémique non comme un « Emmerdement » 

mais comme un « Événement » (et ceci tout en devant faire face aux mêmes « emmerdements »

domestiques que nous).

 

Soit quelque chose qui vient délimiter un avant et un après dans le continuum ininterrompu des existences et de la vie sociale. Une rupture temporelle qui fait que contrairement à ce que nous n’arrêtons pas de lire, de dire, d’entendre et d’espérer par chez nous il n’y a pas d’attente à ce que les choses reviennent comme avant, tel que nous l’entendons ici, c’est à dire les restaurants, les terrasses bondées, les cinémas, les spectacles, les vacances...

 

Non que tout cela ne soit enviable et pour cela souhaitable mais ce serait alors manquer ce qui fait l’originalité de ce que nous vivons depuis une année maintenant : que quelque chose est vraiment en train de se passer, quelque chose d’important qui est toujours en cours et qui n’a pas encore déployé tous ses effets dans nos vies et dans celle de nos sociétés.

 

Le président Macron (pour revenir à lui) avait à plusieurs reprises déclaré en mars dernier, lors 

du premier confinement « nous sommes en guerre ! ».

 

Si on veut bien faire abstraction de la mise en scène politique et rhétorique de cette affirmation, elle n’en garde pas moins me semble-t-il sa pertinence.

 

Comme les guerres que nous avons connu au XXième siècle et auxquelles le président faisait  implicitement référence pour galvaniser les énergies et mesurer l’enjeu, il y aura un avant et un après Covid, comme il y eu un avant 1914 et un après 1918, un avant 1939 et un après 1945,

et ces mondes de l’après guerre ne ressemblaient en rien à ceux de l’avant guerre, car ces 

expériences guerrières (elles aussi mondiales) avaient fait rupture définitive dans le cours de l’histoire.

 

Tel est selon moi l’enjeu de la période dans laquelle nous entrons à travers cette vraie-fausse 

crise sanitaire qui en Orient comme en Occident va aller en s’élargissant.

 

 

 

 

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