J'ai passé mon dimanche matin dans une église baptiste noire américaine

Je n'avais pas mis les pieds dans une église depuis l'enterrement de ma bien-aimée grand-mère en février 2012. En fin de semaine, j'avais rencontré le pasteur David Alexander Bullock pour une enquête que je mène sur la réorganisation urbaine de Détroit.

Je n'avais pas mis les pieds dans une église depuis l'enterrement de ma bien-aimée grand-mère en février 2012. En fin de semaine, j'avais rencontré le pasteur David Alexander Bullock pour une enquête que je mène sur la réorganisation urbaine de Détroit.

Je lui avais alors promis de venir faire un tour dimanche, curieuse de voir un rituel baptiste au sein de la Greater St. Matthew Baptist Church à Highland Park, une ville enclavée dans la ville de Détroit.


La messe a débuté avec une série de chant orchestrée par le pasteur et sa chorale. © Nastasia Peteuil La messe a débuté avec une série de chant orchestrée par le pasteur et sa chorale. © Nastasia Peteuil

 

Il est 10h15 et les voitures continuent à s'affairer devant l'église pour déposer les retardataires sur un pavé fraîchement enneigé. Au sein de l'une des maisons de Dieu, le pasteur a déjà commencé son one-man-show. En face de moi, le message du pasteur est clair : "One Lord, One Faith, One Baptism" ("Un Dieu, une foi, un culte baptiste").

Les croyants chantent, dansent, applaudissent. C'est la fête. La célébration de Dieu prend tout son sens. "The stuggle is over !" ("La lutte est terminée) crie le pasteur-star, micro en bouche. Toute l'assemblée le suit, d'un geste de la tête de haut en bas, en frappant des mains, en se levant et dansant. 

Le rythme est entraînant. Le batteur et le claviériste enflamment leur auditoire. Des rires, des sourires, les uns encouragent les autres à se trémousser sur les notes de musique et la voix unie des chanteurs.

Pendant les morceaux, le pasteur demande à ses fidèles de se serrer les mains. Sans hésitation, les paroissiens donnent des accolades, des poignées de mains, des " Good morning" à tous ceux qui les entourent, qu'ils se connaissent ou non. L'amour de Dieu n'a pas de limite. 

 

Dans une église baptiste à Détroit. © Nastasia Peteuil

 

"It's gonna be alright" ("Tout va bien se passer"), fait résonner le révérend Bullock au coeur de l'église.

Habillé d'un costume foncé et d'une chemise violette, un homme au premier rang se défoule comme s'il se trouvait sur une piste de dance. Les bras en l'air et les jambes qui remontent jusqu'à son ventre, il chante à tue-tête " it's gonna be alright, it's gonna be alright, it's gonna be alright".

Vient le temps du serment. Les Baptistes sont connus pour prendre à partie leur auditoire. Dans le sud, un célèbre pasteur prêche l'homophobie. Aujourd'hui, David Alexander Bullock parle d'amour. De Jésus version noir. De l'esclavagisme. Des réseaux sociaux. De tout. De rien.

Dans l'assemblée, des "hum hum" retentissent, ou encore des "oh yeah" résonnent dans la foule. Le pasteur est en dialogue permanent avec ses fidèles. Il hurle dans son micro, prend une voix grave, pousse des cris. Comme en transe, il gesticule comme un pantin articulé. 

 

Les livres de chant ne sont pas utilisés pendant la messe. © Nastasia Peteuil Les livres de chant ne sont pas utilisés pendant la messe. © Nastasia Peteuil

 

Le show-man calme le jeu à la fin de son serment. Il prend alors une voix étonnamment douce, il murmure, susurre presque à son cher public. Le moment de la bénédiction est arrivé.

Devant lui, une vingtaine de personnes se présentent, avec derrière elles des fidèles qui les tiennent par les épaules. Un par un, les croyants sentent la main du pasteur sur leur front. Il leur parle, leur donne des conseils de vie.

"N'aie pas peur", "Tu as 20 ans, tout va bien se passer", "Tu n'as que sept ans, ne t'inquiète pas pour ta mère, soit juste une petite fille de sept ans" prêche-t-il. Les mouchoirs circulent vers les paroissiens qui viennent de recevoir leur bénédiction. 

Le révérend Bullock se retire. En ce premier dimanche de mars, les paroissiens reçoivent leur communion. Contrairement aux Catholiques qui reçoivent le pain de Dieu, l'hostie, les Baptistes reviennent sur leurs bancs avec un liquide rouge dans un minuscule emballage. L'ouverture de dizaines de récipients, qui s'apprêtent à être bu, crépitent dans l'église.

En une seule gorgée, la communion est terminée. 

 

The new national baptist hymnal.  © Nastasia Peteuil The new national baptist hymnal. © Nastasia Peteuil

 

 

Deux heures et demie après le début de la messe, les fidèles sont invités à partir. Le pasteur revient pour saluer les anciens comme les plus jeunes avec de longs câlins. Une jeune fille s'approche de lui pour prendre un selfie.

Des mères de famille viennent se blottir contre lui quelques instants et le remercient pour son serment. Plus qu'un pasteur, David Alexander Bullock est un ami dans cette communauté noire de Détroit. 

 

 

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