La culture du viol, un phénomène made in America ?

La semaine dernière, une jeune étudiante de l'Université de Virginie a témoigné de son viol collectif dans les colonnes du magazine américain Rolling Stone. Une affaire relayée dans les médias français.

L'Université de Virginie est l'une des plus prestigieuse des écoles publiques américaines. © Nastasia Peteuil / Instagram L'Université de Virginie est l'une des plus prestigieuse des écoles publiques américaines. © Nastasia Peteuil / Instagram


Dans une longue enquête, le magazine relate avec justesse de la culture du viol qui habite les campus. Des témoignages ponctuent l'analyse, comme celui de Jackie, victime d'un viol perpétré par sept jeunes hommes lors d'une soirée organisée par une fraternité.

On y découvre une culture misogyne, des stratégies d'étudiants pour arriver à leurs fins et une répétition insoutenable des viols sur le campus. On y apprend la tragédie du silence. Celui des victimes et de leur peur d'un suicide social. Mais également celui de l'Université de Virginie et de sa peur de perdre sa belle réputation.

Depuis le mois de mai 2014, des enquêtes fédérales frappent aux portes des universités. Plus de 86 écoles sont dorénavant concernées par cette grande investigation dont, parmi elles, l'Université de Virginie, comme l'explique le magazine. 

L'hypocrisie des médias français

On ne tarde pas à lire/voir/écouter, dans tous la presse française, l'histoire de cette jeune étudiante qui livre un témoigange poignant et révélateur d'une société malade. "L'épineux problème des viols sur les campus américains", titre lesInrocks.com dans un article daté du 20 novembre. Ou encore, le journaldesfemmes.com: "Le campus, berceau de la culture du viol aux États-Unis ?" du 1er décembre - d'ailleurs très mal titré, le campus est davantage un symptôme plus qu'un berceau - paraphrase l'article de Rolling Stone à merveille, ou presque.

Une question se pose très vite. Est-ce vraiment un problème américano-américain? Et sur les campus français, lors des week-end d'intégrations, n'y aurait-il jamais eu de viols ou d'agressions sexuelles? C'est à ces lectures que l'on se demande bien quand les journalistes français iront à la pêche aux témoignages pour publier des articles avec des titres accrocheurs tels que "Le campus, berceau de la culture du viol français?". 

Évidemment, on n'a déjà lu des reportages, comme celui publié dans Madame Figaro (un magazine destinée exclusivement à la gente féminine...): "On ne guérit pas d'un viol". Mais en surfant sur le net, aucune enquête ou reportage ne va creuser du côté des universités et des écoles françaises sauf les quelques faits divers autour des bizutages "qui tourne mal" comme sur France Soir ou Paris Match.

La culture du silence made in France

Pendant ce temps, à Toulouse, une série de bande-dessinée du Belge Thomas Mathieu est censurée comme le racontait l'article du Monde daté du 25 novembre. Sur ses planches, l'artiste montre, crûment, les problèmes de harcèlements, de la lesbianophobie aux viols conjugaux. Plus qu'une simple censure, elle en vient à nier l'horrible existance de ces crimes sexuels, crûment insoutenable, perpétrés dans notre société. Dans une lettre ouverte, une femme, victime de violences conjugales, dénonce cette censure qui plonge les témoignages dans l'oubli. Une fois de plus.

Aux États-Unis, les affaires de viols font énormement de bruit dans les médias. Voyeurisme - Le sexe, ça fait vendre!" ou emballement médiatique ? Peu importe à vrai dire parce que, contrairement à la France, les médias prennent le temps de parler de ce genre d'affaires, d'analyser et de critiquer leur propre société. La "rape culture*", traduit en français par la culture du viol, est une idée largement répandue et combattue dans la plupart des médias américains. En parler, c'est commencer à la bannir. Si les Américains n'ont pas encore trouvé de remèdes à leurs maux, ils ont tout de même réussi à labéliser ce malaise.

En attendant de pouvoir lire de vraies enquêtes sur la culture du viol en France, le site Francetvinfo vous propose la lecture d'un article sur "Les viols de manchots par des phoques". 

* La culture du viol, terme apparu dans les années soixante-dix aux États-Unis, revient à blâmer une victime, normaliser la pratique du viol tout en niant la négation du rapport sexuel ("Non veut dire oui, oui veut dire sodomie" était l'un des slogans à l'Université de Yale). Pour lire davantage sur le sujet : "Culture du viol: quand "Le Point" conseille aux femmes d'accepter la brutalité" sur Le Plus, "Je veux comprendre la culture du viol" sur Madmoizelle, ou encore traduit de l'anglais par Buzzfeed "La culture du viol, c'est quoi?". 

 

 

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