Midterms: et les indépendants dans tout cela?

À chaque élection américaine, on les oublie. Pourtant, les indépendants foisonnent aux États-Unis. Entre les démocrates et les républicains, offrent-ils vraiment une porte de sortie à ce dualisme désuet? 

Greg Orman aura fait parler de lui, même s'il a perdu l'élection. Candidat indépendant dans l'État du Kansas, la presse l'aura mis au centre du mouvement des indépendants. Le Monde lui consacre même un portrait dans ses colonnes. L'homme d'affaires millionnaire de 45 ans n'aura donc pas réussi à convaincre ses compatriotes qu'il était la voix de la différence. Libre et émancipé.

À ses côtés, d'autres candidats, avec plus ou moins de moyens financiers de mener leur campagne, ce sont également lancés dans la course. Sean Haught, un livreur de pizza "libertaire", s'est présenté en Caroline du Nord (Newsweek a publié son portrait). En Dakota du sud, Larry Pressler, ex-républicain, "est dégouté [...] des conflits sans fins entre les deux parties à Washington D.C." comme il le pleure longuement sur son site. Du côté de la Louisiane et de la Géorgie, c'est un libertaire et un membre du tea-party qui viennent semer le trouble dans le bipolarisme politique. Robert Sarvis, en Virginie, semble réunir les jeunes autour de son étiquette de libertaire indépendant comme l'a souligné l'article de Bloomberg. 

Deux indépendants siègent déjà au Sénat

Même si en 2014, aucun de ces candidats n'a remporté l'élection, il reste tout de même deux vainqueurs indépendants des élections de 2012. Les deux indépendants se trouvent en Nouvelle Angleterre, région connue pour être davantage libérale que le reste du pays. Le sénateur du Vermont Bernie Sanders et celui du Maine Angus King avaient remporté leur siège lors de l'élection d'Obama. Indépendants, oui, mais dans une certaine limite.

Bernie Sanders, qui porte dans les médias américains l'étiquette de socialiste, s'est empressé d'affirmer qu'il resterait affilié aux démocrates sur le blog politique de USA Today. D'ailleurs, il prépare d'ores et déjà sa campagne pour l'élection présidentielle de 2016, potentiellement comme candidat démocrate. Le sénateur du Maine Angus King a lui aussi réaffirmé son soutient au parti démocrate dans la comptabilisation des sièges.

L'indépendance, mythe ou réalité? 

Alors que le nombre de candidats indépendants ne cesse d'augmenter - entre 30 et 40% de 2008 à 2014 selon les médias américains - on se demande quelle indépendance ont réellement ces candidats. Car le manque à gagner de ne pas avoir une étiquette peut coûter une élection. Sans argent, pas de campagne. Donc pas de communication ni d'identité aux yeux des électeurs. Et même si certains ont réussi l'exploit d'obtenir un siège, on se pose la question de leur indépendance tant ils sont poussés à choisir un bord pour décompter les sièges. 

Au final, on pourrait se dire qu'ils jouent un rôle de diversité dans le choix démocratique des Américains. Que, potentiellement, ils affaiblissent certains candidats dans quelques États. Selon un article du Washington Post, les électeurs indépendants ne sont que, au bout du compte, des démocrates ou des conservateurs masqués qui ne se satisfont pas du choix du candidat de leur parti. En d'autres termes, les Américains, qui ont d'habitude le choix entre du gâteau au chocolat et le clafoutis, ont tout simplement eu la chance de pouvoir se laisser tenter par une part de forêt noire. 

 

 

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