Bernard Cazeneuve vient faire un coucou à Washington

Le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve était à Washington DC vendredi matin. Devant les étudiants de la George Washington University et ensuite, devant les journalistes, le ministre a parlé d'antiterrorisme. Quoi de neuf? Rien.

Bernard Cazeneuve, invité par l'université George Washington University pour parler de l'anti-terrorisme en France. © Nastasia Peteuil Bernard Cazeneuve, invité par l'université George Washington University pour parler de l'anti-terrorisme en France. © Nastasia Peteuil

Selon l'ambassade de France, le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve a été invité par l'université privée George Washington University - la faculté qui a les frais de scolarité les plus chers du pays- pour parler antiterroriste. Comme l'a fait remarquer le ministre pendant les échanges avec le public universitaire, il n'est clairement pas là pour faire des déclarations bouleversantes. Sa petite phrase "Réinvitez-moi quand je ne serai plus ministre" est suivie par des rires de la salle. 

Pendant une demi-heure, M. Cazeneuve a lu une analyse de la politique de la France. En anglais s'il vous plaît. Mis à part les "th" qui lui mène la vie dure, je dois dire le ministre s'en sort très bien au niveau de l'accent. Pas trop mal pour un homme politique français. Bon, et alors, le but de l'opération? Éh bien, caresser les Américains dans le sens du poil. Comment? En reparlant des héros américains qui ont sauvé des innocents du Thalys par exemple. Il y mentionne la Légion d'honneur, en accentuant bien les mots, car c'est un grand privilège en France, de recevoir la Légion d'HONNEUR. Vous savez, comme celle que l'on donne à un certain prince qui, en réalité, l'a demandée (merci Causette).

Il répond aux questions en français, et même en anglais ! © Nastasia Peteuil Il répond aux questions en français, et même en anglais ! © Nastasia Peteuil

Bref, il n'était pas là pour parler de cela. Il était là pour être sympathique avec les Américains, avec qui les services de renseignements ont "d'excellentes relations". Au bout de la troisième fois, on avait déjà bien compris. On passe un long moment sur le sujet crucial de l'internet et des téléphones portables. Le ministre y tient beaucoup. C'est sûr que pour cela, l'État d'urgence avait bon dos. On pouvait "protéger les libertés de la démocratie dans le respect des libertés individuelles", comme il l'a clairement expliqué. "Et vous suivez combien de personnes en France avec les services de renseignements" questionne un journaliste américain. Rires de la foule. Rire jaune du ministre? "Environ 2000 personnes", répond-il. 

Et puis, il y a des questions auxquelles on ne préfère pas répondre. Comme la révélation du Canard Enchaîné sur les informations d'une possible attaque terroriste sur le Bataclan qu'un juge d'instruction avait obtenues. Il paraît que la question n'était pas assez précise. Dites-le, la prochaine on vous ramènera une photocopie de l'article. Si ça ne tient qu'à cela!

Bref, la seule question intéressante a été censurée de sa réponse. On attendra que le ministre ne soit plus ministre pour avoir une meilleure répartie pour se défiler. Néanmoins, là où il ne se dérobe pas, c'est pour répondre à la question concernant les difficultés du gouvernement américain à obtenir l'aide d'Apple pour débloquer les Iphones des deux terroristes de San Bernardino. Il est d'accord, très très d'accord. Et il soutient, beaucoup beaucoup. Ça lui plaît au ministre pro-État d'urgence. 

Sous les applaudisements des 200 personnes venues l'écouter, le ministre se retire pour aller tout droit à la résidence de l'Ambassadeur de France. Petits macarons et tasses de café, la vingtaine de journalistes est reçue dans une petite salle de l'ambassade. Assez intimiste  pour réussir à entendre la petite voix du ministre, et pas trop quand même pour montrer qui est le patron. Pendant une demi-heure, c'est au tour des journalistes français d'être présents pour parler de l'anti-terrorisme. Et rien d'autre. Même pas Donald Trump, si cher au coeur des journalistes.

Bref, Bernard Cazeneuve est venu faire un coucou à Washington.  

On est bien, entouré des journalistes de Washington. © Nastasia Peteuil On est bien, entouré des journalistes de Washington. © Nastasia Peteuil

 

 

 

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