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Billet de blog 12 nov. 2014

Quand la faillite de Détroit profite aux riches et fisc fuck les classes moyennes

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Le 7 novembre dernier, le tribunal de Détroit a annoncé la validation du plan de sauvetage de la ville. Un sauvetage oui, mais pour qui?

Résumons les chiffres. Détroit possède désormais près de 18 milliards de dollars de dettes. Soit 13 milliards d'euros. La faillite, grâce à laquelle la ville va pouvoir absorber 7 milliards de dollars- soit 5,6 milliards d'euros- sur les 18 milliards, va faire baisser la fameuse dette à 11 milliards de dollars. 

Un renflouage loin d'être gratuit: les finances de Détroit seront mises sous surveillance et l'administration va devoir être restructurer. De ce plan, quelque 1,7 milliard devrait être utilisé pour restaurer les services publics (pompiers, police) ou pour continuer à détruire les 80 000 bâtiments en ruine.

Au centre-ville de Détroit, des bâtiments en ruine devraient être détruit grâce aux aides financières de la faillite. © Nastasia Peteuil

Les sacrifices des fonctionnaires

Bien sûr, quelques créanciers vont devoir participer à l'effort collectif. Comme l'explique Le Monde, l'assureur Syncora ne récupérera que 14 % de sa mise. D'autres auront essayé de stopper la procédure: Financial Guaranty Insurance Co. avait tenté de démontrer son illégalité parce qu'elle favoriserait les retraités au détriment des créanciers.

Pour le groupe de militants Detroiters resisting emerging plan ( les Détroiters qui se battent contre le plan de sauvetage), ce sont les retraités qui se voient sacrifier par rapport aux créanciers. 23 000 fonctionnaires vont directement perdre l'argent sur leur retraite. Mais pas seulement.

En plus des 4,5% de baisse sur leur pension, les retraités ne verront pas d'augmentation basée sur le coût de la vie, ils ne toucheront pas un penny de leur épargne promise basée sur leurs annuités. Et, cerise sur le gâteau, leur sécurité sociale remboursera moins bien leurs soins médicaux. 

La ville est, depuis 2013, administrée par Kevyn Orr, manager de la faillite. © Nastasia Peteuil

La faillite, un mal nécessaire?

"Aucun créancier ne s'est sacrifié autant que les employés et les habitants de Détroit. Pas une banque ou ses employés, pas un investisseur ou un PDG n'a sacrifié sa couverture médicale ou ses comptes épargnes durant ses dernières décennies à cause du plan d'ajustement", a décrié William Davis, membre de l'Association des employés actuels et retraités de Détroit.

Un cri du coeur qui fait écho dans les environs. Et si la faillite avait été mise en place pour régler le problème des pensions? Car avec ce chapitre 9 si célèbre, la municipalité est devenue libre de restructurer son budget. Dans leur article "Pensions et Chapitre 9: les municipalités peuvent-elles utiliser la faillite pour leurs difficultés face aux pensions?", les avocats Jeffrey Ellman et Daniel Merrett se questionnent sur l'utilisation de cette procédure et de la facilité qu'elle donne aux villes pour régler le problème des pensions de retraite.

Conclusion des avocats? Il se pourrait que certaines villes y voient une porte de sortie pour légalement réduire le montant des retraites de leurs employés.  

Détroit, une ville en déconstruction © Nastasia Peteuil

La vraie cerise sur le gâteau: le coût du plan de faillite

Dans un article de Detroit Free Press de ce mercredi, le maire de Détroit Mike Duggan s'est alarmé du prix que va coûter ce plan de sauvetage. Selon le quotidien, le coût total des honoraires pourrait se rapprocher des 200 millions de dollars. Soit 160 millions d'euros.

Un montant qui inquiète le maire étant donné la situation financière de la ville. Bill Nowling, porte-parole de l'administrateur du plan de sauvetage Kevyn Orr, a affirmé que les frais devraient tourner autour de 144,3 millions de dollars ( 115,44 millions d'euros).  

Peu importe les millions. Ce qui inquiètent réellement les fonctionnaires de la ville, ce sont les 200 dollars de pensions perdus par ci, le non-remboursement de 100 dollars de médicaments par là, la stabilité des impôts fonciers horriblement élevés à Détroit et les constantes coupures d'eau potable. 

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