Mon héros américain ne s'en remettra jamais

Aujourd'hui, un ancien français naturalisé américain va recevoir l'une des plus nobles récompenses de la part de Barack Obama lui-même pour ses « actes héroïques » en tant que militaire américain. Hier, il a donné une conférence de presse avec trois autres membres de son équipe partie en Afghanistan.

Aujourd'hui, un ancien français naturalisé américain va recevoir l'une des plus nobles récompenses de la part de Barack Obama lui-même pour ses « actes héroïques » en tant que militaire américain. Hier, il a donné une conférence de presse avec trois autres membres de son équipe partie en Afghanistan.

Ils sont quatre à avoir été donnés en pâture aux médias américains et français. Au centre, Florent Groberg est là, il se marre avec ses potes. Avec eux, il a vécu la guerre en Afghanistan. Demain, il va recevoir une belle médaille "Medal of Honor" de la part de son président. Une médaille que seule neuf autres personnes ont reçue dans l'Histoire du pays. Vendredi, on inscrira son nom sur le Hall of heroes

Ce jeune homme de 32 ans, né de mère française d'origine algérienne et de père américain va recevoir la récompense suprême pour avoir sauvé des vies. "J'ai fait mon boulot", répète-t-il sans cesse. Derrière lui, l'attaché de presse de l'armée de terre veille à ce que disent ses hommes. Florent et ses amis racontent, encore une fois, le 8 août 2012. Un homme est prêt à se faire exploser et Florent n'hésite pas à lui sauter dessus. Une explosion, une jambe abîmée, et un homme traumatisé à vie. Le capitaine a réussi à protéger ses supérieurs alors en réunion avec des dignitaires afghans. Mais quatre autres soldats meurent. Ses amis. "Sa famille", comme il le répète. 

C'est ça, se faire jeter en pâture. © Nastasia Peteuil C'est ça, se faire jeter en pâture. © Nastasia Peteuil

 

Un héros incompris

Florent Groberg ne voudrait parler que de ses camarades morts au combat. "Je donnerais tout ce que j'ai, toute la reconnaissance, tout ça, pour les avoir ici", lance le militaire. "Ils ont fait l'ultime sacrifice", ajoute-t-il. L'ultime sacrifice du soldat, la mort. Une mort qui n'est pas récompensée. Pour lui, c'est une injustice. "Ce sont les vrais héros", insiste-t-il. 

On sent la souffrance de ces hommes. Ils sont revenus et pas eux. Ils sont revenus et lui, le capitaine qui s'est jeté sur "l'ennemi", va recevoir la plus noble récompense dont il ne veut pas. La médaille lui rappellera, tous les jours, que lui est ici, et que les quatre autres soldats ne sont plus là. 

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On a tous besoin d'un héros

La récompense n'est pas pour lui. Ce n'est même pas une récompense. C'est une cérémonie qui fait partie du système de marketing qui donne une raison à la guerre. L'Amérique a besoin de héros et Florent Groberg en fait maintenant partie. Si l'armée américaine est l'une des plus puissantes du monde, c'est bien parce qu'on lui donne toute la reconnaissance possible et imaginable, tout ce dont elle a besoin pour vivre et fait rêver les plus jeunes. 

Les héros américains sont partout. Dans les stades de baseball, quand ils reviennent de guerre. Lors des jours comme Veterans Day, le 11 novembre. On les décore. On les encense. Ils représentent la puissance américaine à l'étranger, les soldats de la démocratie et de la liberté. 

Et puis on voit Florent Groberg, 32 ans, qui a perdu des amis à la guerre. Et ne cesse de le répéter. Comme de nombreux autres soldats. On pense à ceux qui reviennent avec un traumatisme que l'on appelle PTSD. Le Post-Traumatic-Stress-Disorder. On les voit SDF dans la rue. Ou surreprésentés dans les prisons. Tout cela, ça vaut bien une médaille. 

 

 

 

 

 

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